Publicité

Autre action

Blogue

Corrélation et causalité

Normand Mousseau, le 8 octobre 2006, 1h12

Un seul titre et deux gros mots, voilà qui commence mal un billet, non? Car causalité et corrélation semblent bien abstraites. Certains prétendent même que ces mots devraient être à usage réservé des scientifiques, bien à l'abri dans leur tour d'ivoire. Je ne suis, bien sûr, pas d'accord avec cette suggestion. Après tout, ces deux mots sont associés étroitement au moment même où l'être humain s'est séparé des autres animaux. Quelque part dans la savane africaine, il y a de cela bien longtemps, nos ancêtres ont commencé à se construire une représentation de notre monde et à expliquer les phénomènes qui les entouraient. Pour cela, ils ont dû établir des corrélations, notant, par exemple, que les animaux les plus faibles étaient aussi les plus isolés, ou que l'arrivée des sécheresses annonçait l'été. Rien ne disait, bien sûr si l'isolation cause la faiblesse ou le contraire; ou si la sécheresse appelle l'été. Les explications durent attendre l'arrivée de la parole et la construction des premiers mythes. Grâce à ceux-ci, en faisant souvent appel à des êtres surnaturels, nos ancêtres ont essayé de se construire un environnement rationnel et prévisible, leur permettant de survivre et de progresser.

Malheureusement, plusieurs des mythes se sont révélés faux, causant parfois des désastres monumentaux. Ainsi, si l'on croit que les éclipses de Soleil annoncent la fin du monde, les risques sont importants pour que la réaction à ces phénomènes naturels soit complètement démesurée, par rapport à nos standards modernes, à tout le moins. C'est donc par essai et erreur que les différents peuples ont progressé, révisant au passage leurs explications des phénomènes qu'ils observaient.

Sautons quelques étapes, car je ne suis ni anthropologue, ni historien et ne saurais vous les raconter convenablement, et arrivons au 16e siècle, alors que des penseurs européens jetèrent la base de la science moderne en suggérant qu'il était possible de comprendre certains phénomènes autour de nous par la raison et, surtout, l'expérience, qui permettaient de lever le voile sur les causes intimes à l'origine de ces phénomènes. Cette affirmation se fit plus forte et, avec Voltaire et les philosophes des Lumières, la science n'hésita plus : tout ce qui nous entoure peut-être expliqué rationnellement et les corrélations observées peuvent toujours être reliées par un lien de causalité.

Si les certitudes des philosophes des Lumières vacillent parfois dans la population (on peut penser, par exemple, à la monté du fondamentaliste religieux — sous plusieurs confessions), les scientifiques chérissent ces idées, à tout le moins dans leur vie professionnelle : si la causalité, qui relie les phénomènes par une chaîne de liens de cause à effet, n'existait pas, il n'y aurait aucun moyen de comprendre le monde qui nous entoure. Malheureusement, cette idée de causalité, et la différence qu'il y a entre ce concept et celui de corrélation, semblent encore échapper à une grande partie de la population, incluant les journalistes, les politiciens et les autres voix de notre société.

Or, si on ne peut discerner la différence entre causalité et corrélation, il est impossible de penser rationnellement. C'est facile à comprendre. Commençons par l'observation suivante : « lorsque les gens mangent de la crème glacée, il fait chaud ». Il s'agit d'une corrélation : s'il fait chaud, on mange de la crème glacée et si on mange de la crème glacée, il fait chaud. Maintenant, quel est le lien de causalité? Est-ce que le fait de manger une crème glacée augmente la température? Est-ce que la température élevée permet de fabriquer plus de crème glacée? On pourrait continuer ce jeu encore longtemps.

Passons maintenant à une corrélation plus sérieuse : « certaines personnes du mouvement goth sont violentes ». Cette corrélation a causé énormément de problèmes aux journalistes dans la foulée de la fusillade au Collège Dawson. Étonnamment, on s'est aperçu que ceux-ci ne comprennent rien à la logique la plus fondamentale : ce n'est pas parce qu'il y a une corrélation qu'il y a un phénomène de cause à effet. De plus, s'il y a un tel phénomène, il n'est souvent pas direct.

Beaucoup de journalistes se sont positionnés pour le lien de causalité suivante : le mouvement goth cause les problèmes de violence, une affirmation qui ne résiste pas à l'analyse. Toutefois, il existe un autre lien de causalité, plus raisonnable, mais qui n'a presque pas été soulevé par les journalistes : les jeunes avec problèmes peuvent facilement s'identifier à un mouvement marginal, et sont donc attirés par les goths. Le lien de causalité, maintenant tourné à l'envers, préserve pourtant les corrélations observées. Pour distinguer entre les deux solutions, il faudra tester ces hypothèses, mais on peut facilement voir que la seconde hypothèse présente beaucoup d'intérêt.

On a entendu beaucoup de commentaires aussi peu allumés dans le cas de l'effondrement du viaduc au-dessus de l'autoroute 19. Avant d'accuser ou de conclure, il importe donc de bien distinguer entre ces concepts : les corrélations, qui indiquent seulement que deux phénomènes se produisent dans un ordre déterminé, et la causalité, qui démontre qu'un phénomène est la cause du second. Il est extrêmement important de se rappeler que l'existence de corrélations n'implique JAMAIS l'existence d'une relation de cause à effet.

Ainsi, ce n'est pas parce que la circulation automobile augmente au lever du soleil que celle-ci est responsable pour la levée du jour. Le contraire n'est pas vrai non plus: le Soleil n'attire pas les automobiles vers les autoroutes. Il n'y a pas de lien de cause à effet entre ces deux phénomènes. Simplement, l'horaire de travail a été organisé de manière à diminuer l'utilisation de l'éclairage et la circulation est causée par tous ces gens qui vont travailler. Si vous trouvez ridicule une manchette annonçant que l'augmentation de la circulation automobile fait lever le Soleil, gardez l'oeil ouvert! Vous verrez que ce genre de manchette apparaît souvent dans nos quotidiens, sous la plume de journalistes qui comprennent beaucoup moins la signification de causalité et de corrélations que vous!

6 commentaires

Portrait de Peak Energy News

La théorie de l’évolution ne dit pas que les girafes ont un long cou POUR attraper les feuilles des plus hautes branches. Elle dit qu’en période de sécheresse les girafes qui ont hérité d’un cou plus long que celui de leurs congénères ont plus de facilité pour atteindre ces hautes feuilles, ont ainsi plus de chance de survivre et, par conséquent, de produire plus de descendants. Ainsi, dans le cas des girafes, la pression de sélection a agi de telle sorte qu’elle a eu tendance, au fil des générations successives, à allonger le cou.

Dans le cas des gazelles, les plus rapides à la fuite échappent statistiquement plus souvent que leurs congénères lorsque des prédateurs attaquent la harde, et par conséquent ont plus de chance de produire des descendants. La pression de sélection a agi sur les gazelles de telle sorte qu’elle a eu tendance, au fil des générations successives, à rendre l’espèce de plus en plus rapide.

Et dans le cas des humains ?

Pendant la plus grande partie de leur histoire, nos antécédents constituèrent généralement de petites communautés nomades ou semi-nomades, chacune d’elles se fixant temporairement en un lieu donné puis migrant ailleurs en fonction des opportunités de prédation permises par les milieux naturels rencontrés et en tenant compte de l’existence d’autres communautés (établissant avec ces communautés des relations d’échanges, de collaboration ou de conflits, selon les circonstances). Cette histoire fut pour l’ensemble de ces communautés une longue succession d’expansions et de régressions généralement conditionnées par les fluctuations de conditions climatiques changeant parfois rapidement (du fait des oscillations climatiques entre régimes glaciaires et régimes tempérés) devenant tantôt favorables et produisant une expansion ou tantôt défavorables et produisant une régression des populations.
Lors de chacune des régressions, les communautés humaines disposant des meilleures techniques et des langages de communication les plus performants de leur temps furent celles qui parvinrent le mieux à survivre et à produire des descendants. Puis, lors de chacune des expansions suivantes, les descendants les plus performants furent les plus aptes à réinvestir des espaces antérieurement abandonnés (généralement à cause de l’extension des glaces et des déserts) mais récemment redevenus propices à la vie.
Ainsi la pression de sélection exercée sur les humains tout au long de la plus grande partie de leur histoire a orienté leur évolution dans le sens de l’amélioration de leurs capacités cérébrales, de leur habileté manuelle (dans le cadre de la fabrication et de l’utilisation d’outils, ou de la production, de la maîtrise et de l’usage du feu) et de leur aptitude à communiquer au moyen d’un langage de mieux en mieux articulé et composé de mots de mieux en mieux organisés en phrases expressives.
Résultat : une pression de sélection ayant agi 1°/ sur le cerveau (la taille a triplé en deux millions d’années) et 2°/ sur la position du larynx, dans le sens favorisant ceux qui étaient les plus aptes a articuler des mots.

Ni les girafes, ni les gazelles, ni les hommes n’ont été fabriqués, semble-t-il, POUR évoluer dans une direction établie par avance. Il se trouve simplement que des lois de hasard et de nécessité ont conduit chacune de ces espèces vers une niche écologique particulière, sans qu’il y ait eu intention, de la part de la nature, d’aboutir aux résultats aujourd’hui observés.

Ces réflexions, et quelque autres, m’ont conduit à écrire le texte que j’ai intitulé « Le journal d’un observateur éternel », publié sur le blog multilingue « Peak Energy News ».

http://peakenergynews.blogs...

André Sautou

Portrait de Karmai

Tres importantes précisions sur un point qui mènent à un nombre incalculable d'erreurs.

Les fausses causalités et le finalisme (la girafe a un long cou POUR attraper des feuilles) sont deux plaies de la rationalité scientifique.

A ce titre, je conseil le site parodique de l'église Pastafarienne http://www.venganza.org/abo... qui tourne en dérision les arguments "scientifiques" des créationnistes avec un bel exemple de corrélation non causale entre le nombre de pirates et le réchauffement climatique.

Bravo pour l'article.

Portrait de rabie

svp je cherche le lien entre correlation collision et interaction si quelqu'un a une reponse svp reponds moi vite voici mon address email ra00bie@hotmail.fr

Portrait de Anonymous

Tout à fait. Je vois qu'on comprend vite sur ce blogue!

Portrait de Henri B

Les gens qui mettent le plus de crème solaire sont aussi ceux qui ont le plus fort taux de cancer de la peau. Donc la crème solaire cause le cancer de la peau :-) J'ai bon ?

Portrait de micheline84

très bon et utile affinage du contenu des mots afin d'essayer de ne pas prendre des coîncidences pour des causes , des causes pour des conséquences et vise versa