Un astéroïde a « frôlé la Terre » le 15 avril dernier, comme l’ont titré plusieurs médias francophones. Avons-nous échappé à la « fin du monde » comme l’ont ajouté certains médias anglophones adeptes de pièges à clics ? La mise au point du Détecteur de rumeurs.

1) Pour un astronome, qui calcule toujours en millions, voire en milliards de kilomètres, c’était effectivement proche : l’astéroïde 2018 GE3 est passé plus près de nous que ne l’est la Lune. Mais dans les faits, il restait encore une marge de manoeuvre : à son point le plus rapproché, dans la nuit du 14 au 15 avril, l’astéroïde est passé à 192 317 km de la Terre (la Lune tourne à environ 400 000 km de la Terre). Mais quelques heures plus tard, il est passé encore plus près de la Lune — si bien que la manchette aurait aussi pu se lire « un astéroïde a frôlé la Lune ».  

2)  L’astéroïde 2018 GE3 est dit « de taille moyenne » en raison de son diamètre, estimé entre 48 et 110 mètres. Il était donc au moins trois fois plus gros que le météore (le nom que prend un astéroïde une fois qu’il a franchi l’atmosphère terrestre) tombé en Russie le 15 février 2013, près de la ville de Tcheliabinsk. On estime que le diamètre de ce dernier faisait de 15 à 17 mètres avant qu’il ne se désintègre dans l’atmosphère. L’onde de choc — l’équivalent d’un avion passant le mur du son — a fracassé des milliers de fenêtres et a fait s’écrouler un toit, provoquant plusieurs blessés (surtout à cause du verre brisé), mais aucun mort. On peut donc imaginer qu’un objet trois fois plus gros aurait fait plus de dégâts, mais de là à prédire la fin du monde, ou même celle de notre civilisation, il y a un grand pas !

Rappelons aussi que les trois quarts de la planète sont recouverts par les océans et qu’une partie des continents sont largement inhabités (l’Antarctique, le Sahara, la Sibérie, le Grand Nord canadien, etc.).

3)  Et si la vraie nouvelle était ailleurs ? Comme l’ont noté plusieurs médias, l’inquiétude des astronomes face à un risque de collision cosmique n’est pas tant le fait que cet astéroïde soit passé « près » de la Terre, mais plutôt le fait qu’il n’avait pas été repéré à l’avance. La première détection n’a été réalisée que le 11 avril, par le programme Catalina Sky Survey, en Arizona, voué spécifiquement à découvrir les astéroïdes dits « géocroiseurs » — c’est-à-dire ceux que leur orbite peut amener à croiser celle de la Terre.

Se pourrait-il qu’il y en ait beaucoup comme celui-là qui aient échappé à toute détection ? C’est le message qu’ont voulu passer des chercheurs qui, en 2014, ont choisi d’éplucher les données du… Traité de non-prolifération des armes nucléaires. Il faut savoir qu’un des outils derrière ce Traité signé en 1968 est un réseau international d’instruments capables de détecter la signature d’une explosion nucléaire clandestine. Or, ces données révèlent, entre 2000 et 2013, pas moins de 26 « explosions » d’une puissance variant entre 1 et 600 kilotonnes. Et puisqu’aucune des 26 n’a été causée par une bombe atomique, le candidat le plus probable reste un objet venu de l’espace qui a explosé dans l’atmosphère ou a percuté le sol… ou l’eau.