J’ai parlé dans mon billet précédent de la position (non-officielle, s’entend) du Vatican vis-à-vis la vie extraterrestre. On a vu que l’idée de la pluralité des mondes est très vieille et qu’elle accompagne le développement de la cosmologie, notamment le passage du cosmos fini à l’univers infini de la Renaissance.

Même l’idée d’un Christ cosmique a fait son chemin chez les poètes romantiques, que le cosmos infini a, du reste, toujours attiré. Voici par exemple, un extrait du très beau poème de Gérard de Nerval, Le Christ aux Olivier :

« (...) J'ai parcouru les mondes;

Et j'ai perdu mon vol dans leurs chemins lactés,

Aussi loin que la vie, en ses veines fécondes,

Répand des sables d'or et des flots argentés:

Partout le sol désert côtoyé par des ondes,

Des tourbillons confus d'océans agités...

Un souffle vague émeut les sphères vagabondes,

Mais nul esprit n'existe en ces immensités.

En cherchant l'oeil de Dieu, je n'ai vu qu'une orbite

Vaste, noire et sans fond, d'où la nuit qui l'habite

Rayonne sur le monde et s'épaissit toujours;

Un arc-en-ciel étrange entoure ce puits sombre,

Seuil de l'ancien chaos dont le néant est l'ombre,

Spirale engloutissant les Mondes et les jours! »

Aujourd’hui, c’est la science-fiction qui a repris l’idée de ces Christs cosmiques, de sauveurs extraterrestres (et vice-versa), et de visiteurs d’outre-ciel aux pouvoirs divins. On n’a qu’à penser au film de Spielberg, Rencontres du troisième type (1977), où lorsque le protagoniste principal entre finalement dans le gigantesque vaisseau mère extraterrestre – pour être emporté au ciel, après tout – la séquence se déroule sur la musique ronflante des Dix commandements (le passage où Moïse divise la Mer rouge). Avouons cependant que les exercices de Spielberg en la matière (avec E.T. et Rencontres) m’ont toujours apparu enfantins et d’une naïveté simpliste, miroir inversé des œuvres où l’étranger est vu comme un monstre inhumain et sanguinaire, un démon imperméable à toute compassion.

D’autres œuvres de science-fiction ont su explorer les relations entre la religion et les étrangers d’outre-ciel avec beaucoup plus d’intelligence. Par exemple, citons la trilogie cosmique de C. S. Lewis (Le Silence de la Terre, 1938, Voyage à Vénus, 1943, Cette hideuse puissance, 1945), et le cycle des Pâques noires de James Blish, dont, notamment, Un cas de conscience (1958). D’autres textes, plus récents, comme Le moineau de Dieu (1996) de Mary Doria Russell et Calculating God (2000) du canadien Robert J. Sawyer montrent que le thème reste toujours d’actualité.

Un livre de Gabriel McKee, The Gospel According to Science Fiction: From the Twilight Zone to the Final Frontier (2007) et un blogue, SF-Gospel , du même auteur, explorent les relations entre la religion, la science-fiction et la culture populaire. On pourra donc comprendre un peu mieux des phénomènes comme l’Église du Jédisme ; notons que selon le recensement de 2001 de Statistiques Canada, plus de 20 000 Canadiens se disent Jedi. En Grande-Bretagne, il s’agirait de 390 000 personnes, ce qui en ferait la quatrième religion du Royaume, après les chrétiens, les musulmans et les hindouistes !

Nous pourrions également citer les cas de cultes plus étranges encore, faisant référence à des extraterrestres, comme la scientologie, le mouvement raëlien, les lettres Ummites, l’Ordre du Temple solaire, le culte de Heaven’s Gate, etc.

Plus récemment, la théorie des Anciens Astronautes est revenue nous hanter, pour notre plus grand plaisir d’ailleurs, avec les dernières aventures de notre archéologue favori : Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal . Indy s’était auparavant frotté à l’Arche d’Alliance, au Graal, et aux pierres sacrées de Kali ; il semble que sa dernière aventure marie aussi la religion à la science-fiction.

Bref, le ciel n’a pas fini de nous attirer.