Si la vie sur Terre, sous la forme d’êtres composés d’une seule cellule, remonte à plus de 3 milliards et demi d’années, il a fallu bien du temps avant de voir apparaître les premières formes de vie « complexes » — composées de plusieurs cellules. Combien de temps ? Pour y répondre, il faudrait peut-être résoudre une autre énigme, celle du moment du premier grand sursaut d’oxygène.

En 2016, une équipe chinoise affirmait avoir trouvé des traces fossiles de ce qui pourrait être une algue primitive, vieille de 1,6 milliard d’années — ce qui, si ça se confirme, représenterait un record. Le débat se poursuit quant à ce que représentent ces traces qui font à peine 30 cm de long par 8 cm de large : s’agit-il vraiment du plus ancien ancêtre connu des plantes ou d’une simple colonie de bactéries ? Mais il y a aussi un autre débat qui se poursuit en coulisse : qu’est-ce qui aurait pu déclencher l’apparition de formes de vie complexes, à cette époque lointaine ? La géologie nous a ainsi appris que les premières traces d’oxygène remontaient à 2,4 milliards d’années, mais que le niveau était resté négligeable dans l’atmosphère jusqu’à il y a « seulement » quelques centaines de millions d’années. Or, selon Zhu Xiangkun et ses collègues de l’Académie chinoise des sciences géologiques, l’analyse de roches qui étaient submergées au début de l’époque dite mésoprotérozoïque, soit il y a 1,6 milliard d’années, révèlerait une augmentation subite, et jusqu’ici inconnue, du taux d’oxygène. Suffisamment, disent ces chercheurs, pour que l’oxygène se diffuse dans les océans et favorise du coup l’éclosion de ces hypothétiques algues.

 

Reste que s’ils ont raison, l’énigme n’est pas résolue pour autant. Si les premières plantes ne sont pas le facteur qui a provoqué une hausse du taux d’oxygène, quel phénomène géologique a pu y contribuer à cette époque lointaine ? Et qu’est-il advenu de ces algues : sont-elles vraiment les ancêtres de nos plantes, ou juste un premier essai qui a mal tourné et n’a pas donné de suite ?