S’il est une chose dont la commune de Trondheim est fière, c’est son réseau public de garderies, considéré comme un modèle au royaume de Norvège. Dans tous les quartiers de la ville, on remarque ces petits bijoux d’architecture, véritables écoles miniatures disséminées selon le plan d’urbanisme et pouvant accueillir une centaine de bambins.

La directrice de la garderie Lidarende, Heidi Kiel, raconte que lors de l’ouverture officielle de la garderie en 2006, le premier ministre et la mairesse étaient présents. L’évènement marquait l’atteinte par la commune de Trondheim des objectifs nationaux: un réseau public de haute qualité pouvant assurer une place à chaque enfant.

Un tarif unique

Quand on lui demande si les tarifs sont modulés en fonction du revenu des parents, Heidi Kiel esquisse une grimace: «c’est une expérience qui a été tentée dans les années 1990: un enfer administratif à tous les niveaux. Les seules formes de modulation qui subsistent, ce sont des réductions de tarifs de 30% pour le deuxième enfant et de 50% pour un troisième. Puis il y a les familles à faibles revenus qui bénéficient d’un assouplissement ou même de la gratuité totale».

En général, les parents de Trondheim déboursent 26 455 couronnes (4563$CAN) (1) annuellement pour la place à temps plein d’un premier enfant. Ce tarif représente environ 15% du coût réel, le 85% restant est déboursé par la commune, responsable de la gestion des garderies à partir d’un budget fournie par l’État.

Pas de stress pour les parents

Au bout du congé parental, Ole et Randi ont choisi Lidarende pour leur petite Ingrid. Après l’accouchement, Randi a pris un congé de 47 semaines, puis Ole a pris la relève à la maison pendant 12 semaines. Les nouveaux parents norvégiens sont tenus de se partager un congé de 49 semaines avec 100 % du salaire ou bien de 59 semaines à 90% du salaire.

«Rien de sorcier à trouver une garderie et y inscrire son enfant, raconte Randi, on va sur le site internet de la commune et on clique sur la garderie de notre choix, normalement à distance de marche de la maison ou du travail. Puis on fait un deuxième choix, en cas de manque de places à l’endroit prioritairement choisi.»

Lidarende, une garderie comme les autres

Heidi Kiel explique que parmi la centaine de garderies à Trondheim, toutes respectent les mêmes standards de qualités et suivent le même plan pédagogique, mais certaines ont leur particularité: «là on a un profil musical, là des poules et des chèvres dont les enfants s’occupent. Ce qui est particulier ici, c’est notre salle de menuiserie, avec outils adaptés aux petites mains.»

Comme ailleurs, la cour extérieure est grande comme un terrain de football, avec des arbres, des roches et un potager. Carrés de sable, modules de jeux, surface asphaltée pour tricycles et trottinettes complètent le tableau.

Le bâtiment tout en bois, d’une élégante simplicité propre au design scandinave, est entièrement conçu pour l’usage des touts petits; un vestiaire pour les vêtements intérieurs, un autre pour les vêtements extérieurs auxquels s’ajoute une garde-robe qui sert de séchoir. Car on sort même quand il pleut, les enfants arrivent équipés d’habits imperméables et de sacs à dos pour les randonnées hebdomadaires.

Plus à l’intérieur, les pièces baignent dans la lumière qu’offrent d’immenses fenêtres: une cuisine, un gymnase, un atelier d’arts plastiques, une bibliothèque munie de quelques ordinateurs et le «drama-room» où l’on trouve déguisements et instruments de musique.

Heidi Kiel fait remarquer que presque tous les jouets sont en bois, de style brio: «sauf quelques legos, pas de plastique ni aucun jouet stéréotypé tels superhéros ou princesses».

Ratio enfants/éducateurs

Une vingtaine d’éducateurs, employés par la commune, gravitent autour des quelque 80 enfants de Lidarende (2). Pour les tout petits, on compte un minimum de trois éducateurs par groupe de 9 enfants, alors que pour les plus grands, le minimum est de trois éducateurs par groupe de 18. Chaque équipe de trois éducateurs est formée d’un pédagogue diplômé et de deux assistants. À cela, il faut ajouter les visites ponctuelles d’un pédagogue spécialisé envers les enfants qui requièrent une attention particulière, «c’est par exemple le cas des enfants immigrants accusant un retard avec la langue norvégienne», mentionne Heidi Kiel.

Une place en garderie: un droit constitutionnel depuis 2009

Elen Isdhal, de la commune de Trondheim, affirme que la mise en place d’un tel réseau publiques a été rendue possible grâce à la «résolution consensuelle» de 2003. «Tous les partis nationaux, ceux de la coalition au pouvoir comme ceux de l’opposition, étaient d’accord sur les objectifs à atteindre, soit une place pour tous les enfants, dans des garderies de qualité et à bas tarifs pour les familles.»

Selon Elen Isdhal, ce projet ne rapporte que des bénéfices, autant sociaux qu’économiques: «la qualité des garderies est importante pour le développement et la croissance des enfants de tous les milieux», souligne-t-elle. «Quant au droit d’avoir une place à bas tarif, c’est un bienfait économique puisque les parents choisissent de retourner travailler plutôt que de rester à la maison, c’est aussi une mesure qui sert à promouvoir l’égalité homme-femme», ajoute-t-elle.

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(1) Ou 2405 couronnes (415$) par mois (pour 11mois). Pour comparer avec le Québec, il faut savoir que tout coûte environs 2 fois plus cher en Norvège, où les salaires sont également 2 fois plus élevés. On pourrait parler de garderies à 21$ par jour, 21$ correspond grosso modo au salaire horaire minimum.

(2) Un éducateur-pédagogue qui travaille à temps plein (37,5 heures par semaine) sera payé 37.5 heures avec un salaire horaire de départ de 43$CAN et tous les bénéfices et avantages liés au statut d’employé de la commune, dont 5 semaines de vacances.