Des trois Nobels de science qui seront décernés cette semaine, celui de médecine était le plus prévisible. Les experts ne savaient pas quand, mais ils savaient que tôt ou tard, les travaux sur la reprogrammation des cellules allaient valoir à Shinya Yamanaka le Nobel: parce qu’en 2006, ce fut une percée qui attendait son tour depuis plus de 40 ans.

En 2006, l’équipe de ce chercheur japonais à l’Université de Kyoto fut la première à démontrer que des cellules de souris adultes pouvaient être ramenées —reprogrammées— au stade de cellules souches. Et les cellules souches sont ces cellules grâce auxquelles on pourrait donc, en théorie, générer tous les tissus du corps.

Dès 2007, son équipe passait des cellules de souris aux cellules humaines, un bond en avant alors qualifié de phénoménal.

Quant à l’autre co-lauréat du Nobel 2012, le Britannique John B. Gurdon, de l’Université de Cambridge —celui dont la récompense était moins prévisible— il a contribué à ce champ de recherche aujourd’hui en pleine explosion par ses travaux survenus plus de 40 ans plus tôt, en 1962, sur ce qu’on appelle désormais, hors des laboratoires, le clonage. Il a démontré que le noyau d’une cellule adulte de grenouille pouvait être transplanté dans un ovule dont on a retiré le noyau, et produire une grenouille en bonne santé. C’est cette technique qui a été utilisée, dans les années 1990, pour produire la brebis Dolly.

Les travaux de Gurdon —il faut aujourd’hui dire Sir John S. Gurdon— ont «révolutionné» (le mot est du Comité Nobel) la biologie, en démontrant ce qui relève aujourd’hui de l’évidence: le génome d’une seule cellule contient toute l’information nécessaire pour transformer une cellule en un organisme vivant complet.

Les travaux de Yamanaka quant à eux, ont pointé précisément quels gènes, parmi tous ceux composant ce génome, pouvaient ramener une cellule adulte à un état similaire à celui de la cellule embryonnaire. Ce qui pourrait théoriquement permettre de produire des clones de vos poumons, rein, foie, rate, et le reste. Quoique longtemps avant d’en arriver là, ces cellules reprogrammées serviront à tester des médicaments et à essayer de comprendre la façon dont se développent des maladies, sans le lourd poids éthique porté par les cellules embryonnaires.

Ceci dit, le mot «théoriquement» est fort important. Les bémols soulevés dès 2007 autour des travaux de Yamanaka sont devenus d’année en année plus évidents: la reprogrammation semble induire des mutations, dans des circonstances qui restent à élucider. Ainsi, l’an dernier, une étude a suggéré que, chez une famille en particulier de souris, ces cellules reprogrammées semblaient responsables de maladies auto-immunes.

Cela n’enlève rien à leur énorme potentiel médical. Mais ce potentiel énorme en a encore pour bien des années à être soupesé et analysé, avant qu’on puisse l’envisager comme un traitement routinier.