Pour convaincre un conservateur de s’intéresser aux changements climatiques, utilisez la nostalgie. Dans une série d’expériences menées à l’Université de Cologne, les gens les plus à droite ont en effet été davantage séduits par le passé que par l’avenir.

Plus spécifiquement, ceux qui se décrivent comme plus conservateurs — et qui votent pour les partis de droite — seraient davantage enclins à donner des sous à une cause environnementale qui se donne pour mission de « redonner à la planète sa santé d’hier » qu’à un groupe désireux de « prévenir de futures dégradations de l’environnement ».

Cette recherche auprès de 1600 personnes, publiée récemment dans la revue PNAS, s’inscrit dans un courant alliant psychologie et sciences de l’environnement où, ces dernières années, d’autres chercheurs sont arrivés à des résultats similaires : par exemple, en 2012, des photos d’un même endroit prises à 20 ans d’intervalle, la plus ancienne photo montrant des cheminées d’usine polluantes, avaient davantage poussé des gens d’allégeance conservatrice à appuyer des mesures de protection de l’eau ou de l’air. Les chercheurs californiens avaient là aussi conclu que la motivation à agir était plus forte si ces gens sentaient le besoin de protéger « la pureté de l’environnement », plutôt que si on leur parlait de moralité ou de leurs petits-enfants.

Le groupe de Daniel Kahan à l’Université Yale, souvent cité dès que cette question est abordée, parle dans ce cas de « cognition culturelle » : c’est la tendance que nous aurions tous à ajuster nos perceptions avec les valeurs morales que nous partageons avec notre groupe.

Les individus sont psychologiquement prédisposés à croire que le comportement qu’eux et leurs pairs jugent honorable est bénéfique à la société.

Ce courant de recherche suit en parallèle une autre piste : comment vulgariser la science des changements climatiques ? Attendu qu’on sait maintenant que de bombarder de données factuelles un climatosceptique ne le fera pas changer d’idée, comment établir un dialogue avec lui ? Pour les psychologues Michael Matthew Baldwin et Joris Lammers, auteurs de l’étude récente, axer le message sur le futur conduit à rater la cible. « Paradoxalement, c’est le passé qui peut être critique pour sauver le futur », écrivent-ils.