Les effets secondaires des médicaments contre le trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) varient selon le type de médicament utilisé. Ceux qui comportent le plus d’effets indésirables sont sans doute les antipsychotiques. On ignore à quel niveau ils sont prescrits pour le TDAH au Canada, mais ils n’ont pas été approuvés pour cet usage par les agences réglementaires. Pour en savoir plus au sujet des effets indésirables des antipsychotiques, il suffit d’entrer dans un moteur de recherche « Monographie du… » suivi du nom du médicament, par exemple Risperdal, Zyprexa, etc.

Des médicaments sûrs ?

On lit dans Identification, diagnostic et traitement du TDAH chez les enfants (page 30) : « Les médicaments sont habituellement sans effets secondaires significatifs ». Un auteur américain de best-sellers sur le TDAH, le docteur Edward Hallowell, déclarait récemment : « L’utilisation appropriée du Ritalin est sure, encore plus sure que l’aspirine ». Il devait se rétracter quelques jours plus tard.

Les Lignes directrices canadiennes sur le TDAH, soutiennent qu’il « existe des études long terme s’étalant sur plus de 20 ans qui indique (sic) que le MPH [méthylphénidate] est sécuritaire » (Caddra, Lignes directrices…, p. 7.18). La publication ne révèle pas quelles sont ces études et il ne s’agit certes pas d’études contrôlées, puisque le fabricant du Ritalin affirme que de telles études n’ont jamais été réalisées (voir le billet n°3). L’étude MTA évaluait que 64 % des participants avaient subi des effets indésirables, dont 11,4 % des effets modérés et 2,9 % des effets secondaires graves. La majorité des réactions sévères concernaient la dépression, l’irritabilité et l’anxiété.

Six études hétérogènes de qualité médiocre, presque toutes commanditées par l’industrie, se sont penchées sur les effets indésirables des médicaments contre le TDAH. Quatre de ces études ont évalué les effets secondaires du méthylphénidate et des amphétamines sur une période de un à deux ans, les autres concernaient le Strattera sur une période variant entre 12 semaines et 3 à 4 ans. Elles répertoriaient les effets secondaires les plus communs : perte d’appétit, insomnie, maux de tête et maux d’estomac. Ces taux variaient entre 58 et 78 %.

Près de 600 notifications d’effets indésirables à Santé Canada

Sur une période de 10 ans, Santé Canada a reçu 575 notifications d’effets indésirables sérieux dans lesquelles les médicaments anti-TDAH sont le suspect numéro un. En voici une liste partielle : 7 suicides, 76 tentatives de suicide (dont 52 liées au Strattera),48 hallucinations, 28 problèmes cardiaques, 24 convulsions et 23 atteintes au foie.

On dira que 575 cas sur dix ans est bien peu. Or, seuls 1 à 10 % des indésirables sérieux sont signalés aux organismes de réglementation. Une urgentiste de l’hôpital général de Vancouver rappelle que Santé Canada a reçu 9004 notifications d’effets indésirables en 2014, alors que son hôpital a probablement répertorié à lui seul au moins 3000 cas.

Santé Canada signale que les notifications contenues dans ces bases de données ne démontrent pas que l’effet indésirable est causé par le médicament. Cependant, la majorité de ces signalements ont été validés indépendamment et figurent dans les monographies des produits rédigées par les fabricants.

Le Strattera est un antidépresseur de nouvelle génération, recyclé dans le traitement du TDAH. Les essais cliniques analysés par la FDA montraient que, chez les moins de 25 ans, les antidépresseurs sont deux fois plus susceptibles d’induire des idées et des comportements suicidaires que dans le groupe placebo. Depuis 2004, la FDA et Santé Canada ont ajouté un avertissement à cet effet.

Près du tiers des enfants participant aux essais cliniques du Strattera présentait une élévation importante de la tension artérielle, variant entre 10 et 20 mmHg. Près de la moitié (45 %) des enfants ont subi une hausse de 10 à 20 battements cardiaques par minute. Par ailleurs, un lien de cause à effet a été établi entre le Strattera et une défaillance du foie.

Le Journal canadien de psychiatrie dévoilait que sur une période de 5 ans, près de 11 % des 98 enfants traités aux stimulants avaient développé des symptômes psychotiques, tels que des hallucinations. L’étude Raine montrait que les sujets qui consommaient régulièrement des psychostimulants présentaient une pression diastolique supérieure de près de 11 points en comparaison avec ceux qui s’en abstenaient.

Visites aux urgences et potentiel d’abus

Aux États-Unis, entre 2005 et 2010, le nombre de visites aux urgences impliquant les stimulants ont augmenté de 133 %, passant de 13 379 à 31 244. Ces données excluent le Strattera et dans 63 % des cas plus d’un autre médicament était impliqué. En 2010, les visites impliquant un usage non-médical représentaient la moitié des cas. Elles ont triplé durant cette période. Ces données révèlent un accroissement significatif d’abus des psychostimulants.

En 2014, le groupe américain, Partnership for Drug-Free Kids (Partenariat pour des enfants sans drogue), a réalisé une enquête auprès de 1000 étudiants d’université. L’enquête révélait que près d’un étudiant sur cinq avait abusé des stimulants. Une enquête réalisée quelques années plus tôt montrait que 40 % des étudiants admettaient une administration intranasale.

Dans la plupart des pays où ils sont utilisés, les psychostimulants sont une substance réglementée au même titre que la cocaïne et la morphine. Il y a plusieurs années l’Organisation mondiale de la santé faisait un parallèle entre ces deux substances, observation qui fut confirmée en 2001 par le laboratoire national de Brookhaven aux États-Unis. S’ils ne sont pas aussi puissants que la cocaïne, ce fut, pour la chercheuse principale et son équipe, un « choc terrible » de constater ces similarités, et surtout d’apprendre que les psychostimulants agissaient plus puissamment que la cocaïne sur la dopamine.

Beaucoup d’enfants estiment que les médicaments changent leur personnalité. D’actifs qu’ils étaient, ils se replient sur eux-mêmes et ils perdent le désir de parler et de communiquer ; les médicaments les détachent de leurs amis et du monde extérieur. Voici ce que disait l’une des participantes à une étude : « Tu es dans ton propre monde quand tu prends du Ritalin, comme si tu étais dans ta bulle…. Ce n’était pas moi ».

On ne connaît pas les effets à long terme des psychostimulants sur le cerveau humain. Bien que les études sur les animaux doivent être interprétées avec prudence, on ne peut se contenter de les ignorer. Ces études ont noté l’existence d’altérations structurelles et chimiques du méthylphénidate semblables à celles de la cocaïne.