Dans la plupart des pays, le financement de la recherche scientifique, particulièrement celui de la recherche fondamentale, repose essentiellement sur les épaules des gouvernements. Au Canada, ce financement est assuré par des organismes fédéraux tels le Conseil national de la recherche (CNRC), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), l'Institut de recherche en santé (IRSC), ou la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI). Les gouvernements provinciaux participent aussi au financement; ainsi, au Québec, à titre d'exemple, le Fond québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) contribue aux travaux des chercheurs et de leurs équipes. La recherche scientifique fondamentale est donc financée en grande partie par nos taxes et nos impôts.

Dans un monde idéal, les ressources seraient illimitées et le financement de ce type de recherches ne poserait aucun problème... Hélas, nous ne vivons pas dans un monde idéal, les ressources humaines, matérielles et financières sont limitées et des choix doivent être faits. Les budgets des organismes subventionnaires ainsi que la manière de les répartir sont donc assujettis aux politiques scientifiques des gouvernements. Or, malheureusement nos politiciens possèdent rarement une formation en science. Comment peuvent-ils prendre des décisions éclairées dans un domaine aussi complexe et en constante évolution que celui de la science moderne ?

La réponse est évidemment toute simple, il faut demander l'avis de quelqu'un qui s'y connaît ! Naturellement, ce conseiller (ou ce groupe de conseillers) doit être aussi objectif que possible, indépendant, non-partisan, et extrêmement au fait de tout ce qui se passe en science.

Étonnament, au Canada ce n'est qu'en 2004, qu'a été créé le poste de "conseiller scientifique national" par le premier misnistre Paul Martin. Jusqu'à tout récemment, le poste était occupé par l'ancien président du CNRC, le Dr. Arthur Carty, un chimiste de formation. Je dis tout récemment, puisque legouvernement conservateur a annoncé la fermeture du bureau du conseiller un peu plus tôt cette année.

Non seulement, le bureau a-t-il été fermé, mais le poste a été abolie pour être remplacé par le Conseil de la science de la technologie et de l'innovation (CSTI), un panel de 18 personnes, formé de scientifiques, d'entrepreneurs et surtout d'administrateurs du gouvernement. Au yeux de plusieurs, ce conseil est désormais nettement moins indépendant et donc plus perméable aux orientations politiques du parti au pouvoir.

C'est d'ailleurs ce que souligne à grands traits l'éditorial paru dans le numéro du 21 février de la prestigieuse revue Nature. Dans un texte d'une rare virulence, l'éditeur déplore la main mise du gouvernement conservateur de M. Harper sur la politique scientifique canadienne. À titre d'exemple, l'article mentionne le scepticisme du gouvernement face à la science des changements climatiques et le retrait du Canada dans le dossier de Kyoto. Il mentionne aussi le musèlement des scientifiques d'Environnement Canada et le détournement des demandes d'information de la part des médias vers Ottawa afin de contrôler le message de l'agence.

Ce type d'ingérence de la part d'un gouvernement n'est pas sans rappeler ce qui se passe depuis quelques années au sud de la frontière. Aux États-Unis, l'administration du président Bush a aussi contrôlé le dossier des changements climatiques en modifiant substantiellement certains rapports dévaforables à sa politique. Dans celui des cellules souches, les recherches ont été ni plus ni moins stoppées.

Qu'un gouvernment oriente les grands axes de recherche dans une politique générale va de soi, surtout dans un pays comme le Canada où les ressources sont limitées. Cependant, cette politique scientifique doit être élaborée de la manière la plus ouverte possible et surtout s'appuyer sur des critères scientifiques objectifs et indépendants de toute idéologie. La décision d'abolir le poste de conseiller national pour la science n'augure rien de bon pour l'avenir de la recherche fondamentale au pays.