Une étude scientifique publiée cette année présente des résultats surprenants concernant les punaises de lit. Il semblerait que les punaises puissent théoriquement transmettre des maladies lorsqu'elles piquent.

Rien qu’à évoquer son nom, on frémit, on s’inquiète et on se gratte. Il ne faut plus se mentir, les punaises de lit nous envahissent et nous effraient. Il y a encore 15-20 ans, ces bêtes étaient méconnues du grand public. Mais nos nouvelles habitudes de voyages et d’échanges de biens de particulier à particulier ont permis la prolifération de cette peste moderne.

Que sait-on?

Les messages de santé publique mettent en garde les concitoyens contre les punaises de lit. Ces petites bêtes peuvent causer de nombreux problèmes d’ordre médicaux, financiers et psychologiques. Cependant, il est indiqué que les punaises de lit ne peuvent pas transmettre de maladies aux personnes. Les problèmes de santé se traduisent principalement par des réactions allergiques plus ou moins aggravées dues aux piqûres. Seulement voilà, c’est sans compter les résultats d’une collaboration entre des scientifiques d’universités péruvienne et américaines qui ont pu infecter des souris avec un parasite : Trypanosoma cruzi en utilisant des punaises de lit porteuses du parasite (Salazar et al., 2015).

Le trypanosome d'Amérique latine

Trypanosoma cruzi (T. cruzi) est un petit parasite cousin de Trypanosoma gambiense qui transmet la maladie du sommeil en Afrique. T. cruzi sévit principalement en Amérique latine et transmet la maladie de Chagas. Moins grave que la maladie du sommeil, la maladie de Chagas peut mener dans certains cas à des troubles cardiaques et plus rarement à des troubles neurologiques pouvant aller jusqu’à la démence du patient. T. cruzi est naturellement transmis à l’homme via de grandes punaises appelées triatomine (1 pouce de long). Ces punaises disposent leurs excréments sur une plaie et les parasites contenus dans ces excréments contaminent l’homme.

Une expérience et des résultats qui font froid dans le dos

Salazar et ses collègues ont cherché à savoir si une transmission de T. cruzi entre souris via la piqûre de punaises de lit était possible. Grâce à leurs travaux, il est désormais clair que les punaises de lits peuvent contracter T. cruzi en piquant une souris contaminée au préalable par le parasite. Elles peuvent aussi transmettre la phase infectieuse de T. cruzi à des souris non infectées. Enfin, elles libèrent aussi des parasites via leurs excréments. Rappelez-vous que les punaises triatomines transmettent T. cruzi via leurs excréments. Par la même occasion, ces scientifiques ont montré que T. cruzi évolue en stade infectieux dans les punaises de lit comme il le fait dans les triatomines.

Pas de panique

Cette étude fait l’écho d’une autre plus ancienne datant de 1963 (Burton, 1963) qui présentait les punaises de lit comme pouvant être les vecteurs de nombreuses maladies comme la peste, la malaria, la maladie du sommeil, la lèpre, la tuberculose, la fièvre jaune, la variole, la fièvre typhoïde, et bien d’autre. L’heure n’est pas à la panique générale, les scientifiques ne savent pas combien de temps les agents infectieux (bactéries, parasites et virus) peuvent survivre dans les punaises ni leur potentiel de transmission. Les résultats de cette étude ne s'appliquent qu'aux souris dans un premier temps. Cependant, cette étude prouve que théoriquement les punaises de lit peuvent véhiculer des maladies.

Des précautions à prendre

Des recherches scientifiques supplémentaires permettront de mieux connaitre les risques sanitaires associés aux punaises de lit. En attendant, face à la recrudescence de ces punaises et le fait qu’elles pourraient transmettre des maladies, il devient urgent de sensibiliser les gens aux risques qu’elles représentent et peut-être même, de considérer des examens médicaux (prise de sang et recherche d’agents infectieux) chez les personnes présentant des piqûres de punaises de lit.

Références :

Salazar et al. 2015 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4347337/ Burton, 1963 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/14017240