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Culture (inculture) scientifique

Josée Nadia Drouin, le 7 octobre 2011, 14h12

Ça fait déjà un moment que je cherche une façon d’aborder le thème de la culture scientifique (ou de l’inculture scientifique, c’est selon…) sur ce blogue.

D’abord, une bonne raison de le faire : la culture d’un peuple est évidemment fondamentale. Réfléchir sur cette culture sur un site scientifique, ça s’impose tout naturellement.

Une autre raison : le format de cette tribune qui permet d’en discuter entre nous, d’échanger sur ses bons (et moins bons) coups, sur son avenir, sa diversité. Tout ça dans le but avoué de mieux en comprendre les ramifications qui sont nombreuses (on a qu’à penser à la culture scientifique à l’école, dans les médias, en politique, etc.) et les répercussions qui sont plus déterminantes que jamais, alors que les solutions aux enjeux sociétaux actuels passent en grande partie par la science (les changements climatiques, la génomique, les nanotechnologies pour n’en nommer que quelques-uns).

Un programme ambitieux, n’est-ce pas? C’est justement la raison pour laquelle j’ai aussi longtemps hésité avant de l’aborder. Je ne suis aucunement spécialiste de la question. Je pense simplement qu’il est essentiel d’y réfléchir, de mieux comprendre les embûches auxquelles elle fait face et d’en révéler toute l’importance.

Pour ne pas taire le sujet plus longtemps, j’ai pensé me livrer à une petite expérience. Vous vous souvenez, je vous avais mentionné ici le titre d’un livre – Unscientific America : how scientific illiteracy threatens our future — que j’avais beaucoup aimé. Au cours de prochaines semaines, je m’engage à relire ce livre et à vous relayer les informations qui me semblent incontournables. Vous êtes tentés de m’accompagner, de répliquer et surtout de renchérir? Vous êtes les bienvenus!

10 commentaires

Portrait de nadia

@David : Sur la faible représentation de la science dans les journaux culturels, Bruno m’enlève les mots de la bouche! Et il faut bien savoir que si, aujourd’hui, la culture se limite souvent à sa dimension artistique, ça n’a pas toujours été le cas. À quel moment s’est produite cette rupture? Je ne saurais le dire (c’est en partie la quête de ce blogue!), mais peut-être peut-on trouver quelques indices dans The Two Cultures, un livre de renommée internationale, rédigé par Charles Percy Snow, en 1959 (et qui a depuis été réédité). L’aurais-tu déjà lu?

@Bruno : Commentaire très pertinent. Comme tu le précises, la transmission des connaissances occupe une grande part de cette culture (et j’aborderai certainement cet aspect), mais ce sont les idées qui permettent (ou non) cette culture qui m’intéressent. Sur les us et coutumes des scientifiques, tu mentionnes qu’il y a là plusieurs trucs intéressants pour le public. Tu nous mets l’eau à la bouche. Des exemples?

@Pascal C’est noté! Et pour titiller les gens qui liraient ce billet, le compte-rendu que tu en as fait est ici. Dans la même veine, le livre Merchants of doubt que je n’ai pas encore lu (entrevue avec l’auteure ici).

Portrait de dcarter

Bonjour Josée Nadia,
Non, je n'ai pas lu The two Cultures. Je l'ajoute à ma liste de cadeaux pour Noël !
Merci de la suggestion.
David

Portrait de nadia

Juste pour te titiller un peu, un texte que Pascal a rédigé, il y a deux ans, alors que l’Académie des sciences de New York revenait sur le 50e anniversaire de la publication de ce livre. Comme toi, j'ai mis ce livre sur ma liste. Ça vaudrait peut-être la peine qu'on y revienne, une fois qu'on l'aura lu!

Portrait de Bruno Lamolet

Josée Nadia : Sur les us et coutumes des scientifiques, tu mentionnes qu’il y a là plusieurs trucs intéressants pour le public. Tu nous mets l’eau à la bouche. Des exemples?

Par « intéressant pour le public », je ne voulais pas nécessairement dire d'intérêt public, mais plutôt que s'intéresser au quotidien des scientifiques nous apprend beaucoup de choses sur leur mentalité et leur univers Si on veut faire tomber les barrières entre les chercheurs et le public, il faudrait aussi que le public apprenne un peu à connaître les scientifiques en tant qu'êtres humains au sein d'une communauté avec ses règles et son fonctionnement propre.

Je ne savais pas que le Two Cultures avait conduit à une livre. Il me semble qu'au départ, c'était un discours ou une conférence.

Portrait de nadia

Tout à fait d’accord avec toi Bruno! Quant à The Two Cultures, tu as raison. Comme le précise Pascal, avant d’être un livre, ç’a été une conférence. Le texte de la conférence — The Two Cultures and the Scientific Revolution — est facile à trouver sur le Web. Puis, il y a eu le livre dont je parlais. Snow aurait même écrit une suite à ce fameux livre : The Two Cultures: And a Second Look: An Expanded Version of The Two Cultures and the Scientific Revolution. Et si je ne me trompe pas, le texte de la conférence et la suite du livre sont inclus dans la dernière édition du livre (1993).

Portrait de pascal

Si on veut faire tomber les barrières entre les chercheurs et le public, il faudrait aussi que le public apprenne un peu à connaître les scientifiques en tant qu'êtres humains

C’est bien certain, et le journalisme scientifique (celui des magazines ou des documentaires, par opposition à la nouvelle au quotidien) s’éloigne autant que possible de « la découverte de la semaine », au profit de portraits « d’êtres humains ». Mais c’est pas aussi facile que ça en a l’air, parce que raconter nécessite plus d’espace et de temps et il y a des limites à ce que même les New Scientist et les Nova de ce monde peuvent offrir.

C’est une des raisons pour lesquelles on trouve la percée des blogues de science si intéressante : pas de limites d’espace, autant de billets que l’auteur en est capable... Mais en contrepartie, le public est plus restreint. Dilemme... :-)

@ Bruno : le Two Cultures dont parle Josée Nadia est effectivement une conférence, mais qui a été publiée en livre, lequel continue de faire l’objet de rééditions 50 ans plus tard.

Portrait de dcarter

Petite question : Pourquoi les journaux culturels ne couvrent-ils pas la culture scientifique ?
David

Portrait de Bruno Lamolet

Parce que la culture, avec un grand C, se réduit presque tout le temps à la culture artistique et à la culture sociale. Et pas seulement dans les journaux culturels. Bref, la culture avec son grand C est bien souvent une culture avec un petit « q ».

Et la culture scientifique n'est pas la seule qui en souffre.

Portrait de Bruno Lamolet

Bonne idée.

Il y a deux aspects à toute culture : les connaissances et une façon de voir, penser et faire les choses. Je ne crois pas me tromper en disant qu'on réduit souvent la culture scientifique (et la plupart des cultures en général) au 1er aspect.

Le 2e aspect, c'est avant tout la culture de poser des questions testables (et de les tester ensuite). C'est intéressant, non pas pour transformer les gens en « testeurs », mais pour faire valoir cette façon de penser et faire comprendre la démarche scientifique.

Il y un sous-aspect au 2e : les us et coutumes de la tribu des scientifiques. C'est celui qui fait ressortir le côté humain et l'organisation de la recherche scientifique. Il y a beaucoup de choses intéressantes pour le public.

Penses-tu parler de tous ces aspects?

Portrait de pascal

Excellente initiative, bravo! Suggestion de lecture supplémentaire: parmi les livres lus ces dernières années sur la manipulation de l'information autour des changements climatiques, celui du Canadien James Hoggan contient beaucoup d'informations sur les répercussions et les ramifications: Climate Cover-Up.