17% des répondants à un sondage du Centre interuniversitaire d’analyse des organisations (CIRANO) croient que le pétrole est une énergie renouvelable! Une plus grande proportion encore (25%) attribue cette vertu au nucléaire. Le nucléaire, renouvelable? Rappelons que l’uranium 236 a une demi-vie de 23,42 millions d’années.

Manifestement, l’énergie n’est pas la matière forte des Québécois, comme l’écrivait ma collègue Isabelle Burgun de l’Agence Science-Presse au moment de la divulgation du sondage. Surtout quand on ajoute que seulement le tiers des répondants (29%) savent que l’énergie photovoltaïque (produite par les panneaux solaires) est une ressource renouvelable. «En comparaison, 82% de l’échantillon a pu reconnaître l’énergie solaire thermique comme étant une ressource renouvelable», notent les auteurs provenant principalement de Polytechnique Montréal (1).

Les Québécois sont nombreux (62%) à croire que le Québec produit une partie du pétrole qu’il consomme alors qu’en réalité, ce chiffre est proche du zéro. Seule une entreprise, Junex, a réussi à puiser de l’or noir dans une nappe en Gaspésie. Elle a extrait 300 barils par jour dans le cadre de tests de production comme le révélait Le Devoir en février dernier. Une quantité négligeable compte tenu des 16 millions de barils consommés au Québec chaque année.

Les plus mauvaises notes vont au biogaz et à la biomasse, jugés «assez méconnus par la population». Seulement 5% des Québécois croient connaitre ces sources d’énergie renouvelables, responsables de 10% de l’énergie consommée au Québec, selon le CIRANO.

Normand Mousseau, professeur de physique et auteur de plusieurs livres sur l’énergie, ne jette pas la pierre aux personnes qui ont dû répondre à un questionnaire difficile, voire piégé. En bon universitaire, il a d’abord analysé les questions du sondage. Son verdict: «même les gens familiers avec les concepts énergétiques devaient se gratter la tête devant les 17 sources d’énergie évoquées. Pas facile de distinguer l’énergie hydrolienne de l’hydraulique, le gaz naturel du gaz de schiste, l’énergie solaire thermique de l’énergie photovoltaïque.»

De plus, les Québécois ont beaucoup entendu parler de pétrole au cours des dernières années, fait valoir le coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec qui a livré son rapport en 2014. «La population est un peu mélangée», tempère M. Mousseau, qui en appelle à une campagne nationale d’information sur l’énergie au Québec. Lui-même a donné quantité d’entrevues aux médias sur le pétrole mais ce qui les intéressent surtout, et de loin, c’est la fluctuation des prix à la pompe. «Il serait souhaitable que le gouvernement informe clairement la population sur la réalité énergétique et ses enjeux», plaide-t-il.

Dans le sondage, on a demandé si les sujets seraient prêts à «payer un montant de 50$ de plus par mois pour soutenir le développement des filières renouvelables». Une question inappropriée compte tenu que l’hydroélectricité fournit 97% de l’électricité consommée au Québec. À laquelle on peut ajouter les 2% provenant du vent. Rappelons que l’eau et le vent qui font tourner les turbines sont renouvelés à tout instant…

Il n’en demeure pas moins que les combustibles fossiles sont au cœur des débats économiques et politiques de l’heure et que les citoyens les mieux informés sont les plus outillés pour prendre position. Les projets de construction d’un pipeline vers le golfe du Saint-Laurent et l’exploration des gisements pétrolifères sur l’île d’Anticosti ont fait très souvent les manchettes. Et si le Québec n’a pas de derricks à l’horizon, les 140 000 wagons-citernes qui transportent du brut annuellement au Canada (dont 40% passent par Montréal) ont transformé le corridor ferroviaire en puits horizontal. Cela suscite des inquiétudes bien légitimes de sécurité publique et de développement durable.

D’ailleurs, le sondage du CIRANO ne portait pas principalement sur la culture énergétique des Québécois mais sur leur positionnement en matière de changements climatiques. Là-dessus, les nouvelles sont plutôt réjouissantes. «Une majorité des Québécois considèrent que le changement climatique est une réalité qui a pour cause les émissions générées par les activités humaines et pour conséquences une augmentation des catastrophes naturelles», peut-on lire en conclusion.

Les Québécois sont-ils prêts à changer leurs habitudes pour des solutions qui limitent leur empreinte sur l’environnement? Oui, du moins c’est ce qu’ils affirment. Un peu plus de vélo, un peu moins d’auto.

Normand Mousseau, lui, n’a pas attendu le sondage pour marcher entre la maison et le bureau.

Par Mathieu-Robert Sauvé __

(1) : Nathalie de Marcellis-Warin, Ingrid Peignier, Minh Hoang Bui, Miguel F. Anjos, Steven A. Gabriel, Carla Guerra ont travaillé sous l’égide de l’Institut de l’énergie Trottier du Département de mathématiques et génie industriel de Polytechnique Montréal.