Après la 21, il y a eu la 22, puis la COP 23 en novembre 2017. Les discours s'embellissent mais les actions significatives manquent toujours, à commencer pour la transition énergétique.

À la fin du mois de septembre 2017, les magazines La Recherche et Sciences et Avenir ont organisé le forum Voyage au cœur des sciences à la Cité des sciences de Paris. Parmi les événements proposés, des échanges sur l'éducation connectée, sur la place des femmes en sciences, sur l'intelligence artificielle, sur les aliments du futur, sur la conquête de l'espace, sur l'avenir de la vie sur notre planète et sur la question du climat.

La table ronde Climat : Où en est-on deux ans après l'accord de Paris ?, animée par Stéphane Desmichelle de Sciences et Avenir, rassemblait Joël Guiot, paléo-climatologue du CNRS, Éric Guilyardi, océanographe et climatologue au CNRS, Michel Colombier de l'IDDRI (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales). Comme seule l'animatrice était une femme, la table ronde n'était pas mixte, ce que je déplore. Vous pouvez la visionner à la fin de l'article correspondant de Sciences et Avenir, Accord de Paris, le point avant la COP23.

La table ronde La transition énergétique, animée par Rachel Mulot de Sciences et Avenir, rassemblait Patrick Dabert de l'IRSTEA (Institut national de Recherche en Sciences et Technologies pour l'Environnement et l'Agriculture), Françoise Touboul du CEA (Commissariat à l'Énergie Atomique et aux énergies alternatives), Paul Colonna de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), ainsi que Bernard Bourges, professeur à l'IMT Atlantique. Pas mixte non plus. Vous pouvez la visionner à la fin de l'article correspondant de Sciences et Avenir, Quelle place et quelles perspectives pour les énergies vertes en France ?

Se rassurer avec des discours ou inventer un nouveau projet de société ?

En 2015, la COP 21 a abouti à l'accord de Paris, premier accord universel sur le climat. L'avantage de cette vingt-et-unième Conference Of Parties est que la violence des négateurs et négatrices climato-sceptiques a diminué. En plus d'enfin se rejoindre sur une alerte, l'accord permet de commencer à travailler sur des solutions. Les plans d'action pour une nouvelle prospérité ne sont pas suffisants, certes, mais le fait qu'ils soient posés insuffle une dynamique internationale. Surtout, l'accord a posé une tension politique, une pression envers l'action sur les gouvernements.

Pourtant, avec la reculade du gouvernement des États-Unis hors de l'accord, les discours de « rester dans la COP parce que Trump n'y est plus » ne sont que poudre aux yeux. Que le pire des anti-scientifiques soit utilisé faire-valoir afin de ne rien faire comme lors de la COP 22 ou que derrière la façade des paroles de la COP 23 les actions politiques ne soient que néant, les mesures doivent être radicales dès aujourd'hui. La question est : « Comment continuer à développer la prospérité humaine en changeant de modes de production et de consommation ? » Comme l'a dit la ministre marocaine de l'environnement : « Quand on a voulu créer l'éclairage, on n'a pas perfectionné la bougie, on a créé la lampe. »

Les difficultés de l'action sont les effets de latence dus aux constructions des générations, à l'inertie des réglementations dans le cadre actuellement libéral des politiques et surtout aux mythes du progrès et de la croissance. Dans son article Du mythe de la croissance « verte » à un monde post-croissance (partie Le bal des faux-semblants et des fausses solutions du livre Crime Climatique STOP), Philippe Bihouix part de l'avis que « Avec la croissance dite verte, nous aimerions appuyer timidement sur le frein tout en restant pied au plancher » pour conclure qu'inventer un nouveau projet de société passe par poser démocratiquement les questions de pourquoi produit-on, que produit-on et comment produit-on ? « Nous avons largement les moyens techniques, organisationnels, financiers, sociétaux et culturels pour mener une telle transition. À condition de le vouloir. »

Les technologies se développent, mais attention aux effets rebonds

Un changement radical de société est donc technologiquement faisable. Quelques exemples…

Les énergies renouvelables dépassent l'obstacle de leur intermittence, grâce aux recherches sur la sobriété, l'efficacité énergétique, les réseaux intelligents et décentralisés, ainsi que les batteries. L'implantation d'infrastructures liées aux énergies renouvelables pose de moins en moins de problèmes fonciers, grâce par exemple aux travaux sur les éoliennes en mer et aux brevets de panneaux photovoltaïque intégrés dans le verre des bâtiments. Dans cette optique, le projet Energy Observer fait connaître les technologies de gestion optimisée de l'énergie afin d'aider à les développer. Citons encore la valorisation des déchets avec l'exemple de la méthanisation des déchets organiques, les perspectives de la lignocellulose en tant qu'alternative aux 10 % des molécules issues du pétrole utilisées dans les vêtements, l'habitat et les produits d'usage, ainsi que, plus loin dans le futur, l'utilisation de micro-algues pour la mise au point de carburant de troisième génération qui n'entrent pas en concurrence avec les surfaces agricoles.

Attention toutefois aux effets rebonds, car la solution n'est pas que technologique. Là encore, quelques exemples…

Développer les voitures électriques sans transformer en parallèle notre manière de nous déplacer, comme avec les initiatives d'autopartage, conduirait à obtenir un parc automobile toujours polluant à construire et difficile à changer de nouveau par la suite. Favoriser la seule agriculture biologique sans réduire le gaspillage alimentaire et abolir la consommation de produits animaux mènerait à accaparer les terres agricoles. Relocaliser les productions permettrait de diminuer l'impact des transports, à condition de faire prendre de la place au ferroutage et bateau peu polluants plutôt qu'à l'avion en attendant l'éventuel futur où sa propulsion sera électrique. Sans oublier que réduire la part de l'énergie nucléaire dans la consommation ne sert à rien d'autre qu'à manipuler les chiffres si la consommation augmente d'autant et que l'énergie nucléaire reste de fait au même niveau, continuant de faire s'accumuler les déchets les plus « durables » au monde et de parasiter l'essor des énergies renouvelables.

Bref, tout choix de changement de société doit être global et radical, dans le sens où il faut s'attaquer à la racine de la question. Nous sommes peut-être d'accord sur la nécessite de changer notre société, mais au-delà des COP et des discours, sommes-nous prêts à changer nos modes de production et de consommation ?


Les discours ne se suffisent pas à eux-mêmes, y compris ceux d'appel à l'action réelle comme ce billet de blogue. Comme le souligne Bill McKibben dans son article Rien ne sert d'attendre Paris pour démarrer la bataille, Vive la résistance ! (partie Abandonnons les fossiles, pas la planète ! du livre Crime Climatique STOP) : « Nous avons certes gagné le débat intellectuel, mais ce n'est pas ça qui compte ; comme dans la plupart des luttes, il est avant tout question de pouvoir. »

Que cette lutte passe par le gel des fossiles en laissant 80 % des réserves dans le sol, la transition énergétique comme avec l'exemple du scénario Négawatt ou la transformation du droit comme avec la reconnaissance du crime d'écocide, les sciences ne peuvent tomber dans leurs travers technocratiques d'écran de fumée et doivent jouer leur rôle de piliers dans les débats et les choix d'un changement radical de modèle de société. Cessons de nous complaire dans l'espoir vain de changer sans changer, sinon il n'y aura plus de générations futures à sauver.