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La culture scientifique: ça sert à quoi?

Carnets de Culture, le 17 mars 2014, 13h10

Être scientifiquement cultivé, ce n'est pas seulement avoir des connaissances sur la science, mais aussi sur la façon de penser en science.

Crédit photo : www.arbredespossibles.com
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Le blogue Carnets de culture vise à offrir un espace commun de discussion et d'opinions sur les enjeux de la culture scientifique au Québec et dans le monde ainsi que les acteurs et initiatives actuelles. Si vous souhaitez proposer un sujet ou billet pour ce blogue, ou encore rejoindre l'équipe des contributeurs, faites-en la demande par courriel auprès de l'Agence Science-Presse (voir la section contact du site).

Sophie Malavoy, directrice du Cœur des sciences – UQAM

Depuis des années, je me pose la même question, une question toute simple, toute bête diront certains: à quoi sert la culture scientifique que nous nous efforçons tous de diffuser? Qu’avons-nous vraiment à apporter en tant que communicateurs scientifiques?

Promotion des carrières scientifiques, reddition de compte aux citoyens qui financent les recherches, contribution à augmenter l’acceptabilité de projets scientifiques, information du public pour avoir des citoyens plus éclairés et capables de participer aux grands enjeux de notre temps, ouverture d’un dialogue science citoyen: les réponses sont nombreuses et, surtout, toujours les mêmes. Je ne les rejette pas, mais à vrai dire, elles ne me suffisent pas. Pas totalement.

Je suis d’ailleurs restée sans voix quand un animateur de radio m’a lancé il y a quelques années «Mais à quoi sert de savoir que l’univers a 13,8 milliards d’années?». Pour les astrophysiciens et tous les amateurs curieux de l’origine de notre univers, cette découverte a un sens, une valeur. Mais pour les autres? Pas sûr. Faut-il alors plaider pour l’importance de comprendre le monde qui nous entoure? Notre rôle pourrait-il, en partie, en être un de «réanimateur» d’une curiosité trop vite perdue en vieillissant? De faire partager le plaisir qu’ont les scientifiques à se poser des questions et à tenter d’y répondre? Oui, le plaisir.

Bon, je sais, la science est vaste et ces considérations ne se prêtent pas à bien des sujets que nous devons traiter. Et cela m’amène à un deuxième problème. Depuis quelques mois, je tombe sans arrêt sur des textes parlant du biais de confirmation et du mythe du déficit de connaissances. En deux mots, il ne suffit pas d’informer les gens pour les convaincre ni de les bombarder de faits ou d’arguments rationnels pour ébranler leurs croyances ou leurs préjugés. Leur choix, leurs opinions ne tiennent pas à un déficit de connaissances, mais au fait qu’ils sélectionnent systématiquement les informations qui confortent leurs positions. Fascinant et terriblement vrai. Lors des nombreux débats que nous organisons au Cœur des sciences, j’ai effectivement l’impression qu’au-delà du désir de s’informer, la majorité des gens viennent plus chercher des munitions pour défendre leurs opinions que pour en changer. Notre rôle alors?

Je ne suis vraiment pas une «théoricienne» de la communication scientifique, mais l’une des idées qui me viennent en tête est qu’en dehors de quelques scientifiques amateurs dans des domaines très précis et des quelques excursions que le Cœur des sciences organise sur le terrain, le public n’a pas l’occasion de pratiquer la science. La culture scientifique reste une culture de spectateurs. Or, la richesse à partager ne serait-elle pas, outre les résultats scientifiques, dans le processus pour les acquérir?

Bref, à trop axer la communication scientifique sur les résultats, on a peut-être oublié d’expliquer la démarche employée qui est pourtant la seule garante de leur validité. La science, c’est une façon de penser selon une méthode scientifique bien définie. C’est l’existence du consensus scientifique. C’est le scepticisme organisé qui invite à questionner continuellement les connaissances acceptées.

Une théorie scientifique n’a pas la même valeur qu’une croyance et toutes les recherches soi-disant scientifiques ne se valent pas. Pourtant, la distinction n’est pas toujours claire dans les médias. En médecine, par exemple, il est admis que les études d’observation faites à partir de données sur une population donnée n’ont pas la même portée scientifique (en termes de possibilité de faire des corrélations) que celles réalisées par des essais cliniques comparatifs randomisés. Pourtant, selon une recherche récente de la National Institue of Health, ce sont les études d’observation qui sont le plus reprises par les médias américains. Les communicateurs sont-ils alors un peu (pas totalement, bien sûr) responsables de cette impression qu’ont les gens que toutes les informations se valent?

La culture scientifique servirait-elle aussi à nous doter d’un état d’esprit scientifique pour être capable de remettre en question nos opinions et conceptions du monde, pour questionner sans cesse la validité des propos qui nous influencent? Je sais que cela n’est pas aussi simple et que les scientifiques eux-mêmes ont leurs croyances, leurs préjugés et leur petit côté irrationnel. Le biais de confirmation est solidement ancré et le combattre est une lourde tâche, d’autant que les communicateurs font face à de nombreuses contraintes de temps et d’espace notamment. Cependant, j’ai quand même envie de terminer sur une phrase de Gaston Bachelard (1): «Quand il se présente à la science, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. Accéder à la science, c’est spirituellement rajeunir.»

(1): Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique, texte 11, Vrin, Paris, 1971.

Ne manquez pas de lire les précédents billets de Carnets de culture:

La troisième culture ou C. P. Snow revisité.

Les difficultés actuelles du milieu de la science et de la technologie.

24 commentaires

Portrait de Brite

Commentaire de Alain Anselmet, Conseiller pour l'enseignement supérieur, la recherche et la culture scientifique chez Universcience sur la discussion LinkedIn "La culture scientifique, ça sert à quoi"

Axiome.
La culture scientifique n’est pas comme un tableau que l’on accroche au mur pour pouvoir le contempler longuement au début, puis le regarder de temps en temps et puis finir par l’oublier complétement.
La culture scientifique a besoin de dynamisme, elle évolue sans cesse. Elle se déploie depuis le champ de la pensée – de la science la plus fondamentale – jusqu’à l’objet, produit de la technologie, en passant par la mise au point de techniques qui à leur tour reviendront nourrir les sciences.

S’entendre sur les objectifs.
Le dialogue entre la société et les mondes de la recherche et de l’innovation est le garant d’une transparence entre les attentes citoyennes et les avancées scientifiques et technologiques qui peuvent parfois inquiéter celui qui n’a pas reçu les éléments nécessaires pour se forger une opinion raisonnée. Il est urgent de prendre en compte ce besoin de dialogue.

Un triangle vertueux : universités, organismes de recherche et acteurs de la culture scientifique et technique.
Les universités et les organismes de recherche doivent changer de regard sur les besoins des citoyens d’une société de la connaissance, en luttant contre la tentation d’une simple communication destinée à être résolument attractive. En étroite collaboration avec les acteurs de la culture scientifique et technique, ils doivent jouer pleinement leur rôle dans l’éveil à l’esprit critique des citoyens, afin de permettre une intégration réelle des sciences et techniques dans le champ culturel.

Alors, quelle définition ?
La culture scientifique et technique : « une dynamique et un besoin. »

Un besoin, certainement. Essentiel, même.

Portrait de Julie Godbout

Pascal, vous êtes un sage.
En effet, il est illusoire de vouloir convaincre le grand public du bien-fondé de la culture scientifique. On parle de communication scientifique et non de prêche. Personne ne détient une "vérité" ..
À mon avis, la culture scientifique doit se voir comme n'importe quel autre type de culture. Elle offre un certain type de réponse aux questions que tout le monde se pose. Elle offre une perspective différente sur le monde qui nous entoure. ... comme peut le faire l'art.
Elle offre des outils qui permettent de mieux comprendre qui nous sommes. Elle offre des informations sur lesquels appuyer notre réflexion (dans le cas des changements climatiques, justement)

Le modèle de déficit de connaissances du grand public qui suppose que celui-ci a besoin d'être éduqué par la classe savante est dépassé.
Il faut aller au-delà de ce modèle. Une des façons, est d'inclure les citoyens dans des projets de science. Pensons à la science citoyenne où le savoir détenu par le public est utilisé dans des projets de recherche scientifique. On parle ici d'un échange et non d'un transfert unidirectionnel.

Sachons aussi qu'au sein même du système, il n'y a pas d'incitatifs pour les chercheurs de communiquer leur recherche en dehors de la sphère des spécialistes.
Une des méthodes pour favoriser les échanges entre les citoyens et les chercheurs pourrait impliquer les fonds de recherche qui pourrait demander et inciter les chercheurs à échanger avec le public; ce qui augmenterait la valeur et le potentiel de financement de leur projet.
Aux États-Unis, le NSF a ajouté une clause de ce type dans les demandes de subvention où les chercheurs doivent discuter des "broader impacts" de leur projet proposé.

Portrait de Ghislaine Atta

"Une des façons, est d'inclure les citoyens dans des projets de science." @Julie, vous m'otez les mots de la bouche! C'est exactement mon point de vue

Portrait de pascal

Bruno demande dans son dernier commentaire comment on peut lutter contre le biais de confirmation, ce qui nous ramène effectivement au texte de Sophie. La culture scientifique, ça ne doit pas être juste vu comme un transfert de connaissances du "savant" vers "l'ignorant", et pour cette raison, on ne lutte pas contre le biais de confirmation. On en tient compte dans notre démarche de communicateur / vulgarisateur / journaliste, ce qui signifie qu’on adapte notre propos.

Mon exemple préféré est celui des changements climatiques: il ne sert à rien d’espérer créer une vulgarisation géniale qui “convaincrait” les climatosceptiques. Par contre, on peut, et ça s’est vu, faire comprendre aux climatosceptiques les mérites de l’efficacité énergétique ou de la sortie du pétrole (ça dépend des régions). Ça fait plus de culture scientifique, même si ce n'était pas celle visée au départ.

Portrait de Ginko

Vous citez le biais de confirmation et du mythe du déficit de connaissances.

Je pense que la principale barrière à l'accès à la pensée scientifique par le grand public est très basique : tout le monde cherche des réponse. Les scientifiques comme les autres. Mais la science apporte essentiellement des questions et des théories, au mieux des consensus, accompagnés d'une notice qui dit "c'est la meilleure réponse qu'on ait à ce jour, mais on n'attend qu'une chose, c'est d'avoir une occasion de revenir dessus". Ce n'est tout simplement pas ce que recherche (en généralisant de façon totalement abusive) le grand public.

Le quidam veut des certitudes pour pouvoir être rassuré sur le monde qui l'entoure. Il veut des réponses à ses questions. Il veut pouvoir cesser de se les poser pour pouvoir passer à autre chose. (Et c'est justement la base du succès des religions.)

La science propose exactement l'inverse : des réponses temporaires à remettre en cause à la moindre opportunité. Une recherche permanente. Un consensus attaquable et attaqué. Chaque réponse apportée pose plus de question qu'elle n'en résout (et c'est justement à cela que l'on reconnait une théorie élégante : lorsqu'elle semble pouvoir répondre à plus que ce pourquoi elle a été formée à l'origine).

Voila à mon humble avis le fossé infranchissable entre la science et le grand public.

Portrait de jbouchez

Bon commentaire, mais je ne suis pas d'accord avec vous concernant l'impossibilité de franchir le fossé. C'est un des objectifs de la communication et surtout de la vulgarisation scientifique que de créer des ponts pour franchir le fossé. Si le grand public cherche à franchir la rivière de lui-même, ce sera en effet difficile. On peut savoir nager, mais quand le courant est trop fort, c'est illusoire. La vulgarisation scientifique propose justement de construire un ouvrage d'art afin de traverser la rive ou même mieux de rencontrer les habitants de l'autre rive au milieu du pont. C'est donc aussi aux scientifiques de faire un bout de chemin. L'idée n'est pas seulement de rassurer le grand public en lui montrant que c'est justement ce questionnement et cette remise en question qui fait la beauté de la science, il faut lui montrer le résultat. L'ordinateur sur lequel vous lisez ce commentaire n'aura pas pu voir le jour si des scientifiques ne s'étaient pas posés des questions et émis des théories qui ont permis de jeter les bases de la physique quantique. Bref, il faut expliquer et montrer au grand public les résultats des questionnements, mais il faut le faire de façon amusante, originale, déroutante voire interpellante en n'hésitant pas à remettre en cause les certitudes. C'est d'ailleurs l'objectif que s'est fixé Derek Muller en créant la chaîne Youtube Veritasium que je vous encourage à visiter. Bref, il faut rendre la science ''le fun''.

Portrait de Ginko

>Bon commentaire, mais je ne suis pas d'accord avec vous concernant l'impossibilité de franchir le fossé.

C'est aussi le "conseil" que m'a porté cette nuit (pour reprendre l'expression ;).
Notamment l'intervention de Bruno Lamolet sur le fait de raconter des histoires. Les histoires, en tant média (véhicule d'information) sont des outils fantastiques car notre cerveau semble fonctionner naturellement de cette manière. Elles sont parmi les premiers messages que l'on adresse aux enfants. C'est également la forme que prend beaucoup de publicités et de bonnes blagues.

Les histoires sont auto-porteuses : elles se suffisent à elles-mêmes. Quand bien même une recherche ne porte pas ses fruits en termes de résultats espérés, elle est rarement totalement stérile. Elle est riche en enseignements divers et en expérience pour ses membres ou en nouvelles pistes découvertes.

Comme les résultats de recherches scientifiques sont intrinsèquement non ou peu compatibles avec les attentes d'une large part du grand public, axer la communication sur le chemin plutôt que la destination (incertaine !), sous la forme d'une histoire me parait plus qu'intéressant !
D'autant qu'une équipe qui se met en quête vers un but incertain, c'est carrément l'aventure !

Bon, évidemment ce n'est qu'une solutions parmi les autres (vulgarisation pour les petits et les plus grands, approche "par le fun", forums), une solution pas adaptée à tous les cas, mais qui me semble sous-exploitée en regard de son grand potentiel.

Portrait de Thor

Oui, je comprends l'importance de raconter une histoire et de ne surtout pas ennuyer le public avec les détails méthodologiques beaucoup trop techniques. Mais on peut faire une bonne histoire avec une recherche sérieuse, comme avec une autre totalement bidon. Les écueils possibles ne manquent pas, surtout quand le porteur du message discutable est «charismatique». Je me souviens, entre autres, du film Cool it! qui faisait l'éloge des idées de Bjorn Lomborg sur le réchauffement global. Très bien tourné, très bien scénarisé, personnage central dynamique et sympathique, mais contenu totalement délirant. Bref, le «human interest», c'est bien, voire essentiel (pour montrer notamment le plaisir à chercher), mais attention!

En passant, le vidéo signalé par Anne est super.

Mon point était plutôt démontrer la nécessité de présenter la validité des travaux dont nous parlons et surtout d'amener les gens à se questionner eux-mêmes . La démarche scientifique est-elle sérieuse? Comment les résultats ont-ils été obtenus? Font-ils consensus parmi la communauté scientifique? Cela ne veut pas dire d'éliminer tous les marginaux (les recherches non encore acceptées), mais seulement de faire attention et de creuser solidement les fondements de ce qu'ils avancent.

Je ne vois pas comment on pourrait contrer le biais de confirmation, sans contribuer à renforcer la capacité des gens à discriminer l'information sérieuse de celle qui ne l'est pas (pour ceux qui en sont encore capables bien sûr).

Portrait de Bruno Lamolet

Je suis bien sûr d’accord avec toi, Sophie. On ne réduit pas la démarche derrière une découverte au simple vécu et à la personnalité des chercheurs. Et du bidon, c'est du bidon, avec ou sans bonne histoire.

L'histoire sert à raconter ce que les chercheurs ont fait et pourquoi. On peut même décrire une expérience clé. Le but est d’illustrer comment ils ont pensé et travaillé pour en arriver à cette découverte.

La discussion a un peu dévié de ton texte original. Et je n’ai aucune idée claire sur la façon dont on peut lutter contre le biais de confirmation.

Portrait de Bruno Lamolet

Quand je peux parler du processus qui a mené à une découverte, ce n’est pas la méthode scientifique qui m’intéresse. C’est plutôt l’histoire, sur le terrain, et avec ses « personnages ».

Un, ça offre une meilleure compréhension du contexte. Deux, c’est plus intéressant à écrire et surtout à lire, parce qu’on raconte une histoire. Trois, ça humanise les scientifiques et la recherche scientifique (tout comme le vidéo mentionné par Anne).

La méthode scientifique? Pour moi, le mot « méthode » évoque un guide ou une recette à suivre et, après plus de 20 ans, je n’ai encore jamais vu de scientifique se demander à quelle étape de la méthode il était rendu, ou bien se dire qu’il ne pouvait pas faire ceci ou cela parce qu’il ne respecterait alors plus la méthode.

Ce qu’on appelle méthode scientifique me semble être une tentative de décrire ce que tous les processus scientifiques ont en commun, avec un objectif de plus en tête : distancier la science des autres modes de connaissance. Mais ça mène à une description très abstraite et éloignée du concret de la recherche. Cette idée d’une méthode universelle est peut-être satisfaisante d’un point de vue philosophique, mais ça ne m’apparaît pas très utile pour décrire le contexte concret ou le processus derrière d’une découverte.

Je préfère parler d’une démarche. Le mot « démarche » évoque une action où on prend les moyens nécessaires pour atteindre un but, par opposition à la recette qu’on suit avec la méthode.

Pour moi, une démarche scientifique consiste en gros à apporter du nouveau en confrontant un candidat à la nouveauté (une hypothèse, un prototype, un traitement, une méthode, etc.) avec les faits (naturels ou expérimentaux).

En fin de compte, la méthode scientifique semble surtout servir à structurer les articles scientifiques (Intro = observations + hypothèse à tester ; Matériel et méthodes = expérimentation ; Résultats = résultats ; Discussion = interprétation + conclusion). Dans les domaines que je connais, bien souvent les recherches ne se sont pas déroulées de la façon décrite dans l’article. Ce n’est pas grave car un article sert à démontrer une thèse. Ce n’est pas un témoignage.

Sauf que pour partager le processus en amont de la découverte, je raconte ce qui s’est déroulé. Je raconte la démarche. Je ne présenterai pas la structure argumentative comme si c’était la séquence des événements.

Portrait de ydutil

Justement, la structure rigide:

Intro = observations + hypothèse à tester ;
Matériel et méthodes = expérimentation ;
Résultats = résultats ;
Discussion = interprétation + conclusion

C'est la façon dont les articles sont écrits dans le domaine biomédical. En physique, chacune de ces section peut être fait dans un article séparé par un groupe différent.

Pour ce qui est de la démarche scientifique, le point essentielle est qu'il est admit que la nature est le juge suprême, ce qui la distingue des philosophies ridicules comme le post-modernisme où tout est un produit de la culture et des influences sociales.

Portrait de Anne Fleischman

La magnifique vidéo de l'annonce "de la découverte au découvreur" Andrei Linde sur l'inflation en astronomie (détails incompréhensibles pour moi mais c'est une autre histoire), donne un autre début de réponse à la question. À la beauté. Et c'est peut-être ça qui compte aussi...

https://www.youtube.com/watch?v=ZlfIVEy_YOA

Portrait de Julie Godbout

Très intéressant billet. Je trouve très pertinent de questionner l'emphase que l'on porte au résultat scientifique et peu sur le contexte dans lequel celui-ci est obtenu.
Je ne connais pas bien le mandat du Cœur des Science mais, à mon avis, celui des journalistes scientifiques n’est pas de faire la promotion des sciences à tout prix mais plutôt de présenter le résultat ou le travail scientifique dans son contexte scientifique oui mais aussi social, économique ou même éthique. À trop mettre l’emphase sur les résultats (toujours!) positifs de la science, on la romanise (plus capable de l’image du chercheur en blouse qui fait la guerre au cancer) et on met de côté le caractère politique de la science.

Quelques points que vous soulevez dans votre billet qui m’interpellent :
-La promotion des carrières scientifiques… pourquoi est-ce qu’on cherche tant à vouloir promouvoir ces carrières spécifiquement? Pourquoi pas le droit? La philosophie? Je comprends que l’on fasse la promotion de la culture scientifique mais de la carrière en science? Je ne pense pas que l’on manquera de spécialiste en génomique d’ici les prochaines années. Oui? Que l’on me le démontre scientifiquement svp. :)
-La méthode scientifique. Comme scientifique, je suis inconfortable avec le dogme de la méthode scientifique que l’on brandit comme LE seul et unique moyen de faire de la science valide (et qui à la limite nous immunise contre la subjectivité). Dans la réalité, la belle ligne droite de cette méthode scientifique est bien plus tortueuse et ramifiée. Suis-je post-moderne docteur?

Enfin, il existe une différence entre ce que les citoyens comprennent de la science et ce que les scientifiques pensent que les citoyens comprennent de la science…. Et le champ de la science qui s’intéresse à ces questions (« Public understanding of science ») a démontré que bien souvent, le citoyen en connait plus que l’on pense…

Portrait de Julie Godbout

à Pascal: ... et ça parait parce que le contexte dans lequel les résultats scientifiques sont obtenus sont souvent très bien présentés et discuté dans vos textes (et votre émission radio)
(Mes félicitations pour votre bon programme.)

À Yvan: D'accord pour la question du cheap labor en sciences de la vie. Pas d'accord pour dire que c'est un autre problème. J'aimerais bien que l'argent public soit directement utilisé à promouvoir la culture scientifique et non pas à encourager un système dont le fonctionnement est dépassé. ...

Sinon, sur la nature des différences concernant la méthode scientifique: je pense entre autres aux cas où des hypothèses sont véritablement énoncées (et décrites à priori) et testées lors d'une expérimentation en milieu contrôlé (cas plus simpliste et en ligne droite: cas d'école). En parallèle, d'autres travaux se font plutôt de manière plus descriptive où il n'y a pas vraiment d'hypothèses énoncées, on se pose plutôt une question, on a un objectif en tête. On ne teste pas "en laboratoire" mais on va plutôt chercher des données sur le terrain (et là, notre beau plan d'échantillonnage théorique doit faire face à plusieurs modifications, causées par la météo, es horaires changeants, ou par du broutage par des lièvres...) ce qui fait que l'objectif peut être modifié un peu en chemin de façon à ce 'il s'adapte à l'échantillonnage pratique. Là, ce n'est plus une ligne droite, c'est un aller-retour entre les petites cases de la méthode...

Quand je dis qu'il n'y a pas de recette, je veux dire que, à ma connaissance, il n'y a pas une formule qui décrit la "bonne" méthode scientifique sur laquelle la majorité des scientifiques s'entendent. Certains tiennent mordicus à l'hypothèse: Sans hypothèse, point de salut. Certains (comme moi), considèrent qu'un objectif ou une question est tout aussi valide.

Portrait de ydutil

J'en parle de cette façon de penser qu'il n'y a que les expériences parfaitement contrôlées avec des hypothèses de départ et des tests. C'est une vision très étroite de la science qui a pour effet de rejeter une bonne partie des sciences naturelles.

Portrait de pascal

1) L'idée que les journalistes scientifiques ne doivent pas juste parler de la découverte est un sujet qui me tient à coeur moi aussi. Mais il faut signaler, à la défense des journalistes, qu'une partie du problème provient du public lui-même, qui est davantage porté vers "le nouveau", "l'inédit" et "le bref". Or, pour ça, "la découverte", ça passe mieux. Les médias de vulgarisation, au contraire des quotidiens et des téléjournaux, consacrent davantage de place aux coulisses et aux contextes, et c'est davantage par ce type de texte, plus fouillé, qu'on risque de faire comprendre au public ce que Sophie appelle "le processus".

2) Pourquoi cherche-t-on tant à promouvoir les carrières scientifiques? Sans doute parce que les gouvernements considèrent que les moteurs de la future croissance économique ont plus de chances d'être là qu'en droit. Or, ça aussi, ça contamine l'info qu'on choisit de faire circuler, parce que ça conduit à mettre encore plus l'accent sur "la découverte X qui conduira à l'application Y..."

Portrait de ydutil

Pour répondre à tes deux questions:

-Parce que même s'il n'y a pas de pénurie d'étudiants en sciences, il n'y a pas de surplus exagérés comme dans d'autres domaines.

-Pour avoir bougé d'un domaine à l'autre, je peux confirmer que la méthode scientifiques est la même partout. Il y a cependant certains «chercheurs» qui ne font pas de différence entre la science et la rhétorique.

Le problème de base a mon avis est la vision simpliste de la méthode scientifiques en 4-5 étapes telle qu'enseignée au primaire. En pratique. comme tu le dis, c'est pas mal plus compliqué ( voir mon billet à ce sujet). Pourtant, il y a encore de scientifiques pour qui la bonne méthode scientifique, c'est la version simplifiée. Souvent, c'est des gens qui travaillent en labo sur des expériences relativement propre. Il est à noter, que c'est aussi la façon de penser des gens qui errent dans les pseudosciences.

Ce qui est certain, c'est que les théories du complot et la mentalité de groupe n'ont pas énormément de prise quand on applique la méthode scientifiques, mais si certains veulent croire au contraire.

Portrait de Julie Godbout

Après lecture du billet sur la méthode scientifique, je constate que nous sommes d'accord... Mais n'empêche qu'il n'existe pas de définition stricte (et commune à l'ensemble de la communauté) de la "méthode scientifique". C'est un concept malléable et il n'y a pas de recette.

Sur la question de la promotion des carrières scientifiques, je ne suis toujours pas d'accord. Dans certains domaines (sciences de la vie notamment), il y en effet plus de gens formés que d'emplois disponibles (à la hauteur de la formation).
Utilisons plutôt cet argent (public) à promouvoir la science comme produit culturel (musée, exposition, festival, spectacle). Et si ça inspire des carrières, tant mieux... et si ça inspire tout simplement de la curiosité, du divertissement ou une nouvelle façon d'approcher l'univers, et bien tant mieux aussi.
On va pas au théâtre parce qu'on veut devenir acteur?

Portrait de ydutil

Dans le domaine des sciences de la vie, l'objectif est de fournir le plus de «cheap labor» possible pour continuer à nourrir la machine académique. Dans le cas du plusieurs sciences naturelles et du génie, c'est les besoins de l'industrie qui sont visés. Les indicateurs économiques sont pas mal plus clairs.

«On va pas au théâtre parce qu'on veut devenir acteur?»

Justement, il y a une différence fondamentale. Si on veut développer la culture scientifique de la population, ce ne peut pas être pour faire une activité passive comme au théâtre. Ce qui est vraiment important, c'est le processus de raisonnement lié à la science. Or, ce n'est pas une activité passive.

Portrait de ydutil

Je serais curieux de connaître qu'elle est votre impression de la nature des différences entre les différentes définitions de la méthode scientifique.

Portrait de Thor

J'aime beaucoup votre remarque Yvan.
Je pense effectivement que l'on peut étudier, voire travailler comme scientifique, et ne pas véritablement comprendre la méthode scientifique.
De quoi se poser des questions sur l'enseignement des sciences du primaire à l'université.
Et comment faire passer la puissance de la démarche scientifique si les scientifiques eux-mêmes ne la comprennent pas?

Portrait de ydutil

En fait, les scientifiques n'ont pas nécessairement besoin de tous les éléments de la méthode scientifique. Chaque étape est souvent faites par une personne voir un groupe de personnes. Par expérience, je peux dire que dans bien des domaines l'analyse de données, ce n'est pas une priorité, par plus que son pendant symétrique qui est la transformation des prédictions des modèles en mesures. Pourtant, c'est fondamental en astrophysique, en géophysique, en télédétection, en imagerie médicale et en climatologie. Pour certains, ces opérations essentielles sont des tentatives de manipuler les données. Dans le même ordre d'idée, certains ont des problèmes avec le concept de modèles mathématiques, qui est pourtant d'une utilisation courante dans bien des domaines.

Ce que j'ai noté cependant, c'est que dans le domaine des sciences humaines, on ne pousse pas énormément la validation des théories par l'expérience et on fait beaucoup trop confiance aux raisonnements logiques. Pourtant, des domaines supposément simples, comme la physique, montre clairement que les raisonnements logiques sont des outils essentiels, mais totalement insuffisant.

Portrait de jbouchez

Merci Sophie pour cette contribution. En effet, la culture scientifique doit aussi inclure la compréhension des modes de production de la science et de la démarche scientifique. Il serait intéressant d'avoir des statistiques sur la proportion de la population qui connaît la démarche de l'évaluation par les pairs par exemple. Peut-être faudrait-il également déconstruire certaines certitudes avant de chercher à renforcer la culture scientifique?

J'aimerais bien avoir les avis de chercheurs et de communicateurs scientifiques sur le sujet.

Portrait de ydutil

Tu serais surpris du nombre de chercheurs qui ne comprennent pas la méthode scientifique. Et tu serais encore plus surpris du nombre de chercheurs qui pensent comprendre la méthode scientifique et qui font la morale aux autres. Et, je ne parle pas des post-modernistes ;)