Et si pour tuer le temps dans le métro ou dans une salle d’attente, vous rendiez service à la science tout en vous amusant? Phylo est un nouveau jeu en ligne où vous aidez des chercheurs à aligner des séquences d’ADN. Ses inventeurs lui prédisent un avenir glorieux : envahir les iPads et détrôner Farmville sur Facebook!

Votre mission : battre un ordinateur (et vos concurrents!) dans l’alignement de séquence multiples d’ADN. Ces séquences à comparer - provenant de différentes espèces de mammifères dont l’humain - sont disposées horizontalement l’une au-dessus de l’autre sur une grille. Les quatre lettres qui composent le code génétique (A, T, C, G) ont été remplacées par des blocs de couleur. Vous devez donc déplacer les blocs, comme sur un boulier, pour créer des colonnes de même couleur et gagner des points.

L’alignement parfait n’est pas toujours possible, vous devrez parfois introduire des espaces plus ou moins larges. En recréant un alignement, vous déterminez ainsi les séquences éliminées au cours de l’évolution et celles qui ont été conservées. À vous donc de trouver un compromis entre un minimum de trous et un maximum de colonnes créées, en un temps record, pour marquer des points!

Grâce aux alignements obtenus, des chercheurs en génomique pourront mieux comparer les séquences entre elles. Vous contribuez ainsi à déterminer quelles sont les mutations – les compromis que vous aurez décidé d’imposer pour un alignement optimal des séquences — qui accroissent le risque de développer l’une des 150 maladies que cible le jeu. Il est évidemment difficile de mesurer l’impact réel de votre action sur l’ensemble d’une recherche mais à chaque fois que vous battez l’ordinateur, vous apportez une pierre à l’édifice… si petite soit-elle!

« Les ordinateurs ne sont pas très bons pour faire ces comparaisons », explique Mathieu Blanchette du Centre de bio-informatique de l’Université McGill et coinventeur de Phylo. Selon le chercheur, la taille gigantesque des génomes requérait une puissance de calcul sur ordinateur trop grande pour parvenir à un résultat optimal.

« Le cerveau humain est bien meilleur pour ce genre d’opération », renchérit son collègue Jérôme Waldispuhl. « Au cours de l’évolution, l’humain a développé une très bonne aptitude à résoudre des puzzles visuels. Nous tirons avantage de cette capacité de notre cerveau à assembler et réarranger des formes géométriques dans l’espace ».

Les amateurs de casse-tête seront certainement conquis; les autres devront y mettre plus d’efforts pour être séduits! Car même avec un nombre restreint de séquences à aligner (de 3 à 8 selon le niveau), c’est rarement évident! « Il faut développer une intuition et entrainer son cerveau à reconnaître les patterns de couleur intéressants», avoue Jérôme Waldispuhl.

La prochaine étape : un Phylo nouvelle génération! Les chercheurs veulent en effet mettre à profit « le pouvoir computationnel » de milliers de cerveaux repêchés via les réseaux sociaux et téléphones intelligents grâce à de nouvelles applications.