Publicité
lesdebrouillards.jpg

Les désbrouillards

Autre action

Actualité

Quelle partie de vous est Néandertal?

Pascal Lapointe, le 8 mai 2010, 11h19

(Agence Science-Presse) Votre front? Votre esprit mathématique? Votre intolérance au lactose? Une nouvelle étude ramène en effet le balancier dans l’autre direction : nous aurions des gènes de Néandertal, malgré tous les arguments contraires des dernières années. Mais encore?

Comment décode-t-on des gènes de 40 000 ans?

L’équipe internationale dirigée par Svante Pääbo, de l’Institut Max Planck, en Allemagne, et Richard Green, de l’Université de Californie, a comparé des séquences génétiques représentant 60% du génome de trois Néandertaliens avec le génome d’un chimpanzé et de cinq humains modernes : un Européen, deux Asiatiques et deux Africains.

Mais avant d’en arriver là, encore faut-il extraire de l’ADN de Néandertalien, ce qui était considéré impossible il y a seulement 15 ans. Car l’ADN a la fâcheuse tendance à s’effilocher après seulement quelques milliers d’années. Et s’y mêlent du coup des visiteurs indésirables, comme l’ADN des bactéries du coin, sans parler de celui de scientifiques qui ont manipulé imprudemment les os.

En mettant bout à bout de l’ADN provenant de trois os différents, vieux de 38 à 44 000 ans, Pääbo —qui est devenu dès 1997 le chef de file mondial du décodage d’ADN ancien— et ses collègues ont agi à la manière d’une personne qui tenterait de reconstituer un casse-tête de 3 milliards de pièces dont elle aurait certaines pièces en double et en triple. Cela lui donne une plus grande assurance lorsque de longues séquences génétiques se répètent telles quelles ici et là... et une totale incertitude pour 40% du génome du Néandertalien, qui n’a pas (encore) été reconstitué.

Lire aussi : Un Néandertal au 21e siècle

Deux branches, deux histoires

Les deux branches —celle qui a conduit à nous et celle qui a conduit aux Néandertaliens— ont divergé il y a environ 400 000 ans. On pense que les premiers pré-Néandertaliens à avoir quitté l’Afrique l’ont fait par Gibraltar, donc par l’Europe, il y a 300 000 ans.

Les premiers « vrais » Homo sapiens retrouvés hors d’Afrique sont vieux de près de 100 000 ans, au Proche-Orient. C’est peut-être là qu'ont eu lieu les premières rencontres conduisant aux bébés hybrides dont il est question ici. Après cela, les Homo sapiens ont peu à peu conquis l’Europe, tandis que le Néandertalien reculait, jusqu’à ses derniers retranchements en Espagne, il y a un peu moins de 30 000 ans. Son déclin et sa disparition restent un mystère.

Imaginez un groupe de préhumains, il y a 300 000 ans, peut-être moins, qui quitte l’Afrique. Ils ne savent pas encore qu’ils deviendront les Néandertaliens. Des milliers de générations plus tard, certains de leurs descendants croisent des Homo sapiens —peut-être au Proche-Orient— et certains ont des bébés ensemble. C’est ainsi que des gènes néandertaliens auraient pu survivre jusqu’à nous, en Europe et en Asie.

C’est le portrait qui est suggéré par l’étude longtemps attendue de l’équipe de Svante Pääbo, parue jeudi dernier en grandes pompes dans Science : le décodage de l’ADN des Néandertaliens, nos plus proches cousins, ceux dont les derniers représentants se sont éteints il y a environ 28 000 ans.

Un portrait qui ouvre la porte à une relecture de ce cousin —et de nous— mais qui laisse surtout en plan quatre questions.

1) Pouvons-nous tracer l’origine de caractéristiques humaines chez les Néandertaliens?

Non. Du moins, aucun des gènes ciblés par l’équipe internationale ne le permet. Le fait que ces « héritages » soient trouvés uniquement chez un Européen et deux Asiatiques (dans une proportion de 1 à 4%) est logique si notre portrait des migrations de jadis est exact. Mais au-delà de ça, « chaque personne a probablement un morceau différent de Néandertalien en elle », commente le généticien David Reich dans le New Scientist.

De plus, l’estimation « de 1 à 4% du génome » est sujette à caution, parce que ce qui a été décodé ne représente que 60% du génome du Néandertalien.

2) Pouvons-nous identifier les gènes qui font de nous de « vrais » humains?

Non. Une des choses qu’ont cherchée les généticiens, ce sont des séquences de gènes qui ont « survécu à la sélection naturelle » : c’est-à-dire des séquences qui, sans qu’on ne sache nécessairement pourquoi, sont demeurées telles quelles pendant des centaines de milliers d’années, alors que des variantes disparaissaient au gré des détours de l’évolution. L’équipe Pääbo-Green en énumère 212 dans son article.

Mais ceux qui attendent une révélation de leur humanité seront déçus : RPTN, GREB1... Il faudra plus de gènes d’il y a 40 000 ans et de 2010 pour pouvoir creuser.

3) Pourrait-il y avoir une autre explication?

Autrement dit, se pourrait-il que ce 1 à 4% de gènes ne soit pas du tout néandertalien?

Oui : imaginez que les ancêtres des Néandertaliens qui ont quitté l’Afrique et que les ancêtres des Homo sapiens qui, beaucoup plus tard, ont eux aussi quitté l’Afrique, aient été originaires de la même région de ce continent. Dans un tel cas, ils auraient apporté avec eux les mêmes séquences génétiques qui nous intriguent aujourd’hui, et qui n’existaient nulle part ailleurs en Afrique. Dans un tel cas, il n'y aurait donc pas de bébé hybride, mais juste des gènes qui étaient dans la bonne région géographique au bon moment.

4) Connaissons-nous mieux le Néandertalien?

C’est la question à un million de dollars, noyée depuis jeudi dans l’attention portée sur nous. Il est normal, écrit Carl Zimmer dans un impressionnant article de vulgarisation, qu’en examinant ce génome, nous nous interrogions d’abord sur ce qui fait qu’un humain est un humain. Mais il faudra bien un jour répondre à la question : qu’est-ce qui fait qu’un Néandertalien est un Néandertalien?

2 commentaires

Portrait de Stefjourdan

"Ils ne savent pas encore qu’ils deviendront les Néandertaliens. " stupide : ensuite ils ne l'ont pas su non plus !

"Pouvons-nous tracer l’origine de caractéristiques humaines chez les Néandertaliens?" incompréhensible, ça fait 30 ans que je lis des articles scientifiques et j'ai beau relire cette phrase, elle ne veut rien dire

Merci de changer de secteur, M. Lapointe (pas de silex), vous devriez plutôt faire la chronique gastronomique, que sais-je ?

Portrait de nguimond

Monsieur Jourdan, peut-être devriez-vous lire moins sur la science et davantage sur autre chose si ça vous met dans un pareil état.