Grâce à la nanotechnologie, des particules de bois pourraient bientôt se retrouver dans le verre des fenêtres des grandes tours à bureaux ou les cockpits d'hélicoptères, à l'intérieur des voitures, sur le revêtement de maisons et de planchers. De quoi enthousiasmer l'industrie forestière qui bat de l'aile!

C'est le rêve que caresse Jean Bouchard, chercheur chez FPInnovations, un institut de recherches et développement sur l'industrie forestière. Il travaille depuis quelques années sur des applications pour la nanocellulose cristalline (NCC). Les particules constituant ce matériau se retrouvent dans les arbres et fournissent aux végétaux ligneux leur rigidité. Et c'est là tout leur potentiel : rendre les matériaux plus rigides et plus résistants – elles sont plus fortes que l’acier — tout en étant plus légers. « On n’a rien inventé! Tout ça provient de la nature », affirme le chercheur.

La découverte de la NCC ne date pourtant pas d'hier : ses propriétés sont connues depuis les années 1950. Il a cependant fallu attendre jusqu’aux années 1990 pour lui trouver des applications concrètes. Et jusqu'à tout récemment, la découverte demeurait une fantaisie de laboratoire universitaire. L'équipe de FPInnovations, avec à sa tête Jean Bouchard, a depuis réalisé le potentiel économique de la NCC.

Déjà, les scientifiques parviennent à extraire les minuscules fibres du bois et à l'intégrer à d'autres matériaux : du plastique aux tissus, en passant par le verre. Comme les arbres sont composés d’environ 20 % de ces fibres et qu’une infime quantité de particules est nécessaire pour obtenir les propriétés recherchées, les coûts de production de la nanocellulose cristalline s’avéreraient peu élevés. Plusieurs applications sont encore au stade expérimental. D'autres produits comme des peintures ou des vernis sont à quelques mois d'une mise en marché.

La commercialisation de cette nouvelle technologie pourrait toutefois soulever des questions d’éthique. En Europe, un débat fait rage entre scientifiques et politiciens sur l'utilisation et la nocivité des nanotechnologies. Selon Jean Bouchard, les premières études démontrent que la NCC n'est pas toxique pour l'environnement. Les chercheurs testent actuellement l’absorption de ces particules sur les mammifères, et les résultats préliminaires démontrent que ces nanomatériaux ne sont pas nuisibles à leur santé. D'autres études devraient venir étayer ces résultats d'ici quelques mois.

Une planche de salut

La nanotechnologie promet une rentabilité très intéressante pour le secteur de l'industrie forestière. De quoi la sauver? Il s'agit d'un des ingrédients qui pourrait aider l'industrie, modère Ron Crotogino, président d'ArboraNano, un consortium visant à promouvoir les nanotechnologies du bois. « C'est l'innovation qui va sauver cette industrie, et la nanotechnologie en est une. »

Réponse similaire du côté de l'Association des produits forestiers du Canada. « Le marché potentiel de la NCC est fort, mais pas assez pour maintenir l'industrie forestière à flot », affirme Avrim Lazar, président de l'Association. « La question n'est pas de savoir si le marché est là, mais plutôt de savoir comment nous allons pénétrer ce marché. »