Votre front? Votre esprit mathématique? Votre intolérance au lactose? Une nouvelle étude ramène en effet le balancier dans l’autre direction : nous aurions des gènes de Néandertal, malgré tous les arguments contraires des dernières années. Mais encore?

Imaginez un groupe de préhumains, il y a 300 000 ans, peut-être moins, qui quitte l’Afrique. Ils ne savent pas encore qu’ils deviendront les Néandertaliens. Des milliers de générations plus tard, certains de leurs descendants croisent des Homo sapiens —peut-être au Proche-Orient— et certains ont des bébés ensemble. C’est ainsi que des gènes néandertaliens auraient pu survivre jusqu’à nous, en Europe et en Asie.

C’est le portrait qui est suggéré par l’étude longtemps attendue de l’équipe de Svante Pääbo, parue jeudi dernier en grandes pompes dans Science : le décodage de l’ADN des Néandertaliens, nos plus proches cousins, ceux dont les derniers représentants se sont éteints il y a environ 28 000 ans.

Un portrait qui ouvre la porte à une relecture de ce cousin —et de nous— mais qui laisse surtout en plan quatre questions.

1) Pouvons-nous tracer l’origine de caractéristiques humaines chez les Néandertaliens?

Non. Du moins, aucun des gènes ciblés par l’équipe internationale ne le permet. Le fait que ces « héritages » soient trouvés uniquement chez un Européen et deux Asiatiques (dans une proportion de 1 à 4%) est logique si notre portrait des migrations de jadis est exact. Mais au-delà de ça, « chaque personne a probablement un morceau différent de Néandertalien en elle », commente le généticien David Reich dans le New Scientist.

De plus, l’estimation « de 1 à 4% du génome » est sujette à caution, parce que ce qui a été décodé ne représente que 60% du génome du Néandertalien.

2) Pouvons-nous identifier les gènes qui font de nous de « vrais » humains?

Non. Une des choses qu’ont cherchée les généticiens, ce sont des séquences de gènes qui ont « survécu à la sélection naturelle » : c’est-à-dire des séquences qui, sans qu’on ne sache nécessairement pourquoi, sont demeurées telles quelles pendant des centaines de milliers d’années, alors que des variantes disparaissaient au gré des détours de l’évolution. L’équipe Pääbo-Green en énumère 212 dans son article.

Mais ceux qui attendent une révélation de leur humanité seront déçus : RPTN, GREB1... Il faudra plus de gènes d’il y a 40 000 ans et de 2010 pour pouvoir creuser.

3) Pourrait-il y avoir une autre explication?

Autrement dit, se pourrait-il que ce 1 à 4% de gènes ne soit pas du tout néandertalien?

Oui : imaginez que les ancêtres des Néandertaliens qui ont quitté l’Afrique et que les ancêtres des Homo sapiens qui, beaucoup plus tard, ont eux aussi quitté l’Afrique, aient été originaires de la même région de ce continent. Dans un tel cas, ils auraient apporté avec eux les mêmes séquences génétiques qui nous intriguent aujourd’hui, et qui n’existaient nulle part ailleurs en Afrique. Dans un tel cas, il n'y aurait donc pas de bébé hybride, mais juste des gènes qui étaient dans la bonne région géographique au bon moment.

4) Connaissons-nous mieux le Néandertalien?

C’est la question à un million de dollars, noyée depuis jeudi dans l’attention portée sur nous. Il est normal, écrit Carl Zimmer dans un impressionnant article de vulgarisation, qu’en examinant ce génome, nous nous interrogions d’abord sur ce qui fait qu’un humain est un humain. Mais il faudra bien un jour répondre à la question : qu’est-ce qui fait qu’un Néandertalien est un Néandertalien?