Et si le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat était la meilleure chose qui pouvait arriver… à l’Accord de Paris ? La Maison-Blanche aurait en effet pu faire pire que de le quitter : elle aurait pu rester liée à l’Accord, mais le saboter de l’intérieur.

Le scénario n’est pas irréaliste, considérant le nombre élevé de climatosceptiques placés à des postes-clefs de l’administration américaine et qui n’ont eu de cesse de dénigrer, ces derniers mois, les politiques de réduction des gaz à effet de serre (GES) ou les budgets investis dans les recherches sur le climat. Certes, il y a le risque qu’un retrait des États-Unis incite d’autres pays à faire de même. Mais la majorité des pays de la planète reconnaissent ouvertement la menace des changements climatiques. Et le plus gros pollueur du monde, la Chine, a profité de toutes les tribunes depuis l’élection de Trump pour réitérer son engagement envers sa propre politique de réduction des GES. La Chine est en fait souvent présentée par les experts comme celle qui bénéficierait le plus d’un retrait américain, tant cela lui permettrait de devenir un chef de file mondial de la production des technologies vertes.

Il n’y a de toute façon aucune raison rationnelle de se retirer de l’Accord de Paris : c’est un accord non contraignant. Ce qui signifie que les engagements de réduction des GES pris par différents pays (147 jusqu’à maintenant) n’auront aucune conséquence négative pour ces pays s’ils n’atteignent pas leurs cibles.

Et ce n’est pas comme si c’était une question partisane. Selon une enquête de l’Université Yale réalisée en novembre dernier, 7 Américains sur 10 préféreraient que leur pays demeure dans l’Accord de Paris. Même la moitié de ceux qui ont voté pour Trump (47 %) sont pour.

Ces derniers mois, des gens d’affaires, des compagnies, et jusqu’aux géants du pétrole Exxon, Chevron et Shell, ont exhorté le gouvernement américain à ne pas laisser tomber l’accord, pour des raisons autant politiques qu’économiques.

L’Accord de Paris a été signé en décembre 2015 par 197 pays, au terme de la 21e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21). Seulement trois pays ont refusé de signer : le Nicaragua, qui considérait que l’accord n’allait pas assez loin, la Syrie et la Corée du Nord.

    Ajouts 1er juin, 22h30 :

    • Les 115 fois où Donald Trump a tweeté son incompréhension des changements climatiques depuis 2011 (compilation réalisée par Vox)
    • Éditorial du New York Times : « What Trump’s climate decision says to the world : America cares little about science, its allies and the planet »
    • Réactions de climatologues et d’environnementaliste recueillies par BuzzFeed
    • Réactions de scientifiques recueillies par Nature

    Ajouts 2 juin, 11h30 :

    • 30 maires, trois gouverneurs et une centaine de chefs d’entreprise sont en train de former une coalition pour soumettre aux Nations Unies leur propre promesse commune de réduction des gaz à effet de serre (New York Times)
    • Pittsburgh, ancienne ville de l'acier, jadis une des villes les plus polluées des États-Unis, était la mauvaise métaphore à utiliser par Trump (New York Times)
    • Le journaliste de CNN s’étonne que le discours de Trump ait mis les changements climatiques à la Une de tous les médias « pour une rare fois ». Sauf que le problème est justement là : si on en avait parlé davantage et si on avait embauché davantage de journalistes scientifiques…

    Ajout 2 juin, 22h30

    Ajout 3 juin, 11h

    Ajout 5 juin, 17h

    Ajout 7 juin, 16h

    • Quels sont les États américains qui ont progressé le plus vite en matière d'énergies renouvelables? Pas ceux auxquels vous pensez. (New York Times)
    • Les maires de Pittsburgh et Paris signent une lettre commune dans le New York Times.