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La science derrière Jurassic World

Faire renaître: du dinosaure au Néandertalien

Agence Science-Presse, le 15 juin 2015, 16h37

(Agence Science-Presse) Ressusciter des dinosaures, est-ce possible? En théorie, oui: un nouveau mot s’est même ajouté au vocabulaire de la biologie depuis l’époque du premier Parc jurassique. Mais si, un jour, il devient vraiment possible d’aller de l’avant —et c’est un très gros si—on a plus de chances d’aller visiter un Parc du mammouth.

Jurassic World, affiche.
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Jurassic World, affiche.

À lire:

Faire revivre des espèces disparues grâce au clonage (mars 2013).

• Le paléontologue Jack Horner, qui a servi comme consultant pour la série Jurassique, croit davantage à la possibilité de faire naître des dinosaures hybrides que de «vrais» dinosaures.

La plus grosse déception du film: des dinosaures sans plumes —alors qu’il s’agit de ce qu’on a appris de plus important sur eux depuis 1993.

Ce nouveau mot qui s’est ajouté au vocabulaire de la biologie, c’est désextinction. Une référence au fait que, avec les progrès de la génétique, il devient théoriquement possible de faire revivre une espèce disparue. Récupérer son ADN, l’injecter dans l’ovule d’une espèce cousine et implanter l’embryon dans une mère porteuse.

La technique est semblable à celle utilisée pour le clonage. En 2013, la revue National Geographic parrainait même un colloque sur la désextinction.

Le Parc du mammouth

Mais pourquoi le mammouth est-il plus vraisemblable que le tyrannosaure ou le vélociraptor, qui garantissent des films nettement plus endiablés? Parce que l’ADN est une molécule qui se dégrade assez vite: quelques milliers d’années tout au plus. Depuis la diffusion du premier film Parc jurassique dans les années 1990, les progrès de l’informatique et de la génétique ont permis de reconstituer des génomes d’hommes du Néandertal en se servant de plusieurs génomes incomplets. Mais l’homme du Néandertal a vécu il y a 30 000 ans. Le record pour une telle reconstitution appartient à un os de cheval emprisonné dans la glace pendant 700 000 ans. Alors que les derniers dinosaures sont disparus il y a 65 millions d’années —2000 fois l’intervalle qui nous sépare du dernier Néandertalien.

D’où, le mammouth. Ses derniers représentants ont foulé la neige de Sibérie il y a seulement 3500 ans.

En 2008, une équipe américano-russe annonçait dans la revue Nature avoir complété le séquençage partiel du génome d’un mammouth. En 2014, une équipe de l’École de médecine de l’Université Harvard annonçait avoir stimulé trois gènes d’un éléphant d’Asie responsables de la production d’hémoglobine dans le sang, une expérience qui avait un objectif précis, quoique lointain: découvrir ce qu’il faudrait modifier dans cette séquence génétique de l’éléphant pour la rapprocher de la séquence génétique qui permettait à son cousin le mammouth de résister au froid.

Et il n’y a pas que cette grosse bête laineuse qui intéresse les promoteurs de la désextinction: parmi les candidats sélectionnés par leur programme Revivre et restaurer, on trouve le tigre de Tasmanie, le pigeon voyageur et un papillon bleu appelé le Glaucopsyche xerces. Toutes des espèces disparues dans les derniers milliers d’années —ou en 1914, dans le cas du pigeon.

Personne ne prétend que ce sera facile, d’autant plus que le clonage fait encore face à un taux d’échec très élevé. Mais la technologie et le savoir génétique progressent très vite.

Le Parc du Néandertalien?

Et l’espèce la plus «facile» à faire (re)naître serait... le Néandertalien. Parce que c’est un cousin beaucoup plus près de nous que ne l’est l’éléphant d’Asie par rapport au mammouth —et surtout, parce qu’on connaît à présent beaucoup mieux le génome de son plus proche cousin, l’Homo sapiens.

On aura compris que peu de gens pensent sérieusement engendrer par clonage un bébé Néandertalien. «Les Néandertaliens étaient des êtres humains dotés de conscience», a écrit en avril, dans les pages du New York Times, le généticien allemand Svante Pääbo, le pionnier du décodage du génome du Néandertalien. Sa lettre avait justement pour but de prévenir toute idée de la sorte. «Dans une société civilisée, nous ne créerions jamais un être humain dans le but de satisfaire la curiosité scientifique.»

Même pour les animaux, y compris un mythique mammouth, la question éthique sera tôt ou tard posée. Dans une réflexion parue en mars 2014 dans la revue PLoS Biology, les sociologues des sciences Carrie Friese et Claire Marris énuméraient les questions non résolues: quels intérêts, humains et environnementaux, sont servis en faisant renaître une espèce disparue? Quel sera l’état de santé de ces animaux? Et si ça marche, où vivront-ils?

À cette dernière question toutefois, les amateurs du Monde jurassique ont déjà la réponse: sur une île du Pacifique. Ne reste qu’à trouver un milliardaire...

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Portrait de asp

[ Ajout 19 juin ] Coïncidence, vient justement de paraître un livre, Comment cloner un mammouth, sur les avancées qui rendraient possible la désextinction, ainsi que les périls. Entrevue avec l'auteure, Beth Shapiro.