WASHINGTON - Si vous pensiez que, grâce au décodage de votre génome, la médecine personnalisée était sur le point de frapper à votre porte, allez vous recoucher. Les métabolites, le microbiome, les obésogènes : des termes inconnus du commun des mortels... mais guère mieux compris par les scientifiques!

Avec le titre de l’atelier, le ton était déjà donné, en cette deuxième journée du congrès de l’AAAS (Association américaine pour l’avancement des sciences) : Médecine personnalisée : on avance ou on recule? Et le coup de massue a été envoyé dès l’introduction par l’organisatrice de l’atelier, la microbiologiste Jennie C. Hunter-Cevera :

Avec des milliers de réactions par seconde dans notre corps, comment pouvons-nous chercher un signal chimique particulier, qui indiquera un état de bien-être ou une maladie?

La génomique a pourtant fait des bonds de géant depuis 10 ans —l’annonce du décodage du génome humain fête ce mois-ci son 10e anniversaire. Mais les applications pratiques —ou plutôt LA seule application pratique qui compte : tout guérir grâce à nos gènes!— se révèlent beaucoup plus lointaines qu’on ne le soupçonnait il y a 10 ans. Ou qu’on l’avait laissé croire.

Par exemple, qu’en est-il de l’impact sur nos gènes de l’air que nous respirons, a poursuivi l’animatrice. De nos habitudes de vie? Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’un « état normal »? Voilà qu’on commence même à regarder plus attentivement les gènes des microbes qui nous habitent (le microbiome, c’est ça) : comment interagissent-ils entre eux et avec nous?

Pour démêler ce casse-tête aux milliards de pièces, il faudra de nouvelles technologies. Comme le rappelait cet article de Science —la revue de l’AAAS— paru la semaine même du congrès, on a progressé, depuis 10 ans, à une vitesse fulgurante dans notre capacité à accumuler les données génétiques... mais il reste à apprendre à les traiter!

Pour l’instant, semblaient s’entendre les autres conférenciers, on avance à tâtons. Susan Sumner, de RTI International, une firme de biotechnologies de la Caroline du Nord, recherche des signaux chimiques qui permettraient de détecter sur des gènes l’obésité à un stade précoce —les obésogènes, ce serait ça. Les théories ne manquent pas —elle s’intéresse pour sa part à des métabolites dans l’urine— mais ça manque de concret.

Bref, le rêve d’un médicament spécialement ajusté à votre bagage génétique devra attendre encore... un temps indéterminé. La génétique est une science qui évolue rapidement, mais on n’a pas les outils, répète Willie E. May, directeur du Laboratoire national de mesures à l’Institut américain des normes et technologies :

Il y a tellement de choses qu’on a ciblées, qu’on pourrait tester, qu’on aimerait tester, mais on ne peut pas le faire parce qu’on ne sait pas comment le faire.