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Discutez avec nos experts ! - Hélène Gaonac’h, volcanologue (1 de 3)

Actualités, le 30 avril 2010, 9h48

Avec la récente éruption de l'Eyjafjallajökull, nous nous sommes dit qu'il s'agissait d'un excellent moment pour faire un petit survol de nos connaissances en volcanologie avec une volcanologue... québécoise !

En effet, Hélène Gaonac’h Hélène Gaonac’h est volcanologue et chercheuse au Centre de recherche en géochimie et géodynamique (GEOTOP: www.geotop.ca). En plus de ses travaux scientifiques universitaires, elle communique sa science et sa passion des volcans aux enfants, avec le personnage de Vicki Volka, dont nous pouvons suivre les péripéties dans le livre Volcans et crème glacée à l’italienne, s’il vous plaît !, paru aux Éditions MultiMondes. Elle organise également des camps de jour scientifiques au GEOTOP sur les volcans, sur l'histoire de la Terre.

Nous vous invitons à lui poser vos questions, auxquelles elle répondra pour la prochaine semaine.

Crédits: Hélène Gaonac'h, 2008.
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Crédits: Hélène Gaonac'h, 2008. Discutez avec nos experts ! - Hélène Gaonac’h, volcanologue (1 de 3)

Les volcans d'Islande (1 de 3)

Fin avril 2010 : le volcan islandais Eyjafjallajökull – aussi connu sous le nom de Eyjafjöll - ne semble pas avoir terminé son activité, même si son panache volcanique montre des signes de faiblesse depuis le 18 avril dernier. Les scientifiques ne savent pas s'il restera en activité pour quelques semaines, quelques mois ou quelques années encore. En effet, la dernière fois que l’Eyjafjallajökull fut en éruption, en 1821, il le resta avec des hauts et des bas pendant plus d'une année, soit de décembre 1821 jusqu’à janvier 1823. Les dernières éruptions du Eyjafjallajökull avaient également déclenché l'éveil de son voisin plus gros, le Katla, laissant les volcanologues penser que les deux volcans sont reliés souterrainement par « plomberie interne ». Ils ont donc un œil sur ce dernier…

Mais pourquoi trouve-t-on des volcans si proches les uns des autres en Islande, vous demandez-vous ? Simplement parce que l'île elle-même est volcanique !

Située au nord de l'océan Atlantique, entre le Groenland et l'Écosse, elle se retrouve sur la dorsale médio-atlantique, une ouverture du plancher océanique qui serpente sur plusieurs milliers de kilomètres à quelques kilomètres sous la surface, au fond de l'océan. À l'ouest de la fissure, la plaque nord américaine s'écarte vers l'ouest et à l'est de la fissure, la plaque eurasienne se déplace vers l'est à des vitesses de quelques centimètres par an ; l’île islandaise elle-même correspond à l'émergence au dessus du niveau de la mer de cette dorsale.

Cette « remontée » de la dorsale est causée par un phénomène géologique additionnel ici : la présence d'un « point chaud », une anomalie thermique située dans le manteau terrestre sous l'Islande, qui laisse remonter encore plus de magma à la surface. Cette convergence d'activité magmatique rend l'île volcanique très régulièrement active. Savez-vous que vous pouvez vous retrouver géologiquement soit sur la plaque américaine soit sur la plaque eurasienne selon l'endroit où vous êtes sur l'île ?

Le paysage de l'Islande est impressionnant, même pour une volcanologue ! Par exemple, si vous êtes déjà allé en Sicile, avez-vous monté le Mont Etna, son attraction volcanique par excellence ? Allez en Islande, vous serez autrement surpris par le foisonnement de volcans visibles : vous trouverez un volcan, puis un autre et un autre… une topographie complètement chaotique.

Typiquement un volcan est dessiné avec un sommet plus ou moins pointu. En Islande, vous découvrirez également des volcans dont le sommet est plat: en effet l'épaisseur de glace sous laquelle un volcan peut se former va modifier sa morphologie de telle sorte qu'il aboutit à une table mountain volcano ou tuya : un sommet quasi-horizontal et des flancs très raides. Mais les nombreux volcans qui parsèment l'île volcanique sont en majorité des stratovolcans avec une forme plus classique pointue, formant des successions de stratovolcans.

Ce fut mon expérience en montant le volcan Hekla situé vers le SE de Reykjavik : une enfilade de volcans ! En fait, toutes sortes de volcans et de roches volcaniques ou magmatiques se retrouvent en Islande.

C'est un des rares endroit sur Terre qui montre la force de la Nature et la petitesse de l'être humain qui la regarde.

Et vous ? Qu’est-ce qui vous impressionne le plus de l’Islande ?

Cliquez ici pour lire son deuxième billet : Un volcan est toujours en évolution (2 de 3)
Cliquez ici pour lire son troisième billet : Une histoire de poule et d'oeuf ? (3 de 3)

18 commentaires

Portrait de MarieLN

Bonjour Hélène,
En lisant une de tes réponses, je me suis souvenue ce qu'un géologue m'avait un jour raconté en ce qui concerne la couverture de glace en Islande et la formation de volcans. Si mon souvenir est bon, il m'avait dit que si un volcan se formait ou entrait en éruption sous la glace, les conséquences seraient absolument désastreuses et qu'à cause du mouvement de la faille que tu mentionnes, ce genre de situation serait nettement plus à risque qu'à la normale. Est-ce exact et si ce l'est pourrais-tu apporter plus de précision sur le sujet? Merci beaucoup!

Portrait de HGaonach

La question du risque est à distinguer de celle du danger. Un volcan sous glace ou non représentera un grand risque principalement s'il se trouve à côté d'une grande population ou d'infrastructures...ou pas très loin de couloirs aériens. Par exemple le "Popo" (Popocatepetl) est situé juste à côté de la ville de Mexico et il est bien étudié! Les volcans en Islande ou le volcan Villarica au Chili représentent moins de risque étant donné les densités plus faibles de population (mais bien sûr il est important d'aider les populations locales). Ce que font les volcanologues lorsqu'ils étudient les risques d'un volcan est qu'ils identifient tout d'abord les dangers (coulées de lave, coulées de boue, panaches de centres, explosions, effondrement, déversement de l'eau du cratère...) puis ils créent des cartes de risques volcaniques qui montrent les conséquences de ces dangers sur l'environnement sociétal autour, les limites avec différents degrés de risques. Mais il est certain que lorsque l'on parle de la 3e dimension (en vertical), la situation est encore plus difficile. Nous avons pu voir que la météo était importante pour les risques encourus dernièrement suite à l'éruption islandaise.

Portrait de forestine5

Bonjour!

Est-ce que le réchauffement et les bouleversements climatiques ont un impact sur l'activité des volcans???

Portrait de HGaonach

Il semblerait que oui. Je pense préparer mon 3e billet sur le sujet. Qui dit réchauffement implique fonte des glaces et donc diminution de la compression des magmas. Je ne suis pas une spécialiste de ce sujet -ci donc je vous reviens dans quelques jours là-dessus. Bonne journée, Hélène

Portrait de Bibi

Est-il commun de trouver des collaborations de recherche entre volcanologues et archéologues (palynologues et zooarchéoloques) sur des sites de fouilles d'anciens habitats ayant disparu sous des irruptions volcaniques ? Est-ce que le volcanologue, par défaut, tend à se spécialiser uniquement dans l'étude de volcans et d'irruptions en présente activité? Merci

Portrait de HGaonach

Bonjour,
lorsque je fais des visites dans des classes de jeunes, je leur indique toujours que travailler en volcanologie requiert des spécialistes très différents qui collaborent ensuite ou non ensemble. Tu peux être géologue mais aussi chimiste (travail sur les panaches volcaniques), physicien, mathématicien, biologiste (reconquête d'une zone dévastée par une éruption - typiquement Mt St Helens, aux USA), médecin (problème de santé des populations vivant près des volcans), etc. Donc oui beaucoup de spécialistes travaillent ensemble. Archéologues? il suffit de penser à Pompéi. Donc les volcans une porte à ouvrir sur des tonnes de travaux différents en science, en communication, en arts, etc.
Hélène

Portrait de Marise Murphy

Quand peut-on affirmer qu’un volcan est définitivement mort? Quels sont les critères ou les signes? A-t-on déjà assisté à une « ressuscitation » d’un volcan qu’on croyait mort?

Portrait de HGaonach

Une bonne question où parfois même les volcanologues se font prendre! On considère les volcans actifs, les dormants, les endormis. Mais où se situent les frontières? Souvent c'est sur la base des écrits historiques, des faits que l'on interprète si un volcan est endormi ou éteint. Or un volcan peut ne pas présenter d'activité pendant des centaines, des milliers d'années et soudain se réveiller. Certains volcans sont très suivis mais d'autres beaucoup moins. Il suffit de penser que la majorité des volcans se trouvent au fond de l'océan. Et nous ne savons pas grand chose de leur activité. Hélène

Portrait de nadia

Comment est organisée la recherche autour des volcans? Chaque volcan est étudié par un groupe de chercheurs? Ou des équipes internationales étudient les phénomènes communs aux volcans? Et je me demande... êtes-vous la seule volcanologue au Québec? À la fois impressionnant... et étonnant ;-)!

Portrait de HGaonach

C'est une question compliquée! Certains chercheurs se spécialisent sur quelques volcans. Par exemple il est facile de comprendre que les Mexicains s'intéressent surtout à leurs volcans! Par contre dans d'autres pays, les recherches se poursuivent sur des thèmes, des spécialisations (géochimies, physique des volcans, etc). Alors ces derniers vont étudier de manière plus théorique ou expérimentale des volcans distribués sur l'ensemble de la Terre. Mais les collaborations sont fréquentes entre chercheurs de pays différents, des équipes internationales se forment pour aller chercher un soutien financier. Des équipes aussi se concurrencent! Tout ce beau monde se retrouve ensuite dans des congrès à présenter dans des sessions spéciales. Il n'y a pas beaucoup de volcanologues au Québec. Quelques uns. Certains collègues sont également "pétrologues ignés" c'est à dire qu'ils étudient les roches d'origine magmatique mais pas forcément très récentes.

Portrait de Antoine Bouchard

Les volcans en Islande ou sur l'équateur sont-ils différents? Et les glaciers, ils ont une influence?

Portrait de HGaonach

Chaque volcan est différent d'un autre. Donc je ne suis pas certaine de comprendre la question. Les volcans d'Islande ont de particulier qu'ils cumulent des sources de "point chaud" et de "dorsale océanique". Il est certain qu'un volcan qui s'est formé par un magma qui a traversé un continent donnera une activité différente (plus explosive). Les glaciers ont une certaine influence lorsque le volcan cherche à se former en dessous. Eau et magma ou glace et magma ne font pas bon ménage. C'est une des raisons que l'on retrouve les volcans en forme de "table" en Islande. Mais ce n'est pas le seul endroit au monde. Les coulées de lave forment des surfaces et morphologies encore bien différentes par exemple dans les océans (coulées en coussin). Donc la forme de coulées, de volcans est dépendante de plusieurs facteurs, y compris des conditions environnantes. Je ne sais pas si cela répond à la question. Hélène

Portrait de jfauger

Est-ce que quelquefois vous rencontrez des gens dont les positions, sur l’histoire de la terre en général et celle des volcans en particulier, ressemble, en tout point ou seulement en partie, à la théorie du catastrophisme ? On a parlé beaucoup des positions des créationnistes et des partisans de design intelligent en biologie. Je me demande ce qu’il en est en géologie.

Portrait de HGaonach

Il y en a probablement côté géologie aussi mais je n'en ai pas rencontré moi-même. Il est difficile d'accepter ces théories lorsque l'on regarde de près l'histoire de la Terre (les faits). Je me souviens avoir vu des étudiants dans une classe qui commençait comme moi des études universitaires. Ils ne sont pas restés longtemps. Trop de conflits intellectuels j'imagine pour eux. Mais en paléontologie, il existe des livres même pour jeunes qui utilisent des théories créationnistes et al. Il faut être vigilant et surtout argumenter de manière objective et calme selon moi. J'ai entendu dire que les évolutionnistes perdent souvent la face dans les débats qui sont en général passionnés, car ils argument de manière trop théorique sans se mettre au niveau du public. On peut toujours avoir raison mais ne pas bien l'expliquer. La vulgarisation demande d'aller comprendre le point de départ de l'autre personne et de l'attirer vers ce que l'on chercher à défendre. C'est en tout cas mon point de vue.

Portrait de jmc

Est-ce qu'un volcan en éruption peut dégager de la radioactivité ?

Portrait de HGaonach

Un volcan en éruption dégage beaucoup de chaleur et les radiations émises vont de l'infrarouge thermique au visible. En étant proche, il est possible de se brûler dans même toucher la lave. Qui dit radioactivité dit élément chimique radioactif qui se désintègrerait instantanément comme dans une centrale. Non pas d'Uranium enrichi au point de produire cela. Les principaux dangers sont les effondrements, les feux, les brûlures, les intoxications aux gaz...et tomber dedans!

Portrait de nguimond

Bonjour! Ma question est d'ordre pratique: quel type d'équipement les volcanologues revêtent-ils à l'approche d'un volcan en activité? J'imagine que vous portez des vêtements ignifuges, des bottes spéciales, un respirateur, ce genre de choses? Jusqu'à quelle température est-il possible de "fonctionner"?

Portrait de HGaonach

Les meilleurs conseils que je donne sont toujours de 1) aller sur un volcan en activité avec des collègues volcanologues ou guides qui connaissent bien ce volcan. Un volcan a toujours ses spécificités, des crevasses, des fractures, ces tubes, etc. Une personne locale apportera beaucoup de bons conseils. 2) penser que lorsque l'on va sur un volcan, il faut en général monter en altitude. Donc il faut être prêt à subir les effets d'altitude. Selon la localisation du volcan, il faut s'attendre à ce qu'il se trouve dans une zone chaude et aride ou bien froide et sèche. Donc l'habillement est important, apporter de l'eau. 3) Des gants, des pantalons pour éviter de se blesser sur les coulées de lave. 4) Des masques simples ou plus complexes pour filtrer les gaz volcaniques qui peuvent être très toxiques. Si l'on s'approche de coulées de lave actives, de champs de lave ou de lac de lave, avoir une combinaison, un casque qui protège des radiations émises sera bien. Mais il ne faut pas tomber dedans! Les volcans explosifs sont quant à eux particulièrement dangereux avec leurs retombées de petites ...ou très grandes tailles. Un casque ne protègera que partiellement si la bombe volcanique fait au moins 1 mètre de diamètre. Toujours avoir l'oeil vif et ne pas s'aventurer trop proche si l'on ne connait pas le volcan.