Les anthropologues américains vont devoir rendre les armes ! Ou plutôt leurs objets d’études… Depuis le 14 mai, un nouvel amendement fédéral permet à toutes les communautés amérindiennes, de réclamer des ossements aux musées et aux institutions américains. La seule condition : que les ossements aient été retrouvés près d’un de leurs sites historiques ! « C’est sûr, c’est un pas en arrière pour la science » s’exclame Isabelle Ribot, bio-anthropologue à l’université de Montréal.

Après la résolution de l’affaire de l'homme de Kennewick, les scientifiques pensaient l’avoir emporté. Mais 12 ans plus tard, le gouvernement américain replace la balle dans le camp des peuples ancestraux et leur donne, par une loi, le droit de demander la restitution d’ossements dont la filiation ethnique n’est pas claire.

En effet, il est établi qu’aux États-Unis, bien avant la colonisation occidentale, « il y a eu d’importantes et complexes vagues de migration » précise Mme Ribot. Il est donc très difficile de définir une filiation par la terre. Anthropologues, paléontologues et bien d‘autres misaient plutôt sur une méthode plus scientifique : la génétique.

Les techniques d’extraction d’ADN à partir de fossile s’améliorent sans cesse : les scientifiques ont d’ailleurs récemment séquencé le génome de l’homme de Néandertal. Depuis, de nombreux projets en paléo-génétique ont été mis en place autour des os fossilisés. « C’est terrible, sans eux la recherche ne pourra pas avancer » s’alarme la bio-anthropologue. « Nous ne sommes qu’une seule et même espèce, et c’est un pan de notre histoire qui va être mis entre parenthèses ».

Mais comment éviter de priver la science de cette manne sur l’histoire de l’homme, notre Histoire, sans porter atteinte aux anciens peuples ? « Ces problèmes éthiques n’ont jamais [réellement] été soulevés ! » explique la chercheuse.

« Pour nous [chercheurs au Québec] la situation n’était pas très bonne et cet amendement américain ne va pas l’encourager ! » précise-t-elle. Actuellement, il y a un accord tacite entre les chercheurs et les groupes amérindiens : pas de fouilles sur leurs sites funéraires. Et si des os humains sont retrouvés à proximité d’un site historique, les scientifiques discutent avec les groupes concernés pour ne pas les heurter et, ainsi, travailler efficacement avec eux.

Ces difficultés, opposant science et culture, ne sont pas propres à l’Amérique du Nord. Elles se retrouvent en d’autres lieux où des peuples se sont vu arbitrairement privés de leurs terres. « J’ai eu pas mal de problèmes au Cap. » En Afrique du Sud, alors que Mme Ribot et son équipe fouillaient un sites funéraires, des descendants ont manifesté leur opposition. Le projet a été tout simplement abandonné…

Malgré toutes ces embûches, Isabelle Ribot ne perd pas espoir : « l’avenir de l’homme est le métissage et au cours des générations futures, la mentalité va évoluer. »