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Club littéraire : le second livre!

Josée Nadia Drouin, le 26 octobre 2010, 13h18

Et puis Frankenstein? Fascinant, n’est-ce pas, de découvrir cet univers si dépouillé du début de la révolution scientifique? La science y fait ses premiers pas, elle est plus souvent suggérée que réellement décrite et affirmée. Et malgré tout, à la lecture de ce roman, on comprend rapidement toute son importance dans l’histoire de la littérature de science-fiction… ou fantastique, c’est selon!

Club littéraire : le second livre!
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Club littéraire : le second livre! Club littéraire : le second livre!

Le second titre n’est pas étranger au Frankenstein de Mary Shelley. D’ailleurs, un article scientifique recensait récemment les similitudes entre les deux œuvres dans la forme, mais également dans les propos. J’ai nommé : Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro.

Plantons d’abord le décor. Une école privée anglaise à la fin du siècle dernier. Les élèves sont couvés et protégés du monde extérieur, sans qu’on en sache la véritable raison. Jusqu’à ce que le voile se lève à travers les souvenirs d’enfance de l’une des élèves…

Ishiguro invente presque, avec ce roman, un nouveau genre, explique Jean-François. Le roman scientifique non scientifique! « En effet, sur le plan générique, on pourrait dire qu’il s’agit d’un roman d’amour ou d’un roman psychologique assez standard. Et pourtant, la présence de la science, bien qu’elle soit presque absente, change tout. Sans elle, ce roman est incompréhensible. » Ça vous rappelle quelque chose?

Ce roman pose aussi, continue Jean-François, des questions éthiques directement liées à des fantasmes et des projections, qui concernent des « effets » qu’on imagine de la génétique aujourd’hui.

À vous maintenant!

Vous avez jusqu’au 30 novembre prochain pour vous prononcer sur ce roman, sur sa forme non conventionnelle et sur les enjeux éthiques qu’il laisse planer!

Vous voulez commenter le roman Frankenstein, notre choix précédent? C'est ici.

Et pour tous les billets du club littéraire, cliquez ici !

15 commentaires

Portrait de movihardt

On a plus le droit de commenter ? Qu'à cela ne tienne. Juste pour dire que je suis plus qu'entièrement d'accord avec Pascal. Ces clônes sont des robots. Ou des androïdes ... Et le titre initial, Blade Runner, est "Do androïds dream of electric sheeps ?". Est-ce que les clones rêvent ? Ben oui, quoi.

Jean-François, on attend ton commentaire final aussi vers l'est de la francophonie ...

Portrait de nadia

Mais non... tu peux encore certainement commenter! Il fallait simplement que je fixe un délai pour que Jean-François puisse intégrer vos commentaires à son analyse que se lit justement ici !

Portrait de nadia

Vous aviez jusqu’à aujourd’hui pour inscrire vos commentaires sur ce deuxième roman… Une chose est sûre : Autour de moi toujours n’a pas fait l’unanimité parmi vous! Vous êtes revenus sur plusieurs éléments : la forme, le style, le genre, le thème, l’angle… et même la traduction. Qu’en dira notre expert ès littérature? C’est maintenant au tour de Jean-François d’y aller de son analyse. Surveillez, au cours des prochains jours, la publication de son billet!

Portrait de pascal

Je me demande aussi (et peut-être que Jean-François aura la réponse): quelle était l'intention de l'auteur avec ce livre? Déjà, on a appris qu'il aurait fallu le lire en étant soi-même japonais. Cela veut-il dire qu'il croit que son scénario serait vraisemblable au Japon et que cette création d’usines à organes est un risque que nous courons? Si oui, il a fait une très mauvaise lecture de la société occidentale: judiciarisée, médiatisée, etc.

Ou bien faut-il plutôt y voir une fable sur l’éveil à la conscience de soi?

A ce sujet, il m’est venu une analogie en cours de lecture. On a ici des personnages qui sont en apparence humains, mais n’en sont pas vraiment (aux yeux des autres) et à qui, pour cette raison, leur société nie des droits. Où a-t-on vu ça depuis longtemps? Les robots! Que ce soient les androïdes de Blade Runner, ou les robots d’Asimov, le fil conducteur est toujours le même : un personnage possède l’apparence d’un humain, mais n’en est pas vraiment un, et pour cette raison, se voit tôt ou tard nier le droit à mener sa vie librement. Heureusement, le lecteur ou le téléspectateur sait bien, lui, que ce personnage est en train de devenir davantage que ce qu’il était, et juge injuste le traitement qui lui est réservé (même Frankenstein, tiens...).

Là où je veux en venir, c'est que Ishiguro n'aurait-il pas dû tenir compte du fait que nous avons désormais inscrit cela dans notre psyché collective, et aller plus loin?

Portrait de movihardt

Une uchronie bien intéressante ...
J'écris ce titre juste pour le référencement ;-). Mais c'est vrai : en imaginant que les clones aient été inventés au lendemain de la seconde guerre mondiale, et que la pratique de la transplantation de leurs organes dans la population soit chose commune aujourd'hui est un procédé qui nous met en face d'un autre présent possible. Ceux qui trouvent que la science-fiction existe (hein, Pascal ;-)) devraient en voir un avatar. Après tout, d'autres romans plus anciens (parmi ceux ci, certaines nouvelles de Harlan Ellison par exemple, ou plus prosaïquement Crash de Ballard, désignés comme « auteurs de SF ») sont du même acabit. Si la science-fiction existe, alors c'en est.

L'absence complète de rébellion de ces clones face à l'ordre établi est effectivement perturbant et passionnant en même temps : si j'ai tout bien compris, il n'y a pas de mot "je" en aucune des trois séries d'idéogrammes japonais, ce qui expliquerait la difficulté qu'ont les occidentaux à comprendre la représentation de ces clones pour l'auteur. Pour nous, la difficulté de l'existence d'un clone est celle de pouvoir dire "je". Pour moi par exemple, je ne me pose pas la question de savoir si mon clone aurait une âme ; mon problème serait plutôt de savoir lequel est moi … Et cette thématique archétypale est systématiquement utilisée dans les films qui parlent de clones. Là, c'est l'opposé : ce qui est important, ce n'est pas qu'on puisse être deux. Le « modèle » est perçu comme une vague curiosité d'une autre vie possible. Par contre, le nœud gordien du roman est la question de l'âme. Du coup, j'ai bien du mal à comprendre la raison de la répugnance des "modèles". Est-ce parce qu'ils considèrent qu'ils n'ont pas d'âme ? Ou qu'on ne leur aura pas dit que les clones en ont une ... Mais que fait la presse ? Encore une résistance à la compréhension d'un livre, comme pour Frankenstein, pas dans le temps cette fois ci, mais dans l'espace et la culture.

La culture environnante : voilà le grand mystère de ce livre qui n'en tient absolument pas compte. La presse se résume aux pubs qu'on y trouve. La musique à un seul morceau. Même la télé n'a ni message, ni intérêt. Il semble que, dans les médias, ce grand tabou ne soit jamais traité. Et, finalement, c'est ce qui m'aura le plus dérangé dans ce roman : l'absence de culture ambiante, qui est pourtant pressentie par Emily et Madame comme étant facteur possible d'intégration, mais qui, selon l'auteur, disparaît par l'influence de plus en plus soutenue de la techno-science.

Au final, je continue à trouver ce livre un peu mal foutu, parce que je n'y trouve aucun souffle qui permette de dépasser les différences inter-culturelles, comme le feraient d'autres auteurs japonais. Et la traduction … non mais quelle m***e !!!

Oh, et puis ya des privilégiés qui savent comment faire une mise en page, et d'autres non ... je vois le genre !

Portrait de pascal

J'en suis encore dans le 2e tiers; j'attendrai donc pour répondre à François. Pour l'instant, juste un commentaire plus léger: au contraire de Frankenstein, personne n'a encore soulevé la question de savoir si c'était de la science-fiction ou non! :-)

Bien sûr, j'ai vite compris que ce n'était pas le but de l'auteur (à moins que le 3e tiers n'aille dans une tout autre direction que le film). Mais je remarque que la science dans Auprès de moi toujours est encore MOINS présente que dans Frankenstein: au moins, dans ce dernier, Mary Shelley risquait une réflexion sur les risques de la course à la connaissance. Alors que Ishiguro s'intéresse à l'exploration de l'âme de ces enfants, maintenant adolescents, élevés dans un relatif isolement, en-dehors de la société mais pas tout à fait...

Dans le film, j'avais fini par trouver invraisemblable que ces jeunes gens ne se révoltent jamais contre le sort qui leur est réservé, compte tenu justement ce ce que nous révélait leurs âmes. Et puis, en lisant la critique que Josée Nadia nous a signalée, j'ai appris qu'il faudrait décoder cet aspect sous l'angle de la culture japonaise, où la révolte face à l'ordre établi, serait une chose n'allant pas de soi. Ok, admettons que ce soit le cas. Je l'ai intégré comme prémisse dans ma lecture, et j'accepte, là où je suis rendu, que jusqu'à l'adolescence, alourdis par leur relatif isolement de la société et leur éducation un peu particulière, ils n'aient pas encore sauté la clôture. Mais il y a le reste de la société, qui devrait bientôt faire son apparition, et j'espère que le 3e tiers nous explique mieux l'interaction que le film.

Portrait de movihardt

Je reviendrai vous voir dans le futur, mais voici mes premières réflexions sur ce livre qui est, il faut bien le dire, dérangeant à plus d'un titre :
- est-ce que c'est aussi mal écrit en anglais ? Ecriture plate, accords grammaticaux scolaires, vocabulaire un peu léger ... Quelle mauvaise traduction. C'est souvent le cas dans la littérature de science-fiction. N'étant pas moi-même anglophone, j'éviterai de lire la vo, mais franchement, c'est assez mauvais. La narratrice se distancie de l'histoire et la raconte, comme un souvenir brumeux, alors qu'il s'agit de sa vie, comme si elle ne lui appartenait pas vraiment ... Procédé intéressant, mais franchement mal traduit.
- le sujet de l'instrumentalisation du corps est traité, lui-aussi de façon trouble, comme si c'était inéluctable, comme si les clones ne pouvaient faire autrement de donner leur vie aux chirurgiens comme source de pièces de remplacement. Ces clones ne se révoltent pas, ils acceptent leur sort sans barguigner, juste de pauvres hères presque inexistants. La vie de Ruth est exemplaire : elle tente constamment de vivre, mais y arrive t'elle vraiment ? Est-ce le bon angle pour parler de la vie des clônes ? Ce positionnement assez behavioriste (l'environnement clos de Hailsham puis des Cottages, accompagné par des "gardiens" construit la personnalité et la psychologie des clones, les empêchant de se rebeller), très english, m'a profondément dérangé : pourquoi ne prennent ils pas les armes ? Pourquoi n'y a t'il pas un seul Che bis en herbe dans ce roman ?

Ce roman m'en a rappelé un autre (Magic Time - Des vacances inoubliables - Kit Reed ed Denoel, 1983 en français), beaucoup plus ancien, qui traite lui aussi de l'instrumentalisation du corps, lui aussi vu du coté des instrumentalisés : des personnes âgés, ne pouvant payer leur maison de retraite, se voient proposer Disneyland, un lifting approfondi, et peut être l'amour ... en échange de leur mort. Mêmes principes d'accompagnants, de "gentils organisateurs". Roman drôle, cynique, tendre et dérangeant. Mais là où la limite entre clones et vivants est bien réelle dans "Auprès de moi toujours", elle tend à s'estomper au fur à mesure des "vacances inoubliables", ajoutant encore au trouble.

L'éthique est aujourd'hui, et c'est bien normal, une ficelle fictionnelle bien pratique. Mon sentiment premier (mais je n'ai pas fini le livre, je peux revenir dessus) est que le ton compassé, enfermé du livre, accompagnant les possibles réflexions éthiques du lecteur, a un effet de renforcement négatif : tu peux faire ce que tu veux, le monde de demain est déjà là, alors, que faire ... Rien, probablement.

Quant à la science, je l'ai pas vu. La technologie, oui. La production de savoir, non.

Portrait de Isabelle Burgun

Ça y est, c'est lu... et j'ai manqué le film - en salle. Tant mieux, cela va me permettre de faire un commentaire juste à partir de ma lecture.

Le prétexte de l'histoire - la vie des clones : que ressentent-ils ? comment seraient-ils intégrés dans la société ? est-ce que ça vaut la peine de les éduquer... vu leur destin : finir en morceaux !, etc. - en est un excellent et très d'actualité - même si scientifiquement parlant, nous sommes très loin d'une telle éventualité.

L'idée d'en faire un roman, et pas un traitement de science-fiction s'avère excellente aussi - mais pourquoi tant de pages, c'est un peu - beaucoup ?- long. Étrangement, si on suit le parcours psychologique de Kathy H, la protagoniste conserve un détachement suspect face à ce qui lui arrive - les deux autres personnages principaux ont l'air plus "vivants" . J'aurais aimé la voir se rebeller un peu contre son avenir tracé, ça lui aurait donné un peu plus de crédibilité...

À part ces deux réserves - la longueur et un personnage central plus "faible" - j'ai adoré ce livre pour toutes les questions que l'on se pose tout au cours de la lecture : sur l'intrigue d'abord mais surtout sur la vie de tels êtres : et si un jour, on parvenait à créer des clones (humains), conserverait-il la part d'humanité que nous nous prêtons parfois trop facilement. À lire absolument !

Portrait de nadia

Je vous ai dit, il y a quelques semaines, que j'étais allée voir le film. Une critique dithyrambique juste ici qui en révèle passablement sur l'histoire. Attention, "spoilers" devant!

Portrait de movihardt

Je vais l'acheter de ce pas ... en espérant qu'il soit distribué outr'atlantique !

Portrait de Isabelle Burgun

J'ai ajouté "clones humains" car évidemment il y a eu Dolly, etc. À ce propos :
http://science.howstuffworks.com/environmental/life/genetic/cloning.htm
Mais je serais curieuse de savoir ce qui nous divise Mr Mauviard et moi :-)

Portrait de nadia

Et puis, est-ce que tu as pu te le procurer? Affiche disponible sur Amazon.fr...

Portrait de movihardt

Oui, ça y est, je l'ai et l'ai démarré et ... je ne suis pas tout à fait d'accord avec Isabelle ... ni avec Jean-François. Décidément, les bagarres littéraires transatlantiques nous réservent des diatribes passionnantes :).

Portrait de Isabelle Burgun

C'est que je suis dedans... en plein milieu (p 319), j'entame la troisième partie. Un commentaire de mi-parcours alors... c'est long !
Intéressant aussi, cette idée de clones grandissants à l'écart de la société et destinés à faire des dons - après tout, c'est pour cela qu'on les a faits - entre la quête des "possibles" - je ne dirais pas ce que c'est, cela va pousser les gens à lire ;-) - et la quête d'eux-mêmes. Plus, une fois la dernière page refermée...

Portrait de nadia

Tiens, tiens, vous êtes moins loquace cette fois-ci... Connaissez-vous ce roman? On le présente comme le meilleur roman de la dernière décennie dans la bande-annonce du film "Never let me go" (oui, oui, c'est la version cinématographique du roman!) qui a pris l'affiche en anglais seulement à Montréal il y a maintenant quelques semaines... Je ne l'ai pas mentionné dans la description du roman ci-haut. Comme moi, vous auriez pu être tenté par le raccourci... Un très beau film d'ailleurs. La bande-annonce est ici ;-)!