Ça reste l’empoisonnement de masse le plus grave de l’histoire, mais sa cause, une décennie plus tard, reste également un mystère.

On avait pourtant établi dès les années 1990 que l’eau de milliers de puits, au Bangladesh, avait exposé des millions de personnes à des quantités dangereusement élevées d’arsenic. On avait également établi que ces puits, creusés dans les années 1970 et 80 dans le cadre d’un vaste programme d’aide internationale, l’avaient été dans des couches géologiques contenant beaucoup trop d’arsenic à l’état naturel. Au point où le British Geological Survey avait fait l’objet d’une poursuite judiciaire pour n’avoir pas su prévoir ce risque (la poursuite a été rejetée par les tribunaux britanniques).

Et pourtant, le mystère persiste: une étude parue le 26 octobre dans la revue Geophysical Research Letters écarte une hypothèse qui semblait plausible en 2009 —le rôle qu’auraient pu jouer des bassins artificiels créés il y a 50 ans— mais ne renforce aucune des autres hypothèses. Autrement dit, l’hydrologie et la chimie de la région qui ont conduit à cette accumulation d’arsenic restent nébuleuses.

À une très grande échelle —l’ensemble de l’Asie du Sud— les géologues expliquent la présence d’arsenic dans l’eau souterraine par les restes de l’activité sismique résultant de la formation de l’Himalaya. Mais c’est à l'échelle locale que ça se complique.

Dans les années 1970, l’aide internationale avait contribué au creusage de puits afin que les résidents de cette région du delta du Gange n’aient plus à boire de l’eau de surface contaminée par des microbes transmettant, entre autres, le choléra. Du coup, sans le savoir, on a remplacé dans leur eau potable les microbes par l’arsenic.

Une trop grande concentration d’arsenic dans l’eau ne se transforme pas en un empoisonnement mortel sur le coup: les symptômes vont de lésions sur la peau jusqu'à des problèmes respiratoires et cardiovasculaires en passant par une variété de cancers qui, à long terme, augmenteront le nombre de décès. Personne n’a été capable d’évaluer l’impact exact que ça aura sur ceux qui sont nés dans ces régions entre 1975 et 1990, et sur les enfants qu’ils auront eux-mêmes.