Discutez avec nos experts ! - Hélène Gaonac’h, volcanologue (3 de 3)
Avec la récente éruption de l'Eyjafjallajökull, nous nous sommes dit qu'il s'agissait d'un excellent moment pour faire un petit survol de nos connaissances en volcanologie avec une volcanologue... québécoise !
Vous avec sous les yeux le troisième et dernier billet de notre volcanologue invitée. Vous avez des interrogations? Des remarques? Des éclaircissement à demander? C'est le moment! Nous vous invitons à lui poser vos questions, auxquelles elle répondra pour la prochaine semaine.
Une histoire de poule et d'oeuf ? (3 de 3)
L'éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull a provoqué plusieurs « ondes de choc » vis-à-vis du public. Le milieu scientifique est pressé de dévoiler des pronostics pour les prochains jours, les prochaines heures. Le volcan est-il en train de se calmer ? L'activité sismique est toujours présente, le volcan semblerait se gonfler à nouveau (évidence que du magma remonte à la surface), le panache volcanique se densifie de nouveau par ses cendres. Les volcanologues surveillent mais peinent à comprendre ce qui s'en vient.
Cependant, ils recueillent des données, font des simulations, proposent des modèles pour tenter de mieux comprendre cette partie de la Terre qui s'ouvre tout en étant le siège d'une remontée de magma. S'ils sont d'accord que cette éruption n'est pas très importante par rapport à d'autres éruptions comme celle du voisin Laki (en 1783), certains proposent de nouvelles hypothèses qui font réagir d'autres ou les laissent septiques.
Des études publiées récemment par des volcanologues islandais et britannique proposent en effet, sur la base d'observations et de modèles, que les changements climatiques actuels pourraient affecter - dans un avenir portant sur les dizaines ou les centaines années à venir - la fréquence et l'intensité des éruptions en Islande. Il faudrait ainsi s'attendre à observer davantage de cas d'éruptions volcaniques. Qui dit éruption en Islande dit éruption sub-glaciaire et donc potentiel d'avoir des nuages volcaniques de cendres qui perturberaient la circulation aérienne.
Mais sur quels indices se basent-ils ?
Ils auraient remarqué qu'à la fin de la dernière grande période glaciaire, il y a environ 10 000 ans, la fréquence des éruptions volcaniques en Islande se serait accrue. D'où l'idée de relier diminution du couvert des glaciers qui font pression sur les systèmes magmatiques sous-jacents avec un relâchement de type rebond « crustal », qui favoriserait une remontée plus facile du magma. Les scientifiques ont remarqué que le grand glacier islandais, le Vatnajökull a perdu beaucoup de glace depuis 1890. Sa diminution d'épaisseur et de masse de glace pourrait être assez significative pour affecter sur le long terme, l'activité magmatique des volcans qui se trouvent en dessous. Ces mêmes scientifiques ont par contre indiqué que le glacier qui « chapeaute » l'Eyjafjallajökull n'est pas assez imposant pour affecter son activité magmatique.
Leurs collègues restent prudents sur ces hypothèses et théories. Certains pensent que par exemple les volcans en Alaska ne se retrouvent sous un couvert de glace assez important pour être affectés par les glaciers. Mais de manière générale, les volcanologues souhaitent que davantage de recherche soit faite dans ce domaine pour mieux comprendre de manière quantitative l'effet des changements climatiques sur l'activité volcanique... et celle de l'activité volcanique sur les changements climatiques.
Hélène Gaonac’h est volcanologue et chercheuse au Centre de recherche en géochimie et géodynamique (GEOTOP: www.geotop.ca). En plus de ses travaux scientifiques universitaires, elle communique sa science et sa passion des volcans aux enfants, avec le personnage de Vicki Volka, dont nous pouvons suivre les péripéties dans le livre Volcans et crème glacée à l’italienne, s’il vous plaît !, paru aux Éditions MultiMondes. Elle organise également des camps de jour scientifiques au GEOTOP sur les volcans, sur l'histoire de la Terre.
Cliquez ici pour lire son premier billet : Les volcans d'Islande (1 de 3)
Cliquez ici pour lire son deuxième billet : Un volcan est toujours en évolution (2 de 3)
10 commentaires
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par Hélène Gaonac'h
il y a 2 années
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Un volcan est plus explosif si son magma est plus riche en silice et contient plus de gaz dissous. Le magma est alors plus visqueux et le gaz a de la difficulté à s'échapper. C'est l'image du fluide qui forme un bouchon. Lorsque le gaz devient suffisamment important, la pression provoque le bris du bouchon et le volcan explose. Vous comprendrez que les volcans effusifs eux ont un magma moins visqueux qui laisse s'échapper les gaz qui sont là en moins grande quantité. Les magmas plus riches en silice se retrouvent aux endroits où ils ont pu traverser la croûte continentale (elle même riche en silice), comme par exemple le long de la bordure ouest du Chili (ou la ceinture de feu). Hélène |
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par Pascal Lapointe
il y a 2 années
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Notre incapacité à prédire les soubresauts d'un volcan est-elle liée à notre ignorance de ce qui se passe dans les profondeurs de la terre, au-delà de quelques dizaines ou centaines de kilomètres? Je sais que la technologie des "sondages sismiques" a beaucoup progressé, mais on a parfois l'impression qu'on ne fait que "effleurer la surface", si vous me pardonnez ce jeu de mots. Est-ce une façon trop étroite de voir les choses? |
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par Hélène Gaonac'h
il y a 2 années
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Pas du tout, c'est la réalité. Je compare souvent le volcanologue au médecin qui aurait son stétoscope. Essayer de comprendre ce qui se passe dedans à partir des symptômes extérieurs. C'est simpliste mais en partie vrai, selon moi. Il est vrai que selon les volcans, les scientifiques comprennent plus ou moins bien l'activité volcanique (par ex Kilauea est relativement bien suivi), mais il reste que les informations sont en général indirectes (par exemple étude de la déformation d'un volcan pour en déduire l'arrivée de nouveau magma) et les prévisions ne sont pas plus faciles à faire qu'en météorologie. Nous avons là une science qui avance mais qui a encore beaucoup à apprendre. Et nous ne pourrons jamais avoir un accès direct à ce qui se passe à l'intérieur d'un magma. Regardez Yellowstone: statistiques, séismes, gonflement, les scientifiques suivent mais pourront-ils dire comment la zone active évoluera dans les prochaines années? Restons dans les probabilités en fonction des données, modèles et observations qui sont de plus en plus nombreux mais restons humbles. Lors de la dernière "crise" du volcan Mt St Helens en 2004, les scientifiques étaient incapables de prévoir l'intensité de l'activité. C'est bon signe: il reste encore du travail pour les jeunes scientifiques! Hélène |
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par Sandrine Hébert
il y a 2 années
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Je me demandais : est-ce que vous êtes beaucoups de volcanologues au Québec ? |
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par Hélène Gaonac'h
il y a 2 années
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Je crois que j'ai déjà répondu à cette question dans un billet précédent. Volcanologue au sens strict: 2-3 au Québec. Pétrologues des roches ignées c.a.d. spécialiste qui étudient les roches d'origine magmatique actuelles ou anciennes, plus nombreux: peut-être une 50 aine. Je ne sais pas au juste. Certains travaillent dans les départements de géologie, d'autres dans les départements de génie géologique, certains sont plus orientés vers la recherche fondamentale, d'autre la recherche appliquée (ex., exploration). Ce qui est certain est que ces départements sont petits en général par rapport à d"autres départements. Hélène |
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par Sandrine Hébert
il y a 2 années
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qu'est-ce que vous avez suivie comme formation pour faire votre travail? |
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par Hélène Gaonac'h
il y a 2 années
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J'ai personnellement suivi une formation en géologie-géochimie puis volcanologie physique pour un PhD. Mais les volcanologues peuvent suivre différents parcours: chimie, maths, physique. La communauté est très large et beaucoup de formation peuvent mener à du travail en volcanologie. Hélène |
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par Siméon
il y a 2 années
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Je souhaiterais savoir quel pourrait être le VEI du volcan islandais. Et comment calcule-t-on le VEI ? Est-ce par rapport aux dégâts causés et la quantité de matières volcaniques projetées par le volcan ? |
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par Hélène Gaonac'h
il y a 2 années
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Un VEI peut changer en cours d'éruption. Depuis le début de l'éruption en Islande, le VEI a été estimé entre 2 et 3 dépendamment de son degré d'explosivité. Les volcanologues estiment cet indice tout d'abord sur la base de la hauteur de la colonne de cendres, gaz et vapeur d'eau. Ils estiment aussi la quantité (volume) de matériel qui sort du volcan. Pour un indice VEI de 2, le panache volcanique monte jusqu'à 5 km de haut et émet plus de 1 000 000 m3 de matériel. L'indice VEI passe à 3 lorsque la colonne volcanique monte au delà, jusqu'à 15km au dessus du volcan et expulse plus de 10 000 000 m3 de matériel. C. Newhall et S. Self sont ceux qui ont publié en 1982 cette classification (dans le journal JGR). |
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Il y a une question que je me suis posée plusieurs fois au sujet des volcans : Pourquoi certains sont "explosifs", et d'autres "effusifs" ?
Pouvez-vous m'éclairer sur ce point ? Merci. :-).