Les Tibétains profitent d'un bagage génétique identique à celui des superathlètes.

C'est la conclusion à laquelle est arrivée une équipe de biologistes évolutionnistes de l'Université de Californie qui a comparé les génomes de 50 Tibétains et de 40 Chinois Han, la nationalité majoritaire au pays. La séparation génétique des deux ethnies d'origine chinoise remonte à plus de 3 000 ans, révèlent les travaux parus en juillet dans la revue Science.

Les scientifiques ont répertorié plus de 30 gènes dont la mutation d'ADN est plus marquée chez les Tibétains que les Chinois Han. C'est cette particularité génétique qui leur a permis de survivre avec un taux d'oxygène raréfié à haute altitude. Des 30 gènes identifiés, la moitié d'entre eux se spécialisent uniquement dans la façon dont le corps utilise l'oxygène dans un environnement pareil.

Les habitants du Tibet, comme ceux des Andes, peuvent vivre à une altitude supérieure à 4 500 mètres, où il y a 40 % moins d'oxygène dans l'air qu'au niveau de la mer.

Ces changements génétiques ont été, jusqu'ici chez l’humain, les plus rapides à se produire, explique Rasmus Nielsen, professeur de biologie intégrative à l'Université de Californie et chercheur principal.

EPAS1, le code athlétique

L'héritage génétique des Tibétains leur confère ainsi des capacités physiques semblables aux performances des plus grands athlètes. Pour compenser la rareté d'oxygène dans le sang, comme dans le cas d'un grand effort physique, le corps compense en fabricant plus d'hémoglobine, la protéine chargée de transporter l'oxygène dans le sang. C'est le gène EPAS1 qui en est responsable de mesurer le niveau d'oxygène requis pour maintenir nos fonctions vitales et d'assurer en même temps l'équilibre des activités aérobies (énergie fournie par l'oxygène) et anaérobies (énergie fournie sans oxygène).

Cette percée facilitera la découverte de gènes jusqu'ici inconnus et qui influencent la manière dont le corps réagit à un taux d'oxygène appauvri, espère le chercheur. Ces données pourront aussi aider à comprendre la nature de certaines maladies, dont la schizophrénie et l'épilepsie, associées au manque d'oxygène dans l'utérus.

Cette étude fait partie du projet international 1000 Genomes Projects, qui vise le séquençage du génome de 2 500 gènes humains d'ici à 2011.