Des dizaines de citoyens à l’allure fière. Une ligne de carrées rouges. Réelle haie d’honneur pour accueillir le Premier Ministre du Québec. Le mouvement social de la province a suivi Mr. Charest jusque dans les couloirs du Rio Centro, centre de conférence du Somment de la Terre Rio+20 au Brésil.

Rio+20 prend vie 20 ans après le premier Sommet de la Terre qui eut aussi lieu à Rio de Janeiro en 1992. Cette conférence des Nations-Unies sur le développement durable est une de rencontres internationales les plus importantes dans l’histoire. Rassemblant plus de 50 000 délégués, elle réunit représentants des gouvernements, négociateurs, ministres, représentants d’ONG et autres groupes de la société civile. Parmi les objectifs de Rio+20, réaffirmer l’engagement des pays envers le développement durable établi en 1992. Il s’agit également de mesurer les progrès effectués au cours des 20 dernières années et d’identifier les nouveaux enjeux qui n’étaient pas source de préoccupations à l’époque. Les pays se rassemblent pour adopter un nouvel accord international sur le développement durable. Les thématiques principales? L’économie verte pour l’éradication de la pauvreté, la meilleure intégration des piliers du développement durable dans les systèmes de gouvernance et les enjeux émergeants. Que ressortirons-nous de cet accord? Des Objectifs du Développement Durable (imitant les principes des Objectifs du Millénaire), une Organisation mondiale de l’environnement, une réforme des paradigmes de l’économie mondiale actuelle? A suivre.

Alors que les négociations pour chacun des articles de ce nouvel accord se déroulent dans des dizaines de salles simultanément, une série d’événements parallèles sont organisés - éducation, promotion, visibilité, networking, lobbying, nouveaux partenariats, alouette! L’accent québécois n’est plus la seule façon de reconnaître nos comparses québécois dans le brouhaha de la conférence : les boutonnières de carrées rouges et de carrés noirs sont à la mode. Mais hier, ils n’étaient seulement porté pour rappeler la crise étudiante ou la loi 78, mais bien pour remettre les pendules à l’heure pour la communauté internationale en ce qui a trait au Plan Nord. Mr. Charest était présentateur hier d’un événement parallèle à ce sujet.

Le chef de gouvernement a présenté le Plan Nord à cette conférence sur le développement durable comme un modèle exemplaire dont tous devraient s’inspirer. Comme il l’a dit lui-même, « le Québec est le numéro un en matière de conservation. Le Québec renferme un des plus grands espaces naturels au monde. » Effectivement, mais il n’en sera peut-être pas ainsi encore longtemps. Pour toutes les personnes étrangères à cet enjeu du grand nord québécois, les paroles prononcées m’auraient semblé épiques et inspirantes. Mais comme l’a si bien dit un représentant de la Nouvelle-Calédonie « nul n’est prophète en son propre pays. »

En effet, la population québéoise n’est pas si dupe et sait que cette bannière de conservation donne une belle image à tous les projets d’exploitations du territoire. Il ne s’agit de s’opposer entièrement à ces projets de minières. En effet, qui est prêt avait se départir de tous ces appareils électroniques qui dépendent de minerais spécifiques. Mais si ces projets étaient du moins réellement issus d’une optique durable et développés en concertation étroite avec les peuples autochtones. Malheureusement, aucun représentant des premières nations n’était présent à l’événement pour partager leur perspective.

Une vidéo de la promotion des espaces naturels dans le nord québécois a été diffusée, elle complémente bien l’article du NY Times du 2 mai dernier qui décrivait comme ce projet de conservation comme étant le plus ambitieux de l’histoire. Le slogan de la fin en a aussi laissés plusieurs abasourdies : « L’opportunité de changer le cours de l’histoire! » Il y avait une photo de Nathalie Normandeau. En effet, son histoire ne s’est pas terminée comme prévue.

« C’est un des projet les plus visionnaires au monde en ce moment! » Applaudissement de la partie droite de la salle. Les carrées rouges dans la section de gauche laissent planer une atmosphère lourde de doute. « Il s’agit d’un projet de toute une génération! », la même génération qu’il veut hypothéquer? C’est quelque peu ironique de vanter ce projet qui ne semble pas tout à fait dans la même ligne de pensées que les idées de développement durable qui sont portées de l’avant au cours de ce Sommet de la Terre. « Nous ferons du développement de la façon qu’il se doit d’être. Un développement de cohésion qui sera bénéfique pour tous les Québécois, et non seulement sur le plan économique, mais sur le plan social. » Voilà que les mots clefs ont été prononcés afin de créer une belle phrase un peu clichée. Malheureusement, on semble s’approcher encore une fois des paroles qui s’envolent et qui s’éloignent d’une politique démocratique sincère pour le bien commun.