L’Université de Colombie-Britannique est éclaboussée ce mois-ci par une recherche apparemment frauduleuse aux données apparemment truquées co-signée par une chercheuse qui s’est évanouie dans la nature — une recherche qui prétendait avoir trouvé un lien entre vaccin, aluminium et autisme. Et ce n’est pourtant pas comme si les signaux d’alarme avaient manqué.

Mise en ligne au début de septembre, la recherche sur des « injections sous-cutanées d’aluminium » chez des souris avait été attaquée initialement le 21 septembre par l’oncologue américain David Gorsky qui, sous le nom de blogueur Orac, pourfend depuis des années les pseudosciences. Il reprochait notamment à cette étude d’avoir conclu que ces souris avaient développé des comportements autistiques après avoir reçu ces injections censées imiter un vaccin — or, le problème est que si le diagnostic d’autisme chez des humains est déjà difficile à établir, on peut imaginer combien il peut l’être chez des souris. Au final, écrivait Gorsky, la conclusion de cette étude était déjà écrite avant d’avoir commencé la recherche : « l’aluminium dans les vaccins est mauvais et cause de mauvaises choses ».

D’autres blogueurs s’étaient emparés de l’étude dans les jours suivants, mais le véritable coup dur était arrivé d’une discussion sur la plateforme PubPeer — plateforme servant à échanger et parfois à critiquer des recherches déjà parues — où des participants avaient démontré que certaines des illustrations avaient été altérées et « empruntées » à des recherches précédentes du même laboratoire.

Dès la fin septembre, l’un des signataires, Christopher Shaw, du département d’ophtalmologie de l’Université de Colombie-Britannique, admettait que des photos avaient été altérées — à son insu, assurait-il — et demandait à la revue, le Journal of Inorganic Biochemistry, de retirer l’article. L’éditeur a, depuis, confirmé la rétractation de l’article.  Dans les échanges de courriels qui ont suivi, notamment avec le journaliste du Globe and Mail, Christopher Shaw semble blâmer une ex-collègue, Dan Li, qui était au moment de l’étude, en 2015, étudiante au post-doctorat dans son laboratoire, aujourd’hui de retour en Chine, et apparemment rentrée là-bas avec toutes les données — un geste éthiquement très douteux, puisqu’il rend impossible toute vérification indépendante des données originales. 

Des signaux d’alarme remontant à 2011 :

  • Ce n’est toutefois pas la première, mais la deuxième rétractation d’article pour Christopher Shaw. En 2016, une autre étude alléguant que les adjuvants d’aluminium contenus dans le vaccin Gardasil causaient chez des souris des « anomalies comportementales » (un euphémisme censé suggérer l’autisme), avait été retirée des archives de la revue Vaccine, pour cause de « méthodologie sérieusement fautive ».
  • La co-signataire de Christopher Shaw dans ces deux articles rétractés, Lucija Tomljenovic, est qualifiée, par des blogueurs comme Gorsky, de « militante anti-vaccin » depuis le début des années 2010. Elle a accusé le vaccin Gardasil (contre le virus du papillome humain, ou VPH) de plusieurs maux, et jusqu’à des décès de jeunes femmes.
  • Lucija Tomljenovic était par ailleurs l’une des sources d’information d’un reportage du Toronto Star qui, en février 2015, avait suscité la controverse, pour son insistance sur le « côté sombre » du vaccin contre le VPH — un côté sombre qui n’était appuyé que sur les témoignages personnels de cinq jeunes femmes et non sur des données probantes. 
  • Shaw et Tomljenovic ont également co-signé dès 2011 deux articles sur les dangers de l’aluminium dans les vaccins qui ont eu le rare honneur d’être cités par l’Organisation mondiale de la santé, qualifiant ces deux textes de « foncièrement défectueux » (seriously flawed).
  • Le nom de Christopher Shaw revient périodiquement depuis des années, au point où il a été identifié en 2013 dans le documentaire anti-vaccin The Greater Good comme un « médecin préoccupé des vaccins ».
  • Les sources de financement de ce duo attirent aussi l’attention : l’étude parue en septembre a été financée par la Dwoskin Family Foundation et la Katlyn Fox Foundation. La première, Dwoskin, a été identifiée en 2015 dans une enquête de CNN comme l’une des plus fidèles sources de financement des mouvements anti-vaccins nord-américains. Elle était déjà sur les écrans radar des critiques en 2013, ayant financé le film The Greater Good, et en 2011 pour un congrès anti-vaccination auquel avaient participé Shaw, Tomljenovic et le discrédité Andrew Wakefield.
  • Quant à la Fondation Katlyn Fox, elle explique sur sa page web avoir été fondée par les parents de Katlyn Fox, décédée en 2001 à l’âge de 22 mois, de ce que « nous croyons être des complications suite aux vaccins ». Leur site est alimenté entre autres par les nouvelles du site pseudoscientifique Natural News.