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Discutez avec nos experts! - Sélection naturelle: l'humain une exception?

Actualités, le 6 octobre 2010, 15h43

L'humain est-il un animal strictement culturel ou son comportement est-il en partie inscrit dans ses gènes? Venez en parler avec nos experts, jusqu'au 13 octobre!

Ce billet s'inscrit dans le cadre d'un événement présenté le 6 octobre au Coeur des Sciences de l'UQÀM: Sélection naturelle: l'humain une exception?.

Depuis des décennies, cette question divise les scientifiques des sciences biologiques et des sciences sociales. Pourquoi? Quelles sont les dérives possibles de l'approche évolutive? Et quelles sont, à l'inverse, les conséquences de l'ignorer?

Avec la participation de:
- Frédéric Bouchard, professeur au département de philosophie de l'UdeMl;
- Jacques Forget, professeur au département de psychologie de l'UQAM;
- Yves Gingras, professeur au département d'histoire de l'UQAM;
- Luc-Alain Giraldeau, professeur au département des sciences biologiques et vice-doyen à la recherche de l'UQAM.

Vous avec assisté à la conférence et vous voulez en savoir plus? Vous n'avez pas assisté à la conférence et vous avez des questions? Des commentaires? Des interrogations sur l'évolution ou sur l'humain en tant qu'animal? Vous êtes au bon endroit: messieurs Bouchard et Gilardeau vous répondront, ici même, pour une semaine!

Les recherches de Frédéric Bouchard s'attaquent principalement au concept de fitness et de son rôle dans la théorie de l'évolution. Le processus de l'évolution par sélection naturelle étant souvent résumé par l'expression "survival of the fittest", il essaie d'expliquer comment les biologistes et les philosophes définissent et mesurent cette fitness. En tant que philosophe de la biologie il s'intéresse également à diverses questions d'épistémologie des sciences de la vie telles la nature des explications en écologie.

Luc-Alain Giraldeau fait quant à lui des recherches sur le comportement des animaux. Utilisant une approche d’écologie comportementale ou en d'autres mots, la manière dont l'écologie d'une espèce a contribué à lui donner ses caractéristiques comportementales. Les comportements qui l’intéressent plus particulièrement sont ceux qui se rapportent à l’approvisionnement, c’est-à-dire la recherche et la consommation de nourriture, et plus particulièrement aux acteurs qui contribuent à une réduction de l’efficacité de l’exploitation des ressources.

35 commentaires

Portrait de ASPQuébec

Merci beaucoup à vous deux et au plaisir, ces discussions fûrent fort instructives! :)

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

J'ai bien apprécié ma première expérience de blogueur. À la prochaine j'espère!

Portrait de Frédéric Bouchard

Merci pour la bonne discussion

Portrait de nguimond

Une petite dernière pour vous deux. ;)
Que pensez-vous du point de vue de Timothy Taylor? http://bit.ly/cdlFe6

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

Timothy Taylor semble être en mal de publicité.
Ces arguments ne tiennent pas la route de la biologie évolutive. Voici qulques raisons.
1- Par exemple, il n'y a pas de forts ou de faibles dans a nature. Il y a est individus mieux ou mal adaptés. Avoir besoin de lunette pour lire n'est pas une faiblesse. La myopie de la taupe n'est pas une faiblesse, elle s'en accommode très bien. Donc les caractères sont adaptés ou non aux conditions dans lesquelles nous vivons, dans notre environnement, en fait pour tout dire dans notre écologie.
2- Les lunettes font partie de notre phénotype tout autant que la couleur de nos yeux. Au sens de Dawkins, les lunettes sont simplement un "phénotype étendu". Ce sont nos gènes qui nous donnent un cerveau capable d'inventer les lunettes, comme les gènes du castor lui font produire un barrage, un autre phénotype étendu. Donc qu'il y ait de plus en plus de gens avec des lunettes n'est pas un signe que nous évoluons vers des humains plus faibles mais simplement vers plus d'humains avec des lunettes.
3- La preuve de l'accroissement du nombre de lunettes dans la population est le résultat de l'évolution est absente. Il est souvent invoqué que les lunettes sont plus fréquentes de nos jours qu'avant. Certains comme Timothy Taylor voient ça comme l'accroissement des gènes pour une vision moins performante. Il est aussi possible de voir cela comme étant le résultat de l'accroissement vertigineux du nombre de jeunes qui apprennent à lire à l'école. La lecture à un jeune âge cause des problèmes de vision plus tard dans la vie. Ce pourrait très bien être environnemental plutôt qu'évolutif.
4- Faut voir à quel moment dans la vie d'un humain apparaît la soit disante "faiblesse". J'a 55 ans et je porte des lunettes pour lire. Il parait que c'est l'âge et qu'autours de 50 ans la plupart des gens ont besoin de lunettes pour lire. Ce problème survient à un âge où ma reproduction est derrière moi. Je pourrais aussi bien être aveugle, voire mort que cela ne changerait rien à l'évolution puisque j'ai déjà complété ma descendance.
5- Les exemples rapportés concernent tous la vie des occidentaux dans les 20 dernières années. J'ai vu apparaître les premiers ordis de tables au milieu des années 80, j'avais alors un Apple IIe. Depuis on est passé à des iPod, et des iPad. Mais qu'est-ce que 20 ans dans l'évolution de l'humanité? Même la lecture n'est devenue populaire que depuis 200 ou 300 ans, et encore, en occident. Comment cela a-t-il pu causer une évolution de la taille du cerveau et chez tous les humains en plus de cela? Je me demande si M Taylor serait prêt à dire que les cerveaux des humains qui vivent sans lecture, sans ordinateur et sans médecine, par exemple les autochtone d'Amérique du Sud, ou plusieurs peuplades africaines ou polynésiennes ont conservés des cerveaux plus gros que ceux des européens? Il y a quelque chose eugénique dans les valeurs de ces positions, peut-être transhumaine? Je pense que les arguments de Timothy Taylor sont opportunistes, non-fondés et extrêmement occidento-centriques! Il n'y a absolument aucune science pour appuyer cela.

Portrait de Frédéric Bouchard

Je partage les réticences de Luc-Alain. Parler d’affaiblissement suggère implicitement 1-que la force physique est intrinsèquement supérieure à d’autres capacités (ce qui est absurde comme nous en avons déjà parlé) 2- et surtout que la force physique évaluée d’une seule manière compte! Or comme le mentionne Luc-Alain il faut bien comprendre la notion de phénotype étendu (l’idée que nos traits ne s’arrêtent pas nécessairement à notre barrière cutanée). Plusieurs projets en biologie s’intéressent à comment les organismes (non-humains) utilisent des structures externes (des outils si vous voulez) pour augmenter leurs chances de survie et de reproduction (extended phenotype, niche construction, etc). Or la capacité de manipuler ces structures est en partie génétique (et donc le résultat de l’évolution par sélection naturelle). Je recommande vivement le livre de JS Turner (The extended organism) .Les espèces de termites construisant des termitières sophistiquées sont-elles inférieures aux variétés de termites ayant évolué des réponses physiologiques permettant d’éviter la construction de termitières sophistiquées? Bien que sûr que non. Elles ne sont ni supérieures ni inférieures ou plutôt la seule question est de savoir si les adaptations physiologiques et comportementales (qui se traduisent par l’utilisation d’objets externes) contribuent à la survie et à la reproduction. Il faut éviter les jugements de valeurs par rapport aux traits. La myopie n’est pas bonne ou mauvaise en soi. Tout dépend des pressions de sélection et de comment l’espèce répond aux pressions de sélection.

Portrait de potroub

L'Humain est une oeuvre inachevée...alors il fort à parier que le futur de celui-ci recèle une histoire mystérieuse où l'on verra ressurgir en lui de nouvelle facultés extraordinaires...et aussi...les traits du visage et le corps s'affiner...et muter dans des proportions inattendues...sous-tendant de nouvelles possibilités d'épanouissement...c'est l'histoire de l'humanité entière...cette incroyable procession vers la fin des temps ... l’achèvement de cette oeuvre qu'est L'Homme et la Femme...

Portrait de lucas

Bonjour Richard,

Est-ce que c'est un commentaire ou une opinion ? Peu importe, je prends l'initiative de vous commenter, je voulais vous faire part de ce que je trouve incorrecte dans votre spéculation.

Un oeuvre est quelque chose qui s'achève, tandis que l'évolution n'a pas de fin.
Un oeuvre nécessite un auteur, tandis que l'évolution n'a pas d'auteur (à moins de croire à la scientologie).
Pourquoi parler seulement d'humain, toute la vie est évolution (même ce qui n'est pas vivant est évolution (voir plus bas)), l'humain en est seulement un petit pourcentage, ce serait égoïste de mettre l'humain à l'avant plan de l'évolution.

Penser que l'humain évolue au point d'avoir de nouvelles facultés est un peu exagéré et avant-gardiste, l'évolution se fait sur une très longue période de temps. Tellement longue, que je doute que nous puissions évoluer à respirer la pollution que nous avons créé, avant la fin des temps, ou plutôt de la vie humaine.
Parce que, le temps ne s'arrêtera pas à cause que l'homme n'existe plus!

En espérant que les bactéries survivent à nos bêtises environnementales, l'évolution recommencera au niveau de "Bactérie" tel un gros bouton reset.
Votre "oeuvre" sera à recommencer et elle ne finira surement pas avec votre homme et votre femme, tel qu'on les connait aujourd'hui.

Portrait de kidzing

Lucas, je pense plutôt que Richard fait de la poésie. :)

Portrait de Eric Bolduc

est-ce vrai que notre cerveau rétrécit depuis quelques temps, alors que la population humaine subit de moins de sélection naturelle et que les conditions de vie sont de plus en plus faciles pour un plus grand nombre, nos capacités cérébrales ne seraient plus sollicitées comme elles le furent lors de notre croissance au cours des millénaires qui nous ont vu évoluer .. sommes-nous en tant qu'espèce en dévolution ?

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

Bonjour Éric,
Je n'ai jamais entendu parler de cela. On compare des cerveaux de quelle époque à la nôtre et des cerveaux qui proviennent de quels endroits? Il y a beaucoup de variation entre la taille des cerveaux d'un humain à l'autre. Ce qui est intéressant de noter c'est qu'à l'intérieur d'une même espèce on n'a jamais pu démontrer une quelconque corrélation entre la taille du cerveau d'un individu et son intelligence. Il existe de genre de corrélations entre espèces cependant. Puisque l'évolution est sans but, sans objectif il ne serait pas acceptable de parler de dévolution même si notre cerveau changeait de taille. Ce serait toujours de l'évolution.

Portrait de Frédéric Bouchard

Malheureusement Éric je ne connais pas la réponse à cette question, mais franchement je suis sceptique...d'abord la prémisse que nos conditions sont plus faciles reste à démontrer (à l'échelle de l'espèce -et non de quelques privilégiés occidentaux- la vie est encore très dure et même pour les favorisés, nous naviguons un monde très complexe demandant beaucoup de capacités cognitives). Mais MÊME si cette prémisse s'avérait justifiée, je doute que l'on puisse observer cette baisse cognitive (l'évolution par sélection naturelle prend beaucoup beaucoup beaucoup de temps!). je reviens sur le thème de la 'dévolution' plus tard

Portrait de nguimond

Bonjour et merci de vos explications! Je suis curieuse de connaître votre point de vue sur les théories tranhumanistes. Avez-vous déjà travaillé sur le sujet? J'imagine que cette optique est difficile à éviter dès qu'on se penche sur l'idée du futur de l'espèce humaine.

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

J'avoue ne pas savoir ce qu'est une théorie transhumaniste!

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

Wow, merci pour le lien. C'est très semblable à l"Eugénisme comme philosophie, non? Je pense que l'idée de vouloir sciemment améliorer l'humain est extrêmement dangereuse. Qui décide de ce qui est mieux? Non, pas pour moi, transhumanisme ce n'est pas acceptable.

Portrait de nguimond

Je vous l'accorde, il s'agit d'un terrain extrêmement glissant, et il doit certainement exister certaines factions radicales qui penchent du côté de l'eugénisme, à ma connaissance, ce n'est par contre pas le cas de la majorité de ses adeptes.
Bon article, ici, qui donne plus de détails sur ce mouvement: http://www.sens-public.org/spip.php?article527.

Portrait de nguimond

Parlant de modifier l'humain par la technologie: http://blogs.discovermagazine.com/80beats/2010/10/08/a-new-exoskeleton-allows-paralyzed-people-to-walk-again/ ;)

J'ai une deuxième question qui recoupe celles d'Éric et de Sandrine: Si la technologie fait en sorte que certains gènes "faibles" ne sont plus évacués de notre pool génétique parce que nous avons des médicaments, prothèses et autres qui nous permettent de survivre et de nous reproduire malgré certains "handicaps", l'humain, vraisemblablement, "s'affaiblit" physiquement comme espèce. Mais il doit bien y avoir un autre côté à cette médaille? On doit bien y gagner en autre chose? Est-ce que notre cerveau y gagne en matière grise ou en matière blanche, par exemple, puisqu'on doit traiter de plus en plus d'informations?

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

Merci encore pour ce nouveau lien. Les paraplégiques sont un exemple extraordinaire en appui à ce que je disais. D'abord la plupart des cas de paraplégie sont le résultats d'accidents et non pas le résultat d'une prédisposition génétique. Donc il n'y a pas de "gènes de la paraplégie" à transmettre comme tel. De plus, la vaste majorité des paraplégiques ne peuvent se reproduire ce qui même s'ils avaient une quelconque prédisposition génétique à devenir paraplégique ne pourrait se transmettre du moins, facilement. Donc, seules les maladies génétiques qui affligent les gens en âge de reproduction et que nous réussirions à palier avec des technologies de santé risqueraient d'augmenter dans la population. Mais même avec les meilleures soins de santé, ces personnes malades arrivent rarement à se reproduire avec autant d'aisance que les autres ou à prendre soins le leur petits et de leur donner autant de ressources que les autres. Bref il est peu probable que nos soins de santé causent une évolution. En terminant, il est important de nous rappeler que la vaste majorité des humains vivent dans des conditions très différentes des nôtres et souvent tellement pauvres qu'ils ne peuvent espérer pouvoir tirer profit des technologies de santé que nous développons pour nous aider. Il est donc encore plus improbable qu'à l'échelle de l'humanité au complet une évolution directionnelle soit en train de se produire.

Portrait de kidzing

Bonne question ! Dans le même ordre d'idée, est-il possible qu'une nouvelle espèce humaine se développe dansle futur ou sois déjà en train de se développer ?

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

Oui, mais si c'est une autre espèce elle porterait un autre nom, Homo quelque chose. Serions-nous toujours présent?

Portrait de Frédéric Bouchard

Il y a plusieurs thèmes dans les dernières questions mais voici deux idées générales qui doivent être soulignées.
1- L'intelligence n'est pas bonne en soi. Par rapport à l'évolution par sélection naturelle, aucun trait n'est intrinsèquement bon. Un trait est bon seulement relativement à un problème de l'environnement donné. Si ce problème disparaît, le trait a des chances de disparaître (mais ce n'est pas une certitude). Un trait qui accorde un avantage au moment X peut se révéler inutile (ou nuisible) au moment Y lorsque l'environnement change. C'est très important de s'en souvenir car un trait qui pourrait nous être cher comme humain, pourrait très bien disparaître si la sélection naturelle ne le maintient plus dans nos populations. Les traits qui ne se révèlent plus adaptatifs (car l'environnement de sélection a changé) ont tendance à se dégrader dans le temps car la plupart des traits demandent beaucoup de ressources et donc il y a la plupart du temps une pression pour économiser ces ressources en faveur de traits qui eux accordent un bienfait pour la survie ou la reproduction des organismes. Si l'intelligence (en prenant un terme général) devenait moins un atout par rapport autre trait comme la férocité par exemple ou l'efficacité métabolique(c'est une fausse opposition, mais vous voyez ce que je veux dire), elle pourrait très bien disparaître. L'intelligence n'est pas bonne (ou mauvaise) en soi et donc l'accroissement de capacités n'est pas une certitude.Tout dépend du contexte et donc de l'environnement de sélection. Or qui que ce soit qui affirme pouvoir deviner avec certitude quelles seront les pressions de sélection naturelles à venir est un charlatan (et/ou quelqu'un qui deviendra très riche ;) ). Donc où s'en va l'être humain? ma réponse rapide: seuls nos futurs parasites/objets-stellaires-à-haute-vélocité-se-dirigeant-vers-la-terre/changements-climatiques/etc nous le diront!

2-Par rapport à la question générale de savoir si l'être humain évolue, "dévolue", etc. d'abord évolution n'est pas synonyme de progrès. Il ne faut donc pas croire qu'on s'améliore de manière absolue. L'idée de dévolution suggère une régression et donc une directionnalité à l'évolution. Or l'évolution n'a pas de direction (nous pourrions devenir des organismes plus simples si les pressions de sélection le favorisait. Mais outre ce point, pour que toute adaptation émerge, les pressions de sélection doivent être assez stables et continues pour que de petits changements bénéfiques puissent s'accumuler à travers le temps. Si l'environnement est trop 'erratique' (par exemple, un jour le prédateur vient du ciel, l'autre jour du sol, l'autre jour pas de prédateur, etc sans aucune répétition) la sélection ne peut pas être cumulative et une adaptation n'émergera pas. Il y aura sélection, mais il n'y aura pas de réponse à la sélection car les 'problèmes' de l'environnement changeant tout le temps, les espèces ne peuvent pas engendrer de bonnes 'solutions' (adaptations) à ces problèmes. C'est exactement ce que plusieurs pensent être le cas pour l'être humain. Plusieurs (surtout les psychologues évolutionnistes) croient que la civilisation humaine contemporaine est trop changeante, et ce trop rapidement, pour qu'il puisse y avoir accumulation de petits changements dans une direction phénotypique plutôt qu'une autre. C'est la raison qu'ils postulent que l'être humain n'évolue plus. Je suis sceptique par rapport à cet argument. Je crois que l'être humain s'est détaché de plusieurs environnements de sélection naturels (plusieurs maladies, infections, etc), mais je crois que c'est de l'hubris de croire que nous ne sommes complètement arrachés à la sélection naturelle. Le fait que nous ne puissions pas voir des exemples d'adaptation est complètement normal: l'évolution prend beaucoup beaucoup beaucoup de temps. Comme je le disais plus tôt, parasites, météorites et autres 'surprises' nous rappelleront probablement que nous sommes encore sujets à la sélection naturelle comme les autres animaux, plantes, etc, intelligence ou pas. Quant à savoir quels traits seront favorisés...personne ne peut le savoir! Présumer que des traits 'flexibles' (comme l'intelligence par exemple) sont meilleurs dans plusieurs environnements que des traits spécialisés ne s'avère pas facilement justifié: plusieurs bactéries ont des trait spécifiques et sont sur Terre dans plusieurs environnements depuis plus longtemps que la plupart des espèces sur Terre...encore une fois tout dépend tout les temps des pressions de sélection en cause

Portrait de nguimond

"L'évolution n'a pas de direction"; merci beaucoup de nous le rappeler!

Portrait de Isabelle Burgun

Bonjour,

Je suis fascinée par la question de l'acquis vs l'inné et sur tout la faible différence qui semble nous séparer de nos proches cousins (quelques gènes). Sommes-nous plus le fruit de notre culture ou un animal avant tout, en d'autres mots, quelle est notre véritable nature ?

J'ai malheureusement manqué votre conférence, mais après lecture de deux ouvrages passionnants : La plus belle histoire de l'homme (ou comment la Terre devint humaine, Langaney, Clottes, Guilaine et Simonet, Seuil) et Les origines de l'homme (M.H Alimen, Fayard), j'ai quelques autres questions :

- Est-ce que l'homme de Néandertal a disparu par manque d'adaptation ? peut-on dire manque de culture ? (et était-il si différent - culturellement, pas physiquement, de l'homo sapiens de l'époque?) Disparait-on toujours lorsqu'on ne s'adapte pas ?

- Lorsqu'on regarde autour de nous nous avons tendance à croire que nous sommes très loin de nos ancêtres préhistoriques - l'homme a cependant vécu en chasseur-cueilleur pendant 2 990 000 ans sur 3 millions d'années -ne sommes-nous pas encore dans la préhistoire de l'humanité ?

- Quelle est la place de l'art dans notre histoire culturelle ? Peut-on dire que ce n'est pas la technique (après tout certains animaux utilisent des outils) - ni le rire ;-) - qui nous sépare des animaux mais bien notre sens du sacré, des rites et notre volonté de s'approprier le monde à travers sa représentation (des dessins des cavernes à Dali) ?
Merci.

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

Bonjour Isabelle,
Le problème de l'acquis et de l'inné a lui aussi évolué dans le temps à tel point que la question n'est plus utile. Notre code génétique est une série d'informations qui se font déclencher ou arrêter en fonction d'un tas de choses, les produits de l'ADN, les hormones, les comportements, les cycles de lumière etc etc. Il n'y a plus d'un côté les gènes et de l'autre le contexte dans lequel ils s'expriment. Le contexte est changée par les gènes, vous n'avez qu'à penser à un barrage de castor, c'est le produit des gènes du castor mais il modifie profondément son contexte d'expression. La présence du contexte affecte l'expression des gènes. Les gènes ne sont pas non plus que simplement actifs pendant la construction d'un organisme vivant. On a souvent tendance à voir le code génétique comme un plan qu'on jette une fois la maison construite. Le code génétique fait plus que cela, il fait marcher la maison, il contrôle le chauffage, l'ouverture des fenêtres, décide des réparations à effectuer etc. Le code génétique est toujours en action. Il devient dans ce contexte très difficile de comprendre exactement ce que l'on veut dire par inné ou acquis. C'est toujours les deux.

On ne connaît pas la cause de la disparition de l'Homme de Neandertal. Il existe des causes aléatoires pour la disparition des espèces, surtout lorsque leur effectif est déjà faible. Ils sont alors vulnérable aux aléas de la vie. Une météorite géante aurait causé la disparition de centaines d'espèces, mais on ne peut pas vraiment dire que c'est à cause d'une mauvaise adaptation.

Autour de nous n'est pas une représentation fidèle de ce que représente la vie quotidienne de notre espèce. Nous sommes quelques millions de privilégiés en occident à faire usage de la vaste majorité des ressources du globe. La majorité des humains vivent dans des conditions plus pauvres que nous dans des sociétés très différentes des nôtres. C'est surtout eux l'Homme, du moins en nombre.

Je laisse au philosophe Frédéric le soin de répondre à vos questions sur la place du sacré...

Portrait de Frédéric Bouchard

C'est en effet Aristote qui croyait que ce n'était pas l'art qui distinguait l'homme des animaux mais le rire! En fait on croit aujourd'hui que d'autres primates rient aussi, donc il faut peut-être revenir à d'autres hypothèses, comme l'art. Le premier problème c'est de définir ce qu'est l'art. On regroupe plusieurs activités sous l'enseigne "d'art" mais il est fascinant de voir comment l'attribution du terme est problématique (plusieurs croyaient que Pollock faisaient des gâchis et non de l'art!). Donc avant même de se demander si l'Art nous distingue des animaux, il faudrait d'abord le définir. Si on parle de représentation symbolique complexe, alors il est plus difficile de voir en quoi il nous est unique. Plusieurs animaux ont des communications complexes (je glisse ici de représentation à communication car c’est notre seule manière pour le moment de faire un parallèle avec les animaux). Quant à savoir si elles sont symboliques ou non c'est plus difficile car nous ne pouvons pas leur demander directement...mais j'aurais tendance à croire que notre capacité à représenter des choses de manière symbolique et complexe est à niveau plus primitif présent ailleurs dans la nature. Je ne m'attends pas à voir des bonobos composer des opérettes, mais ils peuvent communiquer des choses relativement sophistiquées et on a de bonnes raisons de croire que plusieurs primates ont une théorie de l esprit (c-à-d comprennent que les autres ont des états mentaux qui influent sur leurs comportements). Si la représentation complexe nous distingue, il faudrait y voir une différence de degrés et non une distinction absolue.

Mais je ne m'y connais pas très bien en paléoanthropologie et en primatologie donc je vais revenir à un élément de la première question:

Disparait-on toujours lorsqu'on ne s'adapte pas ?

Le biologiste Leigh Van Valen a émis le Red Queen Hypothesis dans les années 70. Le nom était une allusion à Alice au Pays des merveilles où un des personnages suggère que dans certaines situations il faut courir pour rester sur place. Or, Van Valen s'intéressait au fait que par leur simple présence et action, chaque espèce modifiait nécessairement l'environnement pour lequel elle s'était adaptée dans le passé. Ainsi, chaque espèce provoque nécessairement des changements dans les pressions de sélection qui l'influencent et donc les espèces qui réussissent à s'adapter survivent un peu plus (jusqu'à ce que leurs nouvelles adaptations modifient à nouveau leurs environnements de sélection) alors que les autres sont condamnées à disparaître car même en ne changeant pas une espèce change son environnement et est donc de moins en moins bien adaptée . Il faut donc changer constamment pour garder sa place dans l'économie de la nature (le RQ hypothesis a d'autres aspects très intéressants, mais ils dépassent notre discussion) Une manière plus simple de comprendre le problème est de voir les espèces dans une espèce d'incessante course aux armements. Prenons des lièvres et des lynx. Une espèce de proie qui 'gagne' en rapidité force son prédateur à changer aussi, ce qui force la proie à changer, ce qui force le prédateur à changer et ainsi de suite. Comme les pressions de sélection changent nécessairement de par le changement des espèces dans un environnement donné, toute espèce qui ne change pas, ou qui ne change pas assez vite, risque plus l'extinction que les espèces qui génèrent beaucoup de variation. Par chance certaines variations seront 'bonnes' face aux nouvelles pressions de sélection ce qui permettra peut-être à l'espèce de perdurer. Une espèce qui change peu ne survit que parce que son environnement de sélection ne change pas trop, mais cette 'immobilité' est totalement contingente, temporaire, instable. Leçon: la plupart du temps (mais pas nécessairement toujours), c'est en effet changer ou mourir.

Portrait de lucas

Merci pour les commentaires, c'est très intéressant! (Effectivement, la sélection naturelle AVANT la vie est une autre question et elle est encore plus hypothétique que l'évolution APRÈS le début de la vie.)

Luc-Alain Giraldeau : "j'ai posé les questions suivantes: est-il possible que cette part inconsciente qui dirige nos comportements ait pu avoir été sous l'influence de la sélection naturelle? Est-il possible que les humains ancestraux qui optaient pour les mauvais choix au sens adaptatif n'aient laissé aucune descendance de sorte qu'aucun d'eux ne puisse être un de nos ancêtres? Est-il possible que nous descendions d'une longue lignée d'humains qui avaient des cerveaux dont la part inconsciente nous dirigeait toujours vers les meilleures options au sens biologique?"

Je crois que oui, le subconscient, l'instinct et tous les automatismes géré par le cervelet est semblable chez tous les êtres-vivants. Ce sont justement ces comportements qui nous sont resté puisque c'est la base de la survie. Imaginez un être n'ayant jamais peur, ca ne prendrait pas de temps avant qu'il soit tué (en nature).

Les humains comparés aux animaux sont pratiquement semblable, les humains ont une conscience plus forte tandis que les animaux vivent plus sous l'influence de leurs subconscients et leurs instincts.

Il y a plusieurs études sur le subconscient et le super-conscient, mais elles sont plus adoptées par les psychologues et malheureusement, les scientifiques sont un peu réticents de ces types d'études. Comme le débat sur la dépression entre psychologie et médecine (un problème mental ne peut pas être guérie par médication mais seulement être soulagé, donc aucun problème de réglé (si nous affirmons que le problème est régie dans le subconscient)).

Un autre sujet spécial : la complexité de notre cerveau nous amène-t-il à des problèmes mentaux ; problème de logique dans nos connectivités nerveuses ? Notre cerveau peut-il "bugger" ?

Revenons au sujet principal, je croyais que la religion était les seules à contredire l'évolution et la sélection naturelle ?

Pouvez-vous me parler des sciences sociales ? Qu'elles sont leurs arguments ?

Merci

Lucas

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

Bonjour Lucas,
En fait si vous allez lire Dawkins, vous verrez que la sélection naturelle n'a pas besoin de vie. Tout objet capable de se répliquer, ce que Dawkins appelle un réplicateur, donne lieu nécessairement à la sélection naturelle. Les prions, par exemple, sont des protéines qui ont la propriété de transformer d'autres protéines à leur image, c'est la cause de la maladie de la vache folle. Ni virus, ni bactérie, une molécule qui en touchant une autre la transforme. Il y aurait donc un concours entre différents prions et ce sont sont qui sont le plus efficace à transformer les autres qui devraient être ceux qui existent en nature. Les virus d'ordinateur sont aussi des réplicateurs, et eux aussi sont soumis aux lois de la sélection naturelle. Un virus informatique incapable de se répandre n"est pas celui que l'on doit craindre!!

En ce qui concerne les gestes inconscients il ne faut pas toujours penser qu'il s'agit de gestes cachés dans les réflexes d'un cervelet reptilien. Si vous tombez en amour avec une personne, est-ce que vous avez décidé de cela? Pourquoi elle ou lui? Lorsque deux personnes s'embrassent on peut ressentir un vif plaisir, mais quelque fois une déception. Il ou elle embrasse mal. Pourquoi au juste?

Les gens préfèrent les objets rouges, les gens du marketing savent cela. Pourquoi donc? Il y a dans nos préférences, nos prédispositions des tas d'influence de nos ancêtres. Le savoir c'est déjà nous permettre de s'en libérer.

Portrait de Frédéric Bouchard

Par rapport à la toute dernière question, ce n est pas contredire tant qu’un désaccord par rapport à la définition de l’ensemble des phénomènes que la théorie est en mesure d’expliquer. Comme je le disais, ce n’est pas un anti-darwinisme, c’est un désaccord par rapport à la portée du darwinisme. Exemple : la théorie de l’évolution n’a pas place conceptuelle pour des concepts comme l’amour, le libre-arbitre, etc. Si vous avez une théorie reposant sur les concepts de l’amour ou du libre-arbitre, vous croyez de facto que certains aspects de la vie mentale sont hors de la portée d’une explication darwinienne. Mais de croire que la théorie de l’évolution n’explique pas tout n est pas un rejet du darwinisme! Toutes les théories scientifiques sérieuses ont un ensemble fini de phénomène qu’elles veulent expliquer. On ne reproche pas aux astrophysiciens de ne pas pouvoir expliquer la reproduction sexuelle. On remarque tout simplement qu’ils examinent des chaînes causales distinctes à des échelles distinctes. Pour la caricature sciences sociales vs biologie, c’est que la question reste ouverte où est la limite des chaînes causales étudiée par la théorie de l’évolution, mais ce genre de débat est trouvé partout en science (par ex. est-ce que les politiques publiques sont déterminées par des processus institutionnels, approche plus sociologique ou sc.politique, ou par l’agrégation de choix individuels, approche plus économique). L’exemple du créationnisme vs Darwin est tout autre, car là pour un même phénomène on offre deux théories fondamentalement incompatibles, dans les objets, méthodes et cosmologie adoptés.

Portrait de nguimond

Bonjour messieurs Bouchard et Giraldeau, j'ai malheureusement raté votre présentation d'hier mais je suis vraiment curieuse d'entendre vos postulats sur la question. Pourriez-vous nous résumer vos points de vue respectifs? Ceux qui n'y étaient pas en seraient bien contents j'ai l'impression - moi la première. :)

Portrait de Frédéric Bouchard

Bonjour
Un peu comme Luc-Alain, je voulais suggérer que, l'être humain étant en continuité avec le reste de la nature, il fallait être très prudent devant toute théorie qui présume que nous sommes (vraiment) différents des autres espèces.

C'est un biais normal de croire que parce que nous avons un trait particulier (intelligence, capacité d'imagination, etc) et parce que ce trait nous intéresse, c est ce trait particulier qui nous distingue de manière unique de la nature. Pour plusieurs ceci ce traduit en l'inférence que nous sommes uniques et supérieurs au reste de la nature (et donc que nous méritons des explications uniques de nos capacités). Mais nous sommes le résultat d'une longue histoire d'évolution. Donc ce biais n'est pas justifié. Donc premier point, nous sommes vraiment des animaux. La conséquence est que les théories biologiques (darwiniennes ou autres) devraient être en mesure d'expliquer beaucoup d'aspects de notre existence (dont plusieurs comportements)

Ceci étant dit cela ne veut pas dire que les sciences sociales (là où la culture a été étudiée) sont alors caduques! mais il faudrait s'inquiéter de toute hypothèse allant contre des faits bien établis pour le reste du règne animal (par ex. si un modèle présume que nos cerveaux sont presque des tabulae rasae, c'est une erreur: nos ancêtres avaient certaines structures cognitives innées, il est implausible qu'elles aient toutes disparu chez l'Homo sapiens). En fait ce que je souhaiterais voir c'est un échange réel entre les sciences biologiques et les sciences sociales (ex.: pourrions-nous essayer d'appliquer certains modèles sociologiques/économiques chez d'autres primates? On le fait mais pas assez!)

Nous en arrivons donc la nécessité selon moi d'un juste milieu entre un darwinisme triomphant qui réduit toute la sociologie, psychologie, etc à l'action de la sélection naturelle (ceci est absurde: d'ailleurs la théorie de l'évolution n'est pas suffisante pour expliquer tout en biologie! nous avons aussi besoin de la biologie du développement, de l'écologie, etc), et un anti-darwinisme implicte à certains modèles des sciences sociales: attention ce n est pas un rejet du darwinisme ici mais plutôt le rejet d,une de ses conséquences. Si un modèle de sciences sociales dépend a priori de la prémisse qu'il ne peut s'appliquer qu'à l'être humain il y a peut-être problème (tout modèle qui croit que l'être humain est exceptionnel dans ses processus doit au moins justifier sa prémisse de base, car ce n'est pas une évidence biologique). Les deux pôles sont bien sûr des caricatures, mais des caricatures qui retrouvent des figurants dans la communauté de la recherche.

Tout ceci pour dire que, comme nous sommes des animaux, il serait très surprenant de ne pas avoir certaines structures comportementales innées. MAIS ceci ne doit pas se traduire pas non plus dans la croyance que l'histoire darwinienne de l'évolution de ses structures est en mesure d'expliquer tous les aspects de nos comportements. Donc l'humain génétique et culturel...

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

Bonjour,
La question du Bar des sciences demande si l'Homme est exempté d'une quelconque influence de la sélection naturelle. Hier j'ai voulu principalement faire prendre conscience qu'il existe une réelle continuité dans le monde du vivant. C'est la contribution de Darwin. Cette continuité n'implique pas une identité, nous ne sommes pas identiques aux animaux, mais nous sommes en continuité avec eux. Donc, l'idée de nous faire une exception est irrecevable à mon avis (ce qui ne veut pas dire que nous ne sommes pas des êtres exceptionnels).
Le second point que j'ai voulu faire porte sur le fait qu'un grand nombre de nos comportements ont des motifs cachés, ou du moins des motifs qui ne sont pas directement accessibles via la conscience. C'est Freud selon moi qui a réussi à convaincre l'occident de cela, même si ce qu'il a présenté comme l'inconscient ne tient pas la route en science, comme M Forget l'a si bien expliqué. Nous acceptons néanmoins aujourd'hui plus aisément que notre conscience ne soit pas en tout temps au contrôle de nos agissements.
En combinant ces deux points, j'ai posé les questions suivantes: est-il possible que cette part inconsciente qui dirige nos comportements ait pu avoir été sous l'influence de la sélection naturelle? Est-il possible que les humains ancestraux qui optaient pour les mauvais choix au sens adaptatif n'aient laissé aucune descendance de sorte qu'aucun d'eux ne puisse être un de nos ancêtres? Est-il possible que nous descendions d'une longue lignée d'humains qui avaient des cerveaux dont la part inconsciente nous dirigeait toujours vers les meilleures options au sens biologique? Voilà l'essentiel de mon argument.

Portrait de lucas

L'évolution et la sélection naturelle est la base de la vie et de la complexité biologique. Ce serait égoïste et naïf de notre part de penser que nous n’avons pas passé par là!

Nous n’avons pas évolué sur notre force, ni sur notre fourrure, nous avons évolué sur notre cerveau parce que c'est grâce à celui-ci que nous sommes capable de survivre.

Ma théorie sur le début / le commencement de l'évolution (pas de la vie) :

Prenons un organisme unicellulaire, il se divise en 2 cellules parfaitement identiques.
Un jour, une cellule rencontre une autre, Oh problème, nous ne sommes plus pareil ?
Une cellule a vécu un événement bien précis et ci est adaptée. Tandis que l'autre cellule a rencontrée d'autres types d'embuches.
Elles ont donc décidé de fusionner leurs gènes pour obtenir l'expérience et "l'adaptation" des 2.
La complexité de la vie s'amplifiait tranquillement, les organismes devenaient de plus en plus versatile, viable et fort face aux obstacles diverses de leurs environnements.
Un jour, un mâle et une femelle s'est défini dans le processus d'échange de gènes.

Et voilà, c'est la théorie la plus logique que je vois expliquant le début de l'évolution.

Qu'en pensez-vous ?

Portrait de Luc-Alain Giraldeau

Bonjour Lucas,
Je pense que M Bouchard vous a donné une excellente réponse. Je vous encourage fortement à aller lire le gène égoïste de Richard Dawkins. C'est merveilleusement bien écrit et cela vous donnera tous les fondements dont vous avez besoin pour réfléchir de manière plus structurée aux problèmes que vous soulevez.
En ce qui concerne l'évolution de la reproduction sexuée, encore une fois la réponse de M Bouchard est excellente. Ce n'est pas simple de comprendre comment cette forme de reproduction ait pu évoluer.
D'ailleurs, si cela vous intéresse, je donne dans le cadre d'une conférence pour les cégepiens une conférence sur "Le sexe et la science" à la Salle André-Mathieu du CEGEP Montmorency, à Laval, mardi le 2 novembre à 13h30.

Portrait de Frédéric Bouchard

Bonjour

il y a plusieurs éléments méritant discussion dans le dernier commentaire, et c'est Luc-Alain qui est mieux placé ici mais permettez-moi d'examiner deux questions en particulier

-Même avant de parler de gènes (et de fusion de génomes) la transition entre non-vivant à vivant (ou l'émergence du vivant) est une question fascinante qui est discutée dans plusieurs disciplines en biologie. Richard Dawkins dans le premier chapitre de son Gène égoïste offre une belle illustration de comment il y aurait pu avoir une espèce de sélection primitive (pré-organique)sur la stabilité de certaines molécules inorganiques. Par sélection successive cela nous aurait amené aux macromolécules organiques qui sont les bases du vivant telles que connues aujourd'hui. Nous sommes ici dans l'hypothèse, mais ce qui est intéressant ici, c'est la tentative de comprendre l'évolution par sélection naturelle AVANT l'apparation de la vie sur Terre. Où plutôt de voir le vivant lui-même comme un genre d'adaptation et un code génétique de type ADN ou ARN serait alors lui aussi une adaptation. Encore une fois c'est de la spéculation ici mais des programmes de recherche sérieux tentent d'examiner la question sous cet angle. Je tiens à souligner qu'il y a plusieurs autres programmes sur l'origine de la vie qui essaie d'expliquer ceci par d'autres processus (par ex. théorie des systèmes dynamiques, systèmes auto-catalytiques, etc.)

-par rapport à l'évolution de la reproduction sexuelle, il y a plusieurs hypothèses. D'abord il faut se rappeler que la majorité de la vie sur terre se reproduisait de manière asexuée (en se clonant si vous voulez) et que c'est encore le cas pour plusieurs espèces (de plantes en particulier). La reproduction sexuelle demande énormément de ressources et du point de vue du gène, le coût est énorme car le risque qu'un gène ne soit pas transmis d'une génération à l'autre est plus grand que dans le cas de la reproduction asexuelle. Pour parler métaphoriquement, chaque parent donne du sien, mais ne transmet pas tout (alors qu'une plante qui se copie elle-même transmet tous ses gènes). Donc comment sommes-nous passés d'un système de reproduction très fidèle (rep. asexuelle) à un système de reproduction moins prévisible (rep sexuelle)? Où plutôt dans une perspective darwinienne, quel est le bénéfice de perdre autant de fidélité? L'hypothèse consensuelle est que cela permet d'introduire beaucoup de variation car on 'mélange' les gènes des deux parents (ce n,est pas littéralement un mélange) ce qui permet à une population d'avoir beaucoup plus de variations dans les traits beaucoup plus rapidement ce qui augmente la probabilité qu'un trait favorable émerge. Or c'est exactement ce qui est souhaitable dans un contexte où l'environnement change beaucoup et donc où les pressions de sélection changent beaucoup aussi. À noter aussi, que Darwin lui-même s'est intéressé (indirectement) à la question de l'émergence de la reproduction sexuelle chez les fleurs, dans l'Origine des espèces (chapitre 4 je crois)
FB