La principale raison pour laquelle nous croyons à des fausses nouvelles ? En gros, parce qu’on est paresseux.

Certes, il y a le fameux biais de confirmation, c’est-à-dire cette tendance, bien ancrée en chacun de nous, à lire et écouter en priorité ce qui confirme nos opinions. Autrement dit, on aura moins le réflexe de vérifier la crédibilité d’une information, dès qu’elle confirme ce qu’on veut entendre.

Mais la paresse inhérente aux humains a peut-être été sous-estimée dans toutes ces études tournant autour du biais de confirmation, ont écrit en juin les psychologues David Rand et Gordon Pennycook dans la revue Cognition. Ils ont fait passer à 3000 volontaires ce que les psychologues appellent le Test de réflexion cognitive (Cognitive Reflection Test), qui consiste à évaluer (ou tenter d’évaluer) notre tendance à utiliser notre « pensée intuitive » ou notre « pensée analytique » (« système un » et « système deux », dans le jargon de ces experts). En d’autres termes, essayer d’évaluer si une personne penche davantage vers des jugements rapides ou vers des jugements réfléchis.

Ils ont ensuite montré à ces personnes trois types de messages de Facebook : l’un pointant vers une vraie nouvelle, l’autre vers une fausse nouvelle retravaillée pour se conformer aux opinions politiques de la personne, et un dernier message montrant une fausse nouvelle retravaillée pour contredire ses opinions.

Résultat : les gens qualifiés de « plus réfléchis » étaient plus susceptibles de distinguer la vraie nouvelle de la fausse, peu importe si la manchette correspondait à ce que cette personne voulait entendre. Dans une autre recherche publiée le mois précédent, le même duo de psychologues associait « la croyance en de fausses nouvelles » avec « d’autres formes de réceptivité à la connerie » (bullshit receptivity).

Ce n’est pas la première fois que des psychologues et des neurologues (et même des économistes) écrivent là-dessus : les chercheurs prennent de plus en plus pour acquis que notre cerveau est, par nature, paresseux. Il saute à la conclusion la plus facile et porte des jugements ultra-rapides plutôt que de soupeser le pour et le contre. Notre inconscient prend continuellement ces raccourcis, ce qui est une porte grande ouverte pour se laisser tromper par une fausse nouvelle. Et ce n’est pas juste une question de paresse intellectuelle : notre cerveau a ses limites ; comme il ne peut pas traiter une très grande quantité d’informations en même temps, il doit aller au plus pressé.

Ça n’a donc rien à voir avec le fait d’être plus ou moins intelligent. Tout le monde est capable de s’arrêter pour soupeser le pour et le contre, c’est juste que peu s’en donnent la peine. Ce qui pourrait être une bonne nouvelle, explique David Rand au New Scientist: « vous n’avez pas besoin de rendre les gens moins partisans ou de leur faire abandonner leur biais. C’est beaucoup plus simple : vous devez amener les gens à penser un petit peu plus. »