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Le matériel génétique accessible aux industriels

Denise Proulx, le 3 juillet 2006, 23h00

(Agence Science-Presse) Les multinationales
de l’agriculture auront dorénavant le champ
libre pour utiliser les semences produites par les agriculteurs
de la planète. Mais elles devront offrir une compensation.

En effet, à l’occasion d’une première
réunion de l’organisme directeur du Traité
international sur les ressources phytogénétiques,
tenue à la mi-juin à Madrid, en Espagne, les
industries se sont vues accorder l’accès au
matériel génétique de 64 cultures qui
constituent 80 % des aliments consommés par l’humanité.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation
et l’agriculture, connue sous son acronyme anglais
FAO, les 350 représentants de 120 pays et ceux de
l’Union européenne, ont obtenu en contrepartie
que ces entreprises et les autres utilisateurs s’engagent
à verser 1,1 % des ventes de semences qui seront
obtenues à partir de ce matériel génétique
dans un Fonds d’aide aux projets, au bénéfice
des pays les plus démunis.

Cette entente de financement en vue de l’application
du Traité prévient les pays riches –accusés
de piller les espèces et les savoirs traditionnels–
qu’ils ne pourront plus le faire sans offrir de compensations
aux pays pauvres.

"  La FAO est pleinement satisfaite des résultats
de la réunion. Après des années de
négociations, les États sont parvenus à
des accords qui permettront de rendre le Traité opérationnel
et qui favoriseront aussi bien les donateurs de ressources
phytogénétiques que leurs usagers ",
a confié José Esquinas Alcazar, Secrétaire
du Traité international sur les ressources phytogénétiques
pour l’alimentation et l’agriculture.

Dans son Article 9, le Traité reconnaît le
droit des agriculteurs à tirer parti des ressources
qu’ils développent, à préserver
les savoirs traditionnels correspondants, et à prendre
part aux décisions pertinentes concernant ces ressources.
Pour les sélectionneurs, le Traité mettra
à leur disposition une série de ressources
génétiques fondamentales pour la sécurité
alimentaire, qui pourront contribuer à l'amélioration
de la recherche. Le Traité prévoit aussi la
mise au point et le renforcement d’un Système
d’information mondial qui facilitera l’accès
à des ressources et leur utilisation.

Quant aux transformateurs de produits alimentaires, le Traité leur préserve le droit de mettre au point des variétés améliorées et des produits entièrement nouveaux.

Les signataires du Traité soutiendront ainsi financièrement le Fonds fiduciaire mondial pour la diversité des cultures (Global Crop Diversity Fund), créé en 2004 pour garantir la conservation à perpétuité des plus importantes collections de diversité agricole du monde détenues dans les génotyhèques. L’Allemagne s’est engagée à verser 1,5 million d’Euros durant les cinq prochaines années, s’ajoutant au budget actuel restreint de 50 millions de dollars. Depuis sa création, le Fonds soutient un processus de mise au point d’une série de stratégies régionales et de conservations de certaines cultures. Il aidera à répertorier les collections les plus importantes. Neuf stratégies régionales sont en développement et seront achevées d’ici la fin de 2006. L’objectif est d’assurer l’avenir à long terme des collections de diversité des cultures du monde.

Il existe aujourd’hui plus de 1400 banques de gènes dans le monde qui détiennent plus de six millions d’échantillons.