La percée annoncée cette semaine sur les cellules-souches, et que plusieurs qualifient de phénoménale, comporte trois facettes. 1) On ignore encore si ça va vraiment marcher. 2) Elle semble donner raison à ceux qui prétendaient qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser des embryons. Et 3)... Euh, comment ça marche, au fait?

Rappelons d’abord l’annonce, que vous pouvez trouver aujourd’hui, mercredi 21 novembre, sur des milliers de journaux et de sites web: deux équipes, au Japon et aux États-Unis, ont annoncé indépendamment avoir réussi à « reprogrammer » des cellules de peau humaine, pour en faire des cellules souches, c’est-à-dire des cellules théoriquement capables d’évoluer ensuite en n’importe quoi —muscles, coeurs, neurones, etc.

Commençons donc par la question-clef : comment ça marche?

Première étape : prélever des cellules de peau. C’est ce que l’équipe japonaise a fait, sur une femme de 36 ans.

Deuxième étape : réactiver, dans ces cellules, des gènes qui n’étaient actifs qu’au stade du développement embryonnaire. Le but est de « faire croire » à ces cellules de peau qu’elles sont en réalité des cellules-souches d'embryons, c'est-à-dire des cellules qui ne se sont pas encore spécialisées.

Troisième étape : observer ce qui se passe. Et ce qui s’est passé, c’est que certaines de ces cellules, en laboratoire, ont commencé à devenir des neurones, d’autres des cellules cardiaques.

Présenté comme ça, cela semble simple, mais en réalité, pour en arriver à cette percée que personne n’attendait avant des années, il a fallu d’abord surmonter deux problèmes majeurs (c'est justement parce qu'ils étaient majeurs que les scientifiques n’attendaient pas cette percée avant des années).

Le problème no 1 et le problème no 2

Premier problème : quels gènes fallait-il réactiver? Les chercheurs ont, en tout, testé différentes combinaisons de 24 gènes, qu’ils savaient n’être actifs qu’au stade de l’embryon (quoique ils ignorent quel rôle exact joue chacun de ces gènes!). Ils ont finalement réussi leur coup avec quatre gènes.

Deuxième problème : comment diable réactive-t-on cela, un gène? L’équipe japonaise dirigée par Shinya Yamanaka, à l’Université de Kyoto, a utilisé un rétrovirus. Celui-ci sert en quelque sorte de véhicule de livraison : il va « livrer » au coeur de la cellule des protéines appelées facteurs de transcription, qui sont les « ordres » dont ont besoin ces gènes pour être réactivés.

Encore là, ça semble simple et pourtant... Les scientifiques en savent encore très peu sur le processus biochimique qui est à l’oeuvre lorsque ces protéines donnent ces « ordres » : ce qu’ils ont découvert (depuis des années qu’ils fouillent les profondeurs de nos gènes), c’est que tel facteur de transcription est associé à tel ordre. Mais comment cet ordre passe-t-il du facteur de transcription au gène, cela reste encore nébuleux.

C’est un peu comme d’observer des milliers de personnes parlant un langage codé. On sait qui donne des ordres et qui les reçoit, mais on ne décode pas encore le langage.

L’an dernier, le même Shinya Yamanaka, de même que deux autres groupes, avaient effectué un premier pas vers cette compréhension du langage codé en reprogrammant des cellules de la peau de souris (on vous en avait parlé ici!). C’est la répétition de ce travail chez des humains qu’on croyait uniquement réalisable « d’ici quelques années » —alors qu’on vient de l’accomplir en seulement quelques mois. Où en sera-t-on dans quelques années?