Les éditeurs ont beau résister, l’accès libre aux recherches scientifiques est plus que jamais sur une pente ascendante, et on voit mal ce qui pourrait encore l’arrêter.

En fait, le système de publications «change plus vite que quiconque ne le réalise», selon une étude signée par deux économistes finlandais et parue cette semaine dans BioMed Central Medicine —dont l’éditeur fut l’un des premiers à promouvoir l’accès libre.

Les débuts de l’accès libre à la recherche scientifique sont généralement associés à la création d’ArXiv, en 1991, serveur sur Internet où les chercheurs en physique et mathématiques étaient invités à déposer leurs recherches avant publication, afin qu’elles puissent être vues de tous. Tout au long des années 1990, grâce à la croissance d’Internet et la prolifération d’outils permettant de publier et de commenter, des associations ont lancé des revues accessibles à tous et des revues traditionnelles ont mené leurs propres expériences.

Au cours des années 2000, de plus en plus de gouvernements et d’organismes subventionnant la recherche ont suggéré que les recherches financées par leurs soins soient accessibles à tous —depuis 2008, certains l’imposent.

Mais la résistance des éditeurs et le fait que les revues les plus prestigieuses —Nature et Science, entre autres— n’aient pas encore franchi le cap, peuvent donner l’impression d’un mouvement qui tarde à prendre son envol. Or, selon les deux économistes, Mikael Laasko et Bo-Christer Björk, plus de 12% des recherches publiées aujourd’hui seraient désormais en accès libre dès leur publication, et 5% après un court délai. Le chercheur montréalais Stevan Harnad, un des premiers promoteurs de l’accès libre, évaluait la proportion totale, le mois dernier, à 25%, et pour la Grande-Bretagne seulement, à 35%.

Ce n’est pas un hasard si la recherche de Laasko et Björk paraît alors même que plusieurs universités soulignent «la semaine de l’accès libre» ( Open Access Week ). Cette semaine vise à sensibiliser les chercheurs, parce que le gros obstacle qui reste n’est pas tant la résistance des éditeurs —en Grande-Bretagne, ils ont obtenu un modèle par lequel ils seraient compensés pour les revenus d’abonnements perdus— mais la résistance des scientifiques eux-mêmes: pour eux, l’attrait d’une publication dans une revue prestigieuse —celle au facteur d’impact le plus élevé— l’emporte souvent sur leur soutien moral à l’accès libre.