Vous souvenez-vous des lézards queue-en-fouet? Ils se reproduisent par parthénogénèse, c’est-à-dire que leurs ovules n’ont pas besoin d’être fécondés pour se développer en embryon, à la différence des souris bipaternelles qui, elles, sont nées de la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde. La parthénogénèse n’est donc possible que si un ovule se développe spontanément en un nouvel organisme. Une telle chose ne se produit jamais chez les mammifères. Pourtant, des embryons humains ont déjà été issus de parthénogénèse.

C’est le chercheur sud-coréen Hwang Woo-Suk qui a accompli cette première scientifique, en 2004. Les onze embryons qu’il a ainsi produits ne se sont toutefois jamais rendus à terme, puisqu’ils ont été utilisés en tant que lignées cellulaires, c’est-à-dire en tant que banques de cellules cultivées en laboratoire. Malheureusement pour lui, il ignorait alors l’origine réelle de ces embryons. Ce n’est que lorsque les docteurs Kitai Kim et George Q. Daley, de l’institut sur les cellules souches de Harvard, ont réétudié ces lignées cellulaires, qu’ils se sont aperçus de l’erreur du professeur Woo-Suk.

Il est fort probable que le nom du chercheur coréen vous semble familier et il y aurait alors fort à parier que ce soit pour une affaire étroitement liée. En effet, le professeur Woo-Suk a été au cœur d’un scandale qui lui a coûté sa réputation. En 2004, il a publié dans le prestigieux magazine Science que son équipe était parvenue à créer le premier clone humain, de la même manière que la célèbre brebis Dolly l’a été, par transfert de noyau cellulaire. Les cellules souches embryonnaires ainsi créées ont généré des lignées cellulaires destinées à des usages thérapeutiques pour chacun des onze donneurs. Ce sont ces cellules, que le chercheur a présenté comme étant des clones, qui sont en fait issues de parthénogénèse. Une petite méprise sans conséquences? Pas tout à fait…

Malheureusement pour le Coréen, un collègue américain a dénoncé une faille éthique dans son protocole. En novembre 2005, le professeur Gerald Schatten, de l’université de Pittsburg, a en effet critiqué l’utilisation d’ovocytes provenant de femmes de son propre groupe de recherche, dans le protocole du professeur Woo-Suk, et a demandé que son nom soit retiré de la publication parue dans Science. Il s’ensuivit des enquêtes de la part de comités scientifiques, qui révélèrent que les résultats du professeur Woo-Suk avaient été en bonne partie falsifiés. Par exemple, il semblerait que les résultats relatifs à neuf des onze lignées cellulaires aient été créés de toutes pièces. Les deux articles de Woo-Suk sur le sujet ont été rétirés par Science .

Inculpé pour fraude, le chercheur sud-coréen a tout de même laissé derrière lui le premier clone de chien, Snuppy, ainsi que ses travaux, investigués par les chercheurs bostonnais, qui s’aperçoivent alors que les supposés clones humains étaient en fait des cas de parthénogénèse. Selon eux, si Hwang Woo-Suk n’avait pas faussé ses résultats et avait seulement publié que les embryons étaient issus de clonage, on lui aurait pardonné son erreur et il aurait conservé tout le mérite d’avoir été le premier chercheur à forcer la pathénogénèse chez l’humain. Au contraire, son manque de rigueur éthique a donné au monde une vision sombre de la recherche sur les cellules souches.

Articles parus dans le Monde et sur New scientist

François M.

Ce billet a été écrit dans le cadre d'un travail d'équipe pour le cours RED2301 - Problèmes de vulgarisation, donné par Pascal Lapointe, à l'Université de Montréal à la session d'hiver 2011.