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Qui paiera pour l'information en ligne?

Pascal Lapointe, le 2 septembre 2011, 10h22

Le mantra voulant que nous soyons entrés dans une ère où toute l’information sera gratuite est mis à mal : le mur payant du New York Times semble mieux réussir son coup que prévu. Ça redonne confiance : il y a tout de même, ici et là, quelques personnes prêtes à payer pour de l’information en ligne. Si elle est de qualité.

A lire aussi : Qui paiera pour le journalisme en ligne?

- Si le New York Times atteint 500 000 nouveaux abonnés, à 195$ chacun, cela donne 100 millions$. C’est impressionnant, mais juste 5% de ses 2 milliards de revenus annuels.
- Par contre, ces abonnés-là sont précieux parce que « loyaux » : ils lisent beaucoup d’articles, sont plus attentifs, et les annonceurs paient plus cher pour ce type de clientèle.

Un mur poreux, et après?

Le mur payant a été moqué parce qu’il est poreux : faites un lien vers un article par Twitter ou Facebook, et tous vos amis pourront y accéder. Alors que c’est précisément son pari. Il nous arrive souvent d'être prêts à payer un supplément, même quand nous n’y sommes pas obligés, si nous le jugeons important. Le pari, c’est donc que nombre de gens s’aperçoivent que le Times est différent de leur journal habituel —meilleur, mieux écrit, mieux documenté, plus fouillé— et que cette différence mérite un chèque.

Soyons réaliste, il faudra quelques années pour savoir si ce pari fonctionne.

Ils sont plus de 300 000 à s’être abonnés au nouveau service payant du Times depuis son lancement, en mars, un chiffre que le journal espérait atteindre à la fin de la première année.

Or, le mot le plus entendu lors du lancement de ce mur payant, était « dinosaure ». Personne ne va payer, toute l’information peut être trouvée ailleurs... En plus, le Times avait pris cette curieuse décision d’offrir des détours : si vous cliquez sur un lien twitter ou facebook vers un article, vous contournez le mur.

Or, je pense qu’on est sur une pente très glissante si on se contente de ce raisonnement.

Davantage d’informations gratuites, oui, j’en suis. TOUTE l’information gratuite, non. À moins que vous ne soyez assez naïfs pour croire que les deux années d’enquête sur le gaz de schiste par les journalistes du magazine Pro Publica auraient pu être faits par un sympathique bénévole depuis son salon. Ou que l’enquête du New Yorker sur le spaghetti de liens entre la multinationale Koch et les groupes qui nient le réchauffement climatique aurait pu être écrite sur le coin d’une table.

Et en fait, on est rendu plus loin que ça : dans une petite société comme le Québec, 7 millions d’habitants ne suffisent pas, avec ou sans Internet, pour faire vivre des médias de vulgarisation sans l’aide d’une subvention gouvernementale.

Le problème fondamental, que nous n’osons pas admettre tout haut, est que peu de gens sont prêts à payer pour une information différente.

C’est vrai que n’importe quel « journaliste citoyen » peut pondre un bon texte sur sa vedette préférée, peut couvrir un incendie au coin de sa rue ou résumer un communiqué de presse. Et c’est vrai qu’une partie de l’énorme masse d'information qui nous assaille tous les jours est interchangeable : c’est la raison pourquoi la plupart des tentatives pour faire payer le public sont vouées à l’échec.

Mais « la plupart » veut dire quoi? Qui seraient les exceptions? Elle est là, la grande question. Celle qui déterminera à quoi ressemblera l’univers des médias, des journalistes et des blogueurs, dans 20 ans.