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Actualité

Le ressac H1N1

Agence Science-Presse, le 10 février 2010, 10h00

(Agence Science-Presse) Il n’y a pas eu autant de morts que prévu. Il était donc inévitable que l’après-H1N1 vive sa période de reproches, voire d'accusations. Que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ait surestimé la gravité de cette grippe, c’est indéniable, mais était-ce le fait d’une prudence élémentaire ou d’une malveillance délibérée? La communauté médicale paie-t-elle le prix de ces liens avec l’industrie pharmaceutique qu’elle dénonce pourtant en coulisse depuis 20 ans?

Liaisons dangereuses
Si les accointances entre l’industrie pharmaceutique et la recherche médicale font l’objet d’histoires embarrassantes, elles provoquent aussi des réformes. Des hôpitaux et des universités se sont dotés de règlementations pour tenir les conflits d’intérêts à distance (certaines plus sévères que d’autres). Les revues médicales —qui ne se privent pas de pondre des éditoriaux accusateurs— sont de plus en plus nombreuses (depuis 2000) à exiger des chercheurs qu’ils dévoilent leurs sources de financement s’ils veulent être publiés, et (depuis 2009), qu’ils détaillent la participation de chaque signataire (afin d’écarter les « auteurs » payés par l’industrie pour ajouter leur signature). Des efforts sont aussi en cours pour des bases de données internationales qui rassembleront les données de toutes les études cliniques sur un médicament, y compris (et surtout) celles qui n’ont pas abouti.

Mais le problème concerne aussi les gouvernements : l’Organisation mondiale de la santé, à l’origine en 1948, se finançait uniquement par les contributions des États membres (c’est un organisme des Nations Unies). L’évolution des coûts l’a conduite, surtout depuis 10 ans, à ouvrir la porte aux « contributions volontaires » : elles représentent 3,2 milliards$ en 2008-2009 (dont une partie provient du secteur privé), sur un budget total de 4,1 milliards$. C’est un choix de société...

Le H1N1 entre à présent dans la phase des récriminations, titrait récemment le British Medical Journal. Et les plus légitimes de ces récriminations —qui a décidé quoi?— s’entremêlent aux plus radicales —l’industrie pharmaceutique, Grand Satan— ce qui n’aide pas à y voir clair.

Campons le décor. Peu de gens, même parmi les plus vifs critiques de l’OMS, ne nient pas que le H1N1 était réellement un virus a priori inquiétant, hors saison et génétiquement différent. Là où ils divergent d’opinion, c’est dans la vitesse à laquelle on aurait pu conclure que ce virus était bénin. Et surtout, dans le rôle qu’ils attribuent à l’industrie pharmaceutique dans cette décision.

Qu’il y ait eu des pressions de l’industrie ne fait aucun doute. C’est un fait bien documenté, et qui ne date pas d’hier :

Au cours des deux dernières décennies, l’industrie pharmaceutique s’est éloignée de son but initial de découvrir et de produire des médicaments utiles. Elle est à présent une machine à marketing et pour vendre des médicaments aux bénéfices douteux, cette industrie utilise sa richesse et son pouvoir pour corrompre toute institution qui pourrait se mettre dans son chemin (Marcia Angell, ancienne rédactrice en chef du New England Journal of Medicine, 2004)

Ces accointances font l’objet d’innombrables débats, colloques, et livres, ont donné lieu à des histoires parfois tragiques (l’affaire Jesse Gelsinger, en 1999) parfois maladroites (l’affaire des prête-noms, en 2009) qui entraînent à leur tour des réformes (voir encadré).

Mais l’industrie peut-elle être la responsable de la redéfinition du mot pandémie, qui a ouvert la porte à la campagne de vaccination? C’est le point suivant.

Qui décide de l'alerte?

À partir de quel seuil décide-t-on de lancer l’alerte? Et qui décide? Retour dans le temps. En avril 2009, la grippe qu’on appelle encore porcine apparaît sur les écrans radars, au Mexique. En deux semaines, elle aura été signalée dans neuf pays; en six semaines, dans 74 pays. C’est un taux de transmission foudroyant.

En mai 2009 —et c’est le coeur des reproches qui sont aujourd’hui adressés à l’OMS— la définition de pandémie est revue à la baisse. Avant, une pandémie était caractérisée par des épidémies simultanément à travers le monde, avec un grand nombre de morts et de blessés. Désormais, on abandonne le concept de grand nombre. Qui en a décidé? Pour les accusateurs, la cause est entendue : ce sont les Big Pharma.

Le 22 janvier dernier, le Conseil de l’Europe lançait une enquête à ce sujet. Principal accusateur, le Dr Wolfgang Wodarg, ancien épidémiologiste et ex-député de gauche allemand.

Mais en fait, c’est plus compliqué que ça. Il y avait eu un gros débat, en avril et mai 2009 : pour décréter qu’une chose est une pandémie, est-il éthique d’attendre qu’elle en devienne une? Comme l’écrivait alors non sans humour ce blogueur en santé publique :

L’argument se résume à ceci. Nous ne devrions pas appeler « pandémie » une pandémie, parce que les gens pourraient mal comprendre que cela signifie que c’est une pandémie. Et ils feraient des choses, comme de paniquer, comme les autorités britanniques le font en ce moment...

La question reste toutefois en l’air : les gens qui, au sein de l’OMS, ont ultimement pris la décision de changer cette définition, l’ont-ils fait parce qu’ils étaient au service d’une compagnie pharmaceutique? C’est ce que Wolfgang Wodarg affirme depuis des mois, mais sans jamais fournir de noms.

La revue Protégez-vous, dans son édition de février, cite, comme d’autres, le Dr Albert Osterhaus, un virologue dont l’organisme de recherche compte parmi ses sources de financement 10 compagnies pharmaceutiques (auxquelles il faut ajouter les organismes subventionnaires publics). Or, la diversité des sources de financement est plutôt de nature à rendre un chercheur indépendant : s’il déplaît à une source, il se rabat sur les autres...

Les acteurs de la critique

Wolfgang Wodarg n’est pas lui non plus sans taches. Souvent présenté comme épidémiologiste, il n’a produit aucune recherche depuis au moins 1989, et ce n’était pas en épidémiologie. Décrit comme l’ex-président du sous-comité sur la santé du Conseil de l’Europe, il est « ex » depuis 2004. Et il a perdu son siège de député aux dernières élections.

Plus grave est le fait que parmi ses accusations, figurait celle que le vaccin contre le H1N1 était dangereux parce que produit en vitesse, alors que cinq mois, c’est à peu près le délai de production du vaccin annuel contre la grippe. Ses affirmations sur les risques, formulées en 2009, se sont depuis avérées sans fondements.

Un autre acteur important est le Dr Tom Jefferson, ancien médecin de l’armée britannique, attaché au groupe de recherche Collaboration Cochrane. C’est lui qui, dans une entrevue publiée en juillet 2009 dans le Der Spiegel allemand, laissait entendre à demi-mot que l’OMS aurait été sous influence lorsqu’elle a changé la définition du mot pandémie.

Les compagnies pharmaceutiques... Elles ont bâti cette machine autour de la pandémie imminente. Il y a beaucoup d’argent impliqué.

Jefferson s’est également fait connaître au cours des années pour ses attaques contre la légitimité de vacciner contre la grippe les personnes âgées. Il a, de fait, mené quelques études là-dessus, mais leurs conclusions sont moins tranchées que ses opinions.

Ce sont néanmoins ses opinions qui ont conduit le mouvement anti-vaccination à vouloir lui décerner, en octobre dernier, son prix « Courage en science ». Jefferson a refusé le prix en apprenant, « avec horreur », qu’il aurait partagé la tribune avec le Dr Andrew Wakefield —l’auteur de cet article de 1998 associant faussement vaccination et autisme (et que le British Medical Journal a retiré de ses archives la semaine dernière).

Et la science?

Grippe bénigne ou pas, la recherche a beaucoup progressé depuis avril 2009. En éditorial le 14 janvier, la revue britannique Nature se réjouissait que les leçons apprises lors de la crise du SRAS aient servi : les chercheurs ont, plus que jamais auparavant, partagé leurs données à l’échelle internationale, sur le décodage des gènes du virus comme sur sa transmission.

Toutefois, lit-on, ces recherches génétiques ont aussi permis de confirmer que le virus circulait depuis au moins une décennie chez les porcs et qu’il a probablement « sauté » chez les humains longtemps avant d’être détecté au Mexique. « Qu’il n’ait pas été détecté plus tôt est inacceptable... Nous avons été chanceux que la souche H1N1 ait été, en majeure partie, bénigne. »

7 commentaires

Portrait de PhD

Le Trésor de la langue française énonce :

ÉPIDÉMIE, subst. fém.
A.? MÉDECINE
1. Augmentation inhabituelle et subite du nombre d'individus atteints d'une maladie transmissible existant à l'état endémique dans une région ou une population donnée; apparition d'un nombre plus ou moins élevé de cas d'une maladie transmissible n'existant pas normalement à l'état endémique dans une région donnée (p. oppos. à endémie) (d'apr. Méd. Biol. t. 2 1971).
[...]
(http://www.cnrtl.fr/definition/%C3%A9pid%C3%A9mie)

Il n'est pas question de la létalité, ni même de la gravité de la maladie. On avait donc bien affaire à une pandémie.

Cela dit, le problème de détection de la gravité de cette maladie pandémique reste entier.

Mais il est toujours préférable de connaitre la signification des termes que l'on emploie.

Et merci à Albert Camus :-)
-- PhD

Portrait de Lucas

Je suis d'accords avec

Feu de paille
Mer, 2010/02/10 - 21:17
Visiteur (non vérifié)

Sauf que H1N1 a été moins pire que les grippes saisonnières connues !

Encore une fois c'est l'argent qui mène et qui manipule le monde puisqu'il suffit de donner de l'argent aux médias pour publier quelque chose...

[ Le problème, c'est qu'il n'y a aucun rapport entre vos 2 phrases. Que H1N1 ait été moins pire que les grippes saisonnières ne permet aucunement de conclure que les médias ont été sous influence, la meilleure preuve étant que l'information sur les mouvements anti-vaccination, c'est surtout par les médias qu'elle est diffusée. ]

Portrait de Pierre

Ce sont des irresponsable à l'OMS, si dans 2 semaines il y a une VRAIE pandémie qui se déclare que pensez-vous de ce que les peuples vont faire ? Ils ne se feront pas arracher encore une fois un bras en pensant que c'est encore un mensonge la nouvelle pandémie annoncé, celle-la ferait des millions de morts assuré, c'est sans doute un moment propice d'ailleurs pour qu'une organisation malfaisante introduise volontairement un virus de laboratoire dans les populations.

[ Une raison de plus pour ne pas trop écouter les opinions des Climate Audit et autres blogueurs conservateurs, dont la caractéristique est de faire des affirmations sans se préoccuper des preuves. Résultat, plutôt que d'avoir des argumentations rationnelles sur le corpus de connaissances solides dont on dispose, on a des débats qui dérapent sur des détails qui n'ont rien à voir avec le portrait d'ensemble. Et votre courriel précédent en est hélas un bon exemple ]

Portrait de Pierre

Tout comme pour l'OMS et pour faire un parallèle il est impossible de suivre le rythme des découvertes de biais, d'erreurs manifestes et de mensonges délibérés mis au jour au sein du dernier rapport 2007 du GIEC. Depuis que, fin novembre 2009, les mels du Climate Gate ont défrayé la chronique dans la presse anglo saxone, y compris dans des organes très réchauffistes comme le Guardian (En France: quasiment rien...), des centaines de sites et blog, souvent d'excellente qualité, consacrés à la recherche des malfaçons de la science officielle du GIEC, prolifèrent. Résultat, Anthony Watts et Climate Audit ne constituent plus les seules source d'information référentes de qualité. Climategate.com, sppiblog.org, eureferendum pour ne citer qu'eux, complètent admirablement les blogs vétérans. La population est tout de même moins naïve que ce que nos gouvernements croient et leurs haut-parleurs qui essaient de nous faire avaler des faussetés.

[ @ Pierre: Ce n'est pas la population qui est naïve, c'est vous, qui choisissez de croire aveuglément les Watts, Climate Audit et autres, juste parce qu'ils font des affirmations qui vous plaisent. Vous prétendez être sceptique? C'est excellent. Mais alors, il faudrait que vous soyez sceptique jusqu'au bout, et que vous appreniez à distinguer une recherche solide d'une opinion. ]

Portrait de Visiteur

Pascal, s'il est vrai que rien ne permettait en avril-mai 2009 de savoir s'il s'agissait d'un feu de paille, au moment de faire vacciner toute la population, c'était un fait connu (décembre 2009 pour le Canada). Une fois l'argent placé dans l'engrenage de la production de vaccins, qui aurait eu l'éthique et le professionnalisme d'avouer que ce vaccin avait environ le même intérêt que celui de la grippe saisonnière, c'est à dire pour la même clientèle ? On a préféré ne pas se contredire en espérant que la peur collective suffirait à leur donner le bénéfice du doute. La réalité est que plusieurs personnes ont reçu ce vaccin inutilement. Je me compte chanceuse d'avoir gardé la tête hors de l'eau pendant les campagnes de propagande et de pression médiatique et de ne pas avoir reçu un vaccin inutile comme plusieurs personne autour de moi. Par contre ce qui me préoccupe est la confiance du public envers des sources supposément fiables le jour où il y aura une vraie pandémie dangereuse... je suis la première qui sera réticente à croire les informations reçues. Ils ont crié au loup, ils ont joué avec notre santé et notre confiance... quelles seront les retombées ?

[ @visiteuse: Décembre 2009 est le moment où prenait fin la campagne de vaccination. Vous demandez par ailleurs qui aurait eu l'éthique et le professionnalisme de dire que ce vaccin était bénin... Mais scientifiquement, il aurait été impossible d'affirmer cela en mai 2009. À partir de quel moment aurait-on pu l'affirmer hors de tout doute et arrêter la machine de production des vaccins? C'est là qu'est la bonne question. ]

Portrait de Pierre

Voyons donc, il suffit d'un peu de jugement pour voir que le H1N1 n'était qu'un feu de paille pour enrichir un petit groupe, même pendant l'alerte ceux qui ont creusé un peu ont vite découvert qu'il n'y avait pas de pandémie. Même les médecins accusent ce montage malveillant. Certain médias traine dans le mauvais camp depuis un moment, sans doute pour faire plaisir à leurs propriétaires et patrons.

Commentaire d'un des médecins -> http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=17526