La biologie moléculaire s’attaque au braconnage : entre 100 et 200 demandes atterrissent chaque année dans un laboratoire où l’on analyse des pièces à conviction.

C’est en 2006 que le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MNRF) a mandaté Louis Bernatchez, titulaire de la Chaire de recherche en génomique et conservation des ressources aquatiques à l’Université Laval, pour développer des outils moléculaires dans le but d’élucider des dossiers de braconnage. Son laboratoire utilisait déjà de tels outils pour étudier la génétique des populations animales et en différencier les individus.

Le professeur Bernatchez et l'étudiante-chercheuse Vicky Albert ont premièrement mis sur pied une banque de données pour caractériser le cheptel québécois de cerfs de Virginie, de caribous et d’orignaux. Cette banque recense les variations génétiques des populations qui habitent le Québec. Depuis 2007, Vicky Albert est celle que le MRNF a mandatée pour pratiquer les expertises biolégales.

Code barre animal

Les demandes soumises au laboratoire par les agents de la faune touchent l’identification de l’espèce, de l’âge ou du sexe d’un animal et l’appartenance de pièces de viande à une même bête. Dans bien des cas, le laboratoire ne dispose que de poils, d’un échantillon de sang ou de pièces de viande, retrouvées par exemple dans les congélateurs des suspects.

L’identification peut se faire grâce à deux outils, explique Louis Bernatchez. Le premier sert à analyser les séquences de l’ADN mitochondrial – l’équivalent d’un « code barre ADN » – pour l’identification de l’espèce. L'autre sert à identifier l’individu correspondant à un échantillon, à l'aide de ce qu’on appelle les microsatellites de l’ADN : ce sont les mêmes marqueurs qui sont utilisés en médecine légale, précise M. Bernatchez.

La procureure aux poursuites criminelles et pénales, Me Kathy Bergeron, confirme que ces « outils » apportent des « éléments de preuve circonstancielle qui permettent de corroborer les faits ».

C’est ce qu’affirme aussi Sylvain Marois, sergent de protection de la faune : les expertises donnent « beaucoup de pouvoir ». En plus de faire économiser du temps aux agents, le biolégal déroute plusieurs braconniers : «les gens ne s’attendent pas à ce qu’on travaille avec de l’ADN et quand on a des preuves comme ça, c’est plus compliqué pour eux de trouver des alibis».

Les membres de l’équipe scientifique sont parfois appelés à participer aux procès à titre de témoins experts. Dans une majorité de cas par contre, la présentation de la preuve à l’accusé en dehors du tribunal peut en encourager plusieurs à avouer leurs torts. Un peu de sang ou une nageoire peuvent parfois peser lourd dans la balance de la justice!