Les phénomènes célestes inexpliqués ne sont pas rares. Les ufologues en concluent que les extra-terrestres sont parmi nous, tout en accusant les scientifiques d'avoir l'esprit fermé. Pourtant, il est important de comprendre qu'avoir l'esprit ouvert consiste à envisager toutes les possibilités à leur juste valeur (ainsi que de savoir comment fonctionne un tour de prestidigitation).

Ce billet fait suite au billet Premier Contact, entre langage cinématographique et scientifique.

Le mois dernier, j'ai assisté à la projection du film Premier Contact, au cinéma de Mérignac. Lors du débat avec une chercheuse en sciences humaines et un astrophysicien, une personne du public a posé une question qui a fait dériver la discussion sur un sujet différent des deux thèmes du film.

C'était la première fois que j'entendais des ufologues. Je vais présenter ce que j'ai pu observer et analyser, sans jugements négatif sur aucune des personnes présentes, lors de cette rencontre édifiante.

 

Ciné-débat sur Premier Contact (Arthur Jeannot)
Ciné-débat sur Premier Contact (Arthur Jeannot)

 

« Que pensez-vous des nombreux témoignages d'OVNIs (Objets Volants Non Identifiés) ? »

 

Franck Selsis

 

« Les sciences dures étudient des faits, il faut donc pour analyser ces témoignages recourir aux sciences humaines, qui expliquent très bien la situation. On voit que les témoignages liés aux OVNIs se nourrissent du mystère dégagé par la science-fiction, mais qu'ils n'ont jamais une approche scientifique. J'ai connu beaucoup de cas intéressants, où à chaque fois que l'on remonte le fil de l'explication, on n'aboutit qu'à une déception.

Par exemple, nous nous sommes entretenus avec un groupe de personnes qui avaient vu le reflet d'un objet dans l'eau. Grâce à leurs descriptions, nous avons pu leur dire qu'ils avaient vu le reflet de la lune. Même si personne ne se souvenait l'avoir vue en même temps que l'objet, ils n'admettaient pas qu'ils l'avaient vue. Lorsqu'on leur a montré l'image de son reflet en expliquant l'effet optique à l'origine de la déformation, ils ont dû admettre qu'ils avaient bel et bien vu la lune.

Personnellement, je n'ai jamais vu un seul cas où le témoignage n'aboutissait pas à une explication rationnelle. »

 

« Le GEIPAN (Groupe d'Études et d'Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés) indique que 9 % des phénomènes aérospatiaux restent inexpliqués après enquête. C'est bien la preuve de la venue des extra-terrestres, non ? »

 

Natacha Vas-Deyre

 

« Il est toujours frappant de constater que les témoignages correspondent à des époques très précises. Le fantasme de l'affaire Roswell a participé à la popularisation du terme de soucoupes volantes, puis le cinéma de Spielberg a popularisé l'image humanoïde des ETs.

Mais pourquoi les extra-terrestres ne seraient-il pas plutôt venus au XVIIIème siècle ? Le phénomène de l'ufologie est caractéristique du XXIème siècle, ce qui indique qu'il correspondrait aux fantasmes de notre société.

Je suis moi-même fan de SF, j'ai un grand respect pour les cultures de l'imaginaire. Si des extra-terrestres venaient nous voir, je serais fascinée, mais je ressentirais aussi de la terreur, à l'image du personnage de Louise dans le film. »

 

« Les peuples ne ne subissant pas les influences des sciences-fictions et des technologies ont-ils aussi des témoignages d'extra-terrestres ? »

 

Natacha Vas-Deyre

 

« Au XIXème siècle, la science commence à avoir une forte influence sur l'imaginaire, au détriment des récits légendaires et folkloriques. Les premiers témoignages d'OVNIs datent de l'invention des soucoupes volantes dans les années 1940. Cela pose la question de savoir dans quelle mesure l'imaginaire humain fait se nourrit de ses fantasmes. »

 

Franck Selsis

 

« Les premiers astronomes partaient du principe que les planètes étaient habitées. Leurs observations les menaient donc à conclure à l'existence de la vie sur Mars. À mesure que les interprétations se sont affinées, ces visions de canaux ont disparu, remplacés par les traces que laissent les tempêtes. Lorsque les données ne sont pas précises, on se voit soi-même, ce qui pointe les difficultés d'interpréter les observations et l'importance de se montrer prudent.

Quand on pense faire une découverte extraordinaire, il faut un ensemble de preuves extraordinaires. C'est le principe du rasoir d'Ockham, à la base de l'esprit critique et sceptique nécessaire à une démarche scientifique juste et ouverte. Je vous conseille à ce propos d'aller jeter un œil à la chaîne Hygiène Mentale. »

 

Natacha Vas-Deyre

 

« Ces témoignages sont le reflet de nos imaginaires. Les sciences doivent se détacher de leurs fantasmes, ce qui est difficile car on a toujours envie d'y croire. »

 

En-dehors de la salle, la discussion continue

 

À la fin de la soirée, l'ufologue est venue discuter avec Franck Selsis, en insistant sur ses questions à elle sans écouter ses réponses à lui. Face à ce mur de non-écoute, le scientifique a fini par perdre son calme : devant « J'ai vu, et je vous assure que je n'avais pas bu », il lâche « Faites attention, quand on commence à dire qu'on n'a pas bu, ça indique qu'on sait que sa position n'est pas stable ». Puis : « Quand j'ai fait remarquer à un ufologiste que les témoignages étaient de moins en moins nombreux, il m'a répondu que les extra-terrestres devaient avoir compris qu'on les observait et faisaient plus attention. Ce type d'arguments ad hoc montre bien que cette position n'a aucun sens. »

Je pense que l'ufologiste a tenu à préciser qu'elle était lucide parce qu'elle a l'habitude d'être rejetée, mais je comprends tout à fait le ras-le-bol du scientifique. Il a conclu par : « J'ai déjà fait des soirées avec des ufologistes, je n'ai rien vu dans le ciel, mais c'est toujours agaçant de les voir voir plein de choses tout le long de la soirée. » Après quoi, l'ufologiste est partie discuter avec Natacha Vas-Deyre, qui n'a à ce stade de la soirée pas pris position en restant prudemment sur le sujet de « J'adore la science-fiction, moi aussi j'ai envie d'y croire mais je n'ai jamais rien vu. »

 

Que veut-on voir ? (Anaïs Bligait)
Que veut-on voir ? (Anaïs Bligait)

 

L'importance d'avoir l'esprit ouvert

 

Comment discuter avec des ufologistes ? Il est fondamental d'écouter son interlocuteur et de montrer que l'on comprend leur position.

Pour ce faire, il faut accepter le fait qu'ils ont vu et montrer qu'on les croie. Oui, ils ont vu. Là où nous ne sommes pas d'accord, c'est sur l'interprétation de ce qui a été vu.

Défendre de manière irrationnelle une position qui plaît à notre imaginaire n'est pas une marque d'ouverture d'esprit. Pour être ouvert d'esprit, il est nécessaire d'appliquer la démarche scientifique et d'étudier toutes les hypothèses à leur juste valeur. Tout est possible dans l'absolu, mais on pourra se permettre d'écarter certaines hypothèses.

Lumières technologiques ? Plausible. Phénomènes atmosphériques ? Plausible. Venue de vaisseaux extra-terrestres ? Sachant qu'aucun vaisseau n'a jamais été observé et qu'il faut des preuves solides si on veut soutenir une théorie extraordinaire, sachant que les croyances ont toujours influencés nos interprétations hier avec les mythes liés à la magie comme le précise Alexandre Astier dans son Exoconférence et aujourd'hui avec les mythes modernes exploités par les sciences-fictions, sachant que le phénomène de paréidolies nous conduit à voir des visages alors qu'une image de meilleur résolution nous montre des collines et que le biais de confirmation laisse dans nos imaginaires avides l'image du visage ? Peu plausible. Comme la colère des dieux, tellement peu plausible que l'on peut se permettre de conclure que ce n'est pas le cas.

 

L'importance de profiter des tour de magie

 

Pour garder l'esprit ouvert, rien de tel que de comprendre le fonctionnement des tours de prestidigitation. Oui, peut-être que dans l'absolu, le magicien sur scène fait de la vraie magie. Mais, plus probablement, nous sommes face à une illusion. Profiter du spectacle permet de gérer sa frustration afin d'accepter le fait de ne pas comprendre, que l'on soit face à un magicien un à un phénomène atmosphérique non identifié.

 


 

J'ai parlé du cas des OVNIs, mais j'ai le même avis sur d'autres mythes, à commencer par les fantômes. Croire aux fantômes ou ne pas exclure leur existence n'est pas une preuve d'ouverture d'esprit. Pour avoir l'esprit ouvert, il faut examiner les faits naturels et sociaux selon la démarche scientifique, en examinant toutes les hypothèses à leur juste valeur sans se laisser influencer par nos imaginaires.

Phénomènes neurologiques paranormaux et mécanismes de développement des mythologies ? Plausible. Phénomènes surnaturels ? Peu plausible, gardons cela pour les œuvres de fiction.

 

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