L’Organisation mondiale de la santé a beau appeler les pays à réduire l’apport en sucre chez l’adulte et l’enfant et l’Organisation de coopération et de développement économique nous renvoyer des statistiques sur l’obésité peu glorieuses, rien n’y fait. La prévention de l’obésité ne passera pas par la seule volonté des individus.

Elle exige aussi des politiques publiques audacieuses à la manière de la taxe sur les boissons sucrées mise en place le 1er janvier 2014 au Mexique.

Une étude conjointe de l’Institut national de santé publique du Mexique et de l’Université de Caroline du Nord montre que cette taxe nationale —une augmentation de 10% du coût d’un litre de soda— a permis de diminuer en 2014 les achats de boissons sucrées de 6% en moyenne. Une réduction impressionnante, quand on sait que les fabricants de boissons gazeuses ont mené une campagne d’opposition agressive sur le terrain et que la taxe reste modeste.

Selon les chercheurs, une taxe de 20%, comme celle mise de l'avant à l'automne 2014 par la ville de Berkeley en Californie, serait idéale pour couper les racines de l’obésité et de maladies chroniques comme le diabète. Néanmoins, le modèle mexicain est incomparable: la taxe est nationale et s’applique à toutes les couches sociales du pays. Ce n’est pas le cas de l’opulente Berkeley où la taxe reste appliquée localement. Rien de plus facile pour un habitant américain d’aller s’approvisionner en sodas bon marché dans les villes voisines de San Francisco et Oakland.

Dans sa première année d’implantation, la taxe a touché les communautés défavorisées mexicaines, principales victimes de l’obésité, du diabète et des maladies cardiovasculaires. En 2014, les achats de boissons sucrées ont chuté de 9%. De quoi réduire le fardeau des coûts de santé de ces populations pauvres.

De l’eau potable ou bien?

L’étude de l’Université de Caroline du Nord offre aussi une piste de réponse à la question suivante : que boivent les Mexicains à la place des boissons sucrées? De l’eau embouteillée. Les achats ont augmenté de 4% dans ce pays où l’accès à de l’eau potable est rare. De quoi apporter de l’eau au moulin à ceux qui voudraient utiliser les revenus de la taxe pour financer l’accès à l’eau aux Mexicains.

Même si la taxe «soda» ne peut contrer à elle seule l’épidémie d’obésité et de diabète du pays, l’idée de la doubler et de détaxer dans le même temps l’eau embouteillée —même prix qu’une liqueur actuellement— pourrait s’avérer un pari gagnant. Les États-Unis suivent l’aventure mexicaine de près, mais pourront-ils implanter un tel modèle à l’échelle nationale?