D’ici quelques jours, les quatre expériences du Grand collisionneur de hadrons (LHC), l'immense accélérateur de 27 km du CERN, seront prêtes à repartir. L’accélérateur est maintenant dans sa phase finale de remise en marche et devrait être pleinement opérationnel dans les prochains jours. Ce long processus, entamé au début de mai, survient après l'arrêt technique de quatre mois consacré à la maintenance annuelle.

Les opérateurs et opératrices du LHC ont dû prudemment remettre l'accélérateur en marche, testant chacune de ses composantes en cours de route. Dans les jours à venir, il recommencera à produire des collisions sur une base régulière. En ce qui concerne les expériences, on s’attend à doubler les échantillons de données d’ici la fin de l’année. L’accumulation d’une plus grande quantité de données est la meilleure façon de parvenir à raffiner toutes les mesures faites jusqu'à présent et avec un peu de chance, de découvrir aussi de nouvelles particules ou phénomènes.

Les collaborations opérant les quatre grands détecteurs du LHC ont profité de cette fermeture pour réparer les équipements défectueux et mettre en place des améliorations diverses. Dès que l'accélérateur a recommencé à fournir des faisceaux, les physicien-ne-s ont dû s'assurer que chaque sous-détecteur et chaque composante formant le complexe système d'acquisition de données fonctionnait correctement et harmonieusement. Ce processus méticuleux est maintenant terminé. Avec la taille des expériences du CERN de nos jours, ces tests s’étirent sur plusieurs semaines pour remettre en route chaque portion du détecteur et chaque élément de la chaîne d'acquisition de données.

En 1990, alors que j'étais étudiante au doctorat sur une petite expérience appelée E791 au laboratoire Fermilab situé près de Chicago, ce processus ne prenait que quelques heures et s’appelait « dress rehearsal » ou répétition générale. Comme l’anglais n’est pas ma langue maternelle, j’ignorais ce que cette expression signifiait. Ma collègue qui était en charge de cet exercice m’avait simplement dit en guise d’éclaircissement : « Sois là et fais bonne figure ». J'ai donc décidé de la prendre littéralement au mot et j'ai convaincu deux autres étudiantes, Penny Kasper et Danying Yi de se joindre à moi. Nous nous sommes esquivées juste avant la répétition générale, pour revenir à la salle de contrôle sur notre 31. Penny portait sa meilleure robe, Danying, la robe de mariée que sa mère lui avait envoyée de Chine (espérant l'encourager à se marier), et moi, la robe de mariage de ma mère. Quand nous sommes entrées dans la salle de contrôle, nos collègues furent plutôt déconcertés, c'est le moins qu'on puisse dire. La plupart ont bien ri, bien que je soupçonne que certains d'entre eux nous ont simplement trouvé complètement dérangées.

Il faudra certainement beaucoup d’humour et de patience pour accomplir le travail colossal qui nous mènera à de nouvelles découvertes. Comme rien de facile à trouver ne nous a sauté aux yeux l’an dernier, on s’attend donc à du travail de longue haleine. Mais tous les physiciens et physiciennes sont convaincus : il reste encore beaucoup à découvrir bien que personne ne puisse prédire quand nous aurons cette chance. Ce jour-là, je ressortirai ma belle robe avec grand plaisir !

Pauline Gagnon

Pour en apprendre davantage sur la physique des particules et les travaux du CERN, consultez mon livre Qu’est-ce que le boson de Higgs mange en hiver et autres détails essentiels