À la veille du retour en force des rhumes d’hiver, devrait-on accorder la même attention que l’an dernier aux distributeurs de gels désinfectants dans les espaces publics? Au Québec, l’avis des scientifiques et des responsables de la santé publique est partagé.

Anne Marie Lowe, chercheuse à l’Unité de surveillance, prévention et contrôle des maladies infectieuses à l’Institut national de la santé publique du Québec « recommande de maintenir, dans la communauté, ces désinfectants, car leur utilisation diminue les infections rhinovirales et gastro-intestinales. » 

Seulement, voilà : une étude américaine récente a démontré une surestimation de la vertu des désinfectants pour les mains à base d’alcool en terme de protection antivirale. « On prend cette étude au sérieux, mais on ne peut s’y fier, car d’autres études ont montré clairement l’efficacité de la solution hydroalcoolique », commente Mme Lowe. Dont cette étude réalisée en 2010 par des chercheurs de l’Université de Virginie aux États-Unis, qui avait indiqué que les solutions hydroalcooliques riches en éthanol étaient à 82 % plus efficaces que le lavage au savon.

Pourtant, en février 2010, l’Université McGill, « en l’absence d’une efficacité éprouvée de ces désinfectants » en avait ordonné la désinstallation, indique Wayne Wood, directeur associé à la santé et la sécurité environnementale. « Le temps de l’urgence de santé publique imposée par la grippe A H1N1 passé, rien ne justifie que ces équipements soient encore sur place, nous préférons nous rabattre sur le lavage à l’eau et au savon », explique-t-il.

Pourtant, Anne-Marie Lowe est d’avis contraire et pense que si le dosage en alcool de ces solutions est respecté, leur utilisation ne posera aucun problème sur le long terme. Le directeur national de la santé publique, rappelle-t-elle, recommande un dosage de 60 % pour les désinfectants des lieux publics et entre 60 à 80 % dans les milieux hospitaliers. 

Et qu’en est-il du coût financier à maintenir en place ces équipements? Au Canada, la Société 3M spécialisée dans les solutions innovatrices a annoncé en avril 2010 une vente de plus 1,1 milliard de dollars sur ses produits de soins de santé au sein desquels les désinfectants occupent une place majeure.