MANAUS, Brésil – Pour le commun des mortels, l’Amazonie symbolise avant tout la plus grande étendue de forêts vierges au monde, un bijou de biodiversité. Mais à Manaus, les arbres et les animaux ne sont pas rois : le béton et l’asphalte règnent en maîtres.

Atterrir dans la capitale de l’État d’Amazonas, c’est avant tout être parachuté dans une ville de 1,7 million d’habitants, avec ses commerces, ses avenues bondées de voitures, ses nids de poules géants et ses nombreuses industries. Côté expérience sauvage digne des films d’Indiana Jones, c’est peine perdue, mais côté dépaysement, c’est réussi.

Le soleil brûlant au-dessus de notre tête, cette végétation luxuriante ainsi que cet air chaud et humide viennent nous le confirmer : nous sommes bien en plein cœur de l’Amazonie, avec cette odeur qui rappelle étrangement le Biodôme de Montréal… alors que l’on entre dans la section des forêts tropicales !

Ainsi donc, arriver à Manaus ressemble davantage à l’heure de pointe de Montréal en pleine canicule qu’à un atterrissage en pleine jungle… à la différence près qu’autour de Montréal, on retrouve Laval, Longueuil, Repentigny... Ici, la ville est une île entourée d’une dense forêt, l’Amazonie. Comment une ville pareille a-t-elle pu naître en plein centre de l’une des plus belles forêts de la planète?

Manaus : l’histoire d’une ville-champignon

Au début du siècle dernier, Manaus a prospéré grâce à ses plantations d’Hevea brasiliensis, cet arbre dont la sève laiteuse est transformée en caoutchouc, un ingrédient fort prisé pour la production de pneus automobiles. C’est alors que la ville connaît son âge d’or; l’argent coule à flot, les magnats du caoutchouc s’en mettent plein les poches, les travailleurs appelés seringueros (collecteurs de latex) arrivent de l’Europe et de l’arrière-pays. Mais quand le cours mondial du caoutchouc chute dans les années 30, l’économie de la ville dégringole, sans jamais réussir à retrouver son dynamisme d’antan. L’opéra, les édifices coloniaux défraîchis et les grandes avenues de Manaus sont les signes d’un temps révolu.

« En 1970, la ville comptait encore 300 000 habitants. La création de la zone franche dans ces années-là a été un déclencheur à l’arrivée massive de travailleurs », indique Marcelo Dutra, directeur du département de l’environnement de la préfecture de Manaus. Aujourd’hui, la ville compte près de 2 millions d’habitants. « L’occupation rapide des lieux, sans planification urbaine, a occasionné une détérioration rapide de l’environnement. »

Pour stopper une économie en dents de scie

Manaus tient une importante zone franche (zone où les entreprises sont exemptes de taxes), créée il y a près de 40 ans pour inciter les entreprises à venir s’y installer. Cette initiative a porté fruits : dans le quartier industriel de SUFRAMA, on retrouve 460 entreprises, à la source de 103 000 emplois. En 2005, cette zone franche a facturé pour plus de 18,5 milliards $ US; le secteur le plus important est l’électronique, représentant 60 % des revenus totaux.

Il faut préciser que l’économie de Manaus ne repose pas sur la vente de fruits exotiques, de poissons ou de produits artisanaux. On y fabrique surtout des motocyclettes, des appareils informatiques, des télévisions, des téléphones cellulaires, des automobiles, des appareils à air conditionné, des produits pétrochimiques, des appareils ménagers, des appareils photos, des imprimantes, des cosmétiques, des produits alimentaires... entre autres. Les eaux usées de ces usines contiennent des métaux lourds et ses produits chimiques… qui se retrouvent dans l’eau des ruisseaux des environs (voir texte suivant)

Or, seuls 4 à 5% de toutes les eaux usées de la ville sont traitées avant d’être rejetés. Si Manaus produisait des paniers en osiers et des figurines en céramique, ou si ce n’était qu’une municipalité de quelques milliers d’âmes, personne ne s’en inquiéterait. Mais Manaus compte des millions d’habitants… et de nouveaux arrivent sans cesse, bon an mal an.


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