Quand un bébé traverse le vagin de sa mère pour venir au monde, quelque chose de très important se passe. Il est en effet colonisé par les bactéries qui y ont élu domicile. Cependant, si le nouveau-né voit plutôt le jour par césarienne, cet ensemencement n'a pas lieu.

Une chercheuse américaine, Maria Gloria Dominguez-Bello, suggère toutefois une nouvelle technique pour corriger la situation et favoriser le développement d'une flore bactérienne normale chez les bébés nés par césarienne. Dans une entrevue accordée au site Common Health, la scientifique décrit plus en détail ses résultats.

La procédure proposée est simple. Son équipe procède d'abord à un échantillonnage de la flore vaginale de la mère pour identifier les bactéries qui la composent. On dépose ensuite un tissu léger dans le vagin de la femme enceinte pendant quelques heures. Ce tissu est retiré avant la césarienne et lors de la naissance, il sera utilisé pour mettre le bébé en contact avec les microorganismes qu'il aurait rencontrés s'il était passé par le canal vaginal.

Selon les explications de la Dre Dominguez-Bello rapportées par le site Common Health, cette procédure permettrait de reconstituer en partie une flore bactérienne normale chez les bébés nés par césarienne. En effet, les nouveau-nés qui ont été exposés à cette technique étaient porteurs de deux fois plus de bactéries vaginales que les bébés nés lors d'une césarienne traditionnelle. À titre indicatif, ceux nés vaginalement sont porteurs de 6 fois plus de bactéries vaginales que ceux nés par chirurgie. Ces résultats préliminaires obtenus en étudiant 12 nourrissons ont été présentés à une conférence de la Société américaine de microbiologie à Boston.

Des bénéfices pour la santé des bébés

La méthode mise au point par l'équipe de la Dre Dominguez-Bello pourrait s'avérer importante pour améliorer la santé des bébés nés par césarienne, croit la chercheuse. En effet, certaines études semblent indiquer que le fait de naître de cette façon augmente le risque d'asthme, d'allergies, d'obésité et de diabète. Selon la scientifique, la césarienne aurait cet impact, car elle altère la flore bactérienne des nourrissons. C'est d'ailleurs le sujet abordé dans le documentaire Microbirth.

Le Dr Emmanuel Bujold est médecin, mais aussi professeur à l'Université Laval. Membre du centre de recherche du CHU de Québec, il s'intéresse entre autres aux césariennes. «Il est clair que les pratiques obstétricales ont un impact sur le microbiome du nouveau-né et de l'enfant, et ce, souvent pour plusieurs mois», explique-t-il. Le Dr Bujold cite notamment les travaux de chercheurs faisant partie du Human Microbiome Project qui sont fascinants selon lui.

«Il est raisonnable de croire que ces différences en terme de “colonisation bactérienne” puissent avoir un impact sur la santé des enfants, ajoute-t-il. Comme les enfants nés par césarienne planifiée, c'est-à-dire avant le travail, sont plus à risque de problèmes respiratoires et d'infection au cours des deux premières années de vie, il est légitime de penser qu'un changement des pratiques visant à favoriser un “meilleur” microbiome pourrait améliorer la santé des enfants.»

Malheureusement, la technique proposée par la Dre Dominguez-Bello ne permet pas de reconstituer totalement la flore bactérienne. Selon la chercheuse, plusieurs raisons expliqueraient l'aspect partiel de la procédure. D'abord, dès la naissance, les bactéries acquises vaginalement commencent à se multiplier, leur nombre doublant toutes les 30 minutes. Comme les bébés nés par césarienne ne sont pas ensemencés aussi rapidement, cela pourrait réduire le taux de multiplication des microorganismes. Ensuite, les mères qui accouchent par césarienne reçoivent très souvent des antibiotiques, des médicaments ayant un effet négatif sur la flore bactérienne du nouveau-né. Enfin, la césarienne n'influence pas seulement le microbiome du nourrisson. Par exemple, le lait maternel des mères qui ont subi cette chirurgie ne contiendrait pas les mêmes bactéries que celui des mères qui ont accouché vaginalement. Cela affecterait aussi le développement de la flore microbienne du bébé.

Une technique applicable?

La méthode de la Dre Dominguez-Bello est encore loin d'être une procédure standard. La scientifique croit qu'il sera d'abord nécessaire de faire des tests sur plus de bébés pour confirmer ces résultats préliminaires. De plus, les caractéristiques du microbiome idéal ne sont toujours pas très claires.

Selon Dr Bujold, la méthode proposée par l'équipe de la Dre Dominguez-Bello serait facilement réalisable si elle était démontrée efficace pour améliorer la santé des enfants et pourrait être intégrée à plusieurs autres pour optimiser le bien-être des enfants. «Je crois que nous devons attendre la démonstration scientifique des bienfaits de nouvelles pratiques avant d'entreprendre leur introduction en clinique», souligne-t-il toutefois.

Pour l'instant, il n'existe pas de mesure mise en place pour favoriser une flore bactérienne particulière chez les bébés nés par césarienne. «Certaines précautions sont prises pour ne pas trop influencer celle-ci comme l'administration la plus tardive possible des antibiotiques pour la prévention des complications infectieuses liées à la césarienne chez la mère», nuance-t-il.

Selon le Dr Bujold, c'est toutefois l'ensemble de l'approche entourant la césarienne planifiée qui devrait être évalué et amélioré. «Le simple fait de pratiquer la césarienne plus près de la date prévue d'accouchement plutôt que 1 à 2 semaines avant celle-ci permet de diminuer considérablement les complications pulmonaires chez les nouveau-nés et possiblement le microbiome néonatal», explique-t-il. Si la méthode de la Dre Dominguez-Belle fait ses preuves, il pourrait donc s'agir d'un moyen de plus pour préserver une flore adéquate chez les nouveau-nés.

Ce billet a d'abord été publié sur le site Maman Éprouvette.