Pendant longtemps, les climato-sceptiques nous ont rabattus les oreilles en répétant qu'il n'y avait pas de consensus scientifique sur la question du réchauffement climatique. Quand « l'argument » s'est mis à trop sentir le... réchauffé, on s'est mis plus souvent à entendre que le consensus n'en était pas un mais tenait plutôt de la conspiration.

Les « scientifiques » détesteraient ceux qui ne sont pas d'accord avec « le consensus » et feraient tout et n'importe quoi pour les empêcher de parler. C'est d'ailleurs comme ça que certains commentateurs ont choisi d'interpréter les courriels du Climate Research Unit de l'Université d'East Anglia au Royaume-Uni, coulés en 2009. Cet exemple est particulièrement hilarant (ou triste, c'est selon).

Parmi les idées trompeuses qui ont été répandues à ce sujet, celle-là me paraît ni particulièrement convaincante... ou surprenante. Nombreux sont ceux qui croient que « les scientifiques » forment une coterie d'initiés qui sert d'abord et avant tout à protéger ses intérêts. Einstein sert souvent d'exemple, d'ailleurs : la légende voudrait qu'il ait été rejeté par l'intelligentsia scientifique quand il a d'abord présenté sa théorie de la relativité.

Honnêtement, je n'ai aucune idée de l'accueil qu'ont reçu Einstein et ses calculs en 1905. Ce que je sais, c'est qu'à sa mort, cinquante ans plus tard, Einstein avait reçu un prix Nobel et était une vedette internationale. Si l'envie vous prenait de me mettre au ban de la société, je vous en prie, faites-le en me donnant un prix Nobel.

Et l'accueil qu'a reçu l'équipe d'OPERA, en septembre, quand elle a annoncé que les neutrinos allaient peut-être plus vite que la lumière ? On a parlé du scepticisme de la communauté. Ce qu'on a peut-être moins dit, c'est que peu importe ce qu'en on pensé les gens qui ont assisté à la conférence, la présentation d'OPERA ne faisait que partir le bal des études supraluminiques. Depuis fin septembre, plus d'une centaine d'articles scientifiques qui discutent du résultat sont déjà apparus sur arXiv, le site de pré-publication utilisé dans le domaine : une recherche d'articles qui citent l'article d'OPERA donne aujourd'hui 122 résultats. Tous ne sont pas des attaques: certains expliquent que les nouveaux résultats ne sont pas en désaccord avec les données recueillies lors de l'explosion de la supernova1987a, contrairement à ce qui avait été plus tôt. D'autres disent exactement le contraire. On cherche à savoir si les données permettent vraiment de conclure que ces neutrinos sont supraluminiques. Un prix Nobel et son collègue « expliquaient » dès le 30 septembre, que si les neutrinos étaient vraiment supraluminiques, ils devraient avoir certaines propriétés qui n'ont pas été observées. Ceci n'a absolument pas clôt le débat : les articles continuent d'affluer, du Chili, des États-Unis, de la Chine, du Danemark et d'ailleurs...

Einstein avait dit que la constante cosmologique était la pire erreur de sa vie. Cela n'a pas empêché des physiciens de remporter le prix Nobel de cette année pour avoir obtenu des données qui la remettent franchement au goût du jour. Aussi « sacrée » que puisse être la théorie de la relativité, les physiciens discutent maintenant allègrement (et publiquement) de la possibilité qu'un de ses piliers (que la vitesse de la lumière ne puisse être dépassée) soient tout simplement erroné. Si les faits s'avèrent établis, ils ne seront pas niés. Et surtout, celui (ou celle, hein) qui aura établi ces faits se remportera sans doute un joli prix Nobel. C'est ce qui est arrivé à Einstein, et ça ne l'a pas mal servi du tout.

Et on voudrait nous faire croire que les scientifiques n'aiment pas la controverse?