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L'information peut-elle être libre?

Je vote pour la science, le 29 janvier 2013, 16h59

(Agence Science-Presse) L’accès libre aux recherches scientifiques progresse, mais trop lentement au goût de ceux qui en font la promotion depuis deux décennies. Si le suicide d’Aaron Swartz, le 11 janvier dernier, pouvait avoir un effet positif, ce serait d’avoir fait connaître l’enjeu à un public plus large.

L'information peut-elle être libre?
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L'information peut-elle être libre?

Le blogue de Stevan Harnad.

Marc Couture et al., Propriété intellectuelle et universités : entre la libre circulation des idées et la privatisation des savoirs, PUQ, 2010.

Mini-colloque sur l’accès libre à Québec le 8 novembre.

Un congrès avait lieu à Paris les 24-25 janvier : Généraliser l’accès ouvert.

Ailleurs sur ce site

My Science Work, «Open access : contexte et émergence», 21 janvier 2013.

Des textes de l’Agence Science-Presse sur l’accès libre depuis 2006.

Notre entrevue avec Stevan Harnad en 2006.

Des textes-synthèses de 2003, 2002 et 2001.

Du cyber-activisme à l’accès libre

Le mantra des cyber-activistes depuis les années 1980 : «l’information veut être libre».

Aaron Swartz, Guerilla Open Access Manifesto (2008)

Le premier extrait d’Aaron Swartz qu’on peut entendre (1ere minute) provient de sa conférence «How we stopped SOPA», du nom d’un projet de loi américain qui, en janvier 2012, aurait pu limiter la libre circulation de l’information sur Internet au nom de la lutte contre le piratage.

Un texte d’Ars Technica très critique de la poursuite en justice qui avait été lancée contre Swartz pour son téléchargement d’articles de la base de données JSTOR (septembre 2012).

Michael Eisen, «How academy betrayed and continues to betray Aaron Swartz», 22 janvier 2013.

Pascal Lapointe, «Décès d’Aaron Swartz : défendre l’accès libre », 16 janvier 2013.

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La mort de ce génie de l’informatique et cyber-activiste (voir notre texte ici) a créé une commotion parmi les adeptes de l’information « libre », y compris les défenseurs de l’accès ouvert aux articles scientifiques.

À l’émission cette semaine, deux de ces défenseurs, dont un des pionniers mondiaux de la question, Stevan Harnad, de l’Université du Québec à Montréal. Si l’UQAM a été la première université nord-américaine à signer la Déclaration de Budapest pour l’accès ouvert à la connaissance (2002), c’est en bonne partie grâce à lui. Il nous rappelle d’abord ce qu’était le contexte lorsque, au début des années 1990, sont apparus les premiers efforts de mise en ligne d’articles scientifiques —ce qu’on n’appelait pas encore l’auto-publication.

À quel moment la croissance vers l’accès libre est-elle devenue irréversible? La résistance vient-elle aujourd’hui uniquement des éditeurs de revues scientifiques qui cherchent à préserver leurs profits? Et comment interpréter le téléchargement de 5 millions d’articles effectué en 2011, par Aaron Swartz : désobéissance civile? Une «peccadille»?

Nos invités :

  • Marc-André Gagnon, professeur à l’École des politiques publiques à l’Université Carleton, qui a brièvement connu Aaron Swartz à l’Université Harvard.
  • Marc Couture, professeur de physique et d’histoire des sciences à la Télé-Université et co-auteur de Propriété intellectuelle et université : entre la libre circulation des idées et la privatisation des savoirs (2010)
  • Stevan Harnad, professeur de sciences cognitives à l’UQAM et à l’Université de Southampton, promoteur de plus de 20 ans de l’idée d’un accès public aux recherches scientifiques.

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Je vote pour la science est diffusée le mardi à 11h à Radio Centre-Ville (102,3 FM Montréal) et disponible sur iTunes. Vous trouverez sur cette page des liens vers les émissions des saisons précédentes. Pour en savoir plus sur l'initiative Je vote pour la science, rendez-vous ici. Vous pouvez également nous suivre sur Twitter.

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Transcription de la première partie

Aaron Swartz : There's a battle going on right now, a battle to define everything that happens on the internet in terms of traditional things that the law understands...

Isabelle Burgun : C’était la voix d’Aaron Swartz, disant qu’une bataille est actuellement en cours sur Internet. Une bataille pour définir ce qui se passe sur Internet dans des termes que les lois traditionnelles comprennent.

Aaron Swartz, qui défendait l’idée que l’information devrait circuler sans entraves sur Internet, s’est enlevé la vie le 11 janvier dernier. Il avait 26 ans.

Pascal Lapointe : Il s’est pendu dans son appartement de New York et sa mort a créé toute une commotion parmi les adeptes de l’information gratuite, y compris les défenseurs de l’accès libre aux données scientifiques. Et aussi parmi ceux qui voyaient en lui un génie de l’informatique. Il n’avait que 14 ans quand il a créé le RSS, grâce auquel des millions de gens ont pu se tenir à jour automatiquement sur les nouveaux contenus de leurs sites préférés. Il n’avait que 16 ans quand il a contribué à créer la licence Creative Commons, qui est devenu le symbole des efforts de toutes sortes de créateurs pour se réapproprier un droit sur leurs oeuvres à l’heure d’Internet.

IB : Mais il faisait aussi l’objet d’une poursuite en justice du gouvernement américain qui aurait pu lui valoir jusqu’à 35 ans de prison. Le procès devait commencer en avril.

PL : Et plusieurs n’ont pu s’empêcher de se demander si cette poursuite que l’on qualifie de démesurée, n’avait pas été le catalyseur pour son suicide. Il vivait avec une dépression depuis des années, de sorte qu’on ne saura jamais ce qui s’est passé dans sa tête. Mais ce triste événement a remis à l’ordre du jour la légitimité de la façon dont nous pouvons accéder, ou dont nous ne pouvons pas accéder, aux recherches scientifiques.

Le crime d’Aaron Swartz, c’était d’avoir téléchargé en 2011, depuis le serveur du MIT auquel il n’était pas censé avoir accès, près de 5 millions d’articles scientifiques, d’une base de données payantes, JSTOR. Un geste illégal donc, qu’on pourrait assimiler à du piratage informatique.

Sauf qu’Aaron Swartz était aussi un activiste, un défenseur de l’idée que la science ne devrait pas être cachée derrière des murs payants. Elle devrait être accessible à tous, entre autres parce qu’une bonne partie de la recherche scientifique est payée par les fonds publics.

Marc-André Gagnon, bonjour. Vous êtes professeur adjoint à l’École des politiques publiques de l’Université Carleton et vous avez connu Aaron Swartz à l’Université Harvard. Racontez-nous votre première rencontre avec lui.

(écoutez l’entrevue à la 4e minute en cliquant sur le lien audio ci-contre)

IB : Après la pause, on poursuit avec 2 invités, dont le Montréalais Steven Harnad, qui a été un des pionniers mondiaux du mouvement de libre accès aux recherches.

Mais avant, on écoute un extrait d’un discours d’Aaron Swartz prononcé en 2010, c’est-à-dire avant qu’il ne s’attaque à cette base de données, JSTOR. Il s’adresse à des étudiants, à l’Université de l’Illinois, et il leur dit qu’en tant qu’étudiants, ils ont un privilège, celui de pouvoir accéder gratuitement à une grande variété de bases de données de recherches, comme JSTOR. Des ressources auxquelles la majorité des gens dans le reste du monde, n’ont pas accès. C’est un héritage, dit-il, qui devrait appartenir à l’ensemble de l’humanité, mais au lieu de cela, il est bloqué à des fins commerciales.

Aaron Swartz : By virtue of being students at a major U.S. university, I assume that you have access to a wide variety of scholarly journals. Pretty much every major university in the United States pays these sort of licensing fees to organizations like JSTOR and Thomson and ISI to get access to scholarly journals that the rest of the world can’t read. And these licensing fees are substantial. And they’re so substantial that people who are studying in India, instead of studying in the United States, don’t have this kind of access. They’re locked out from all of these journals. They’re locked out from our entire scientific legacy. I mean, a lot of these journal articles, they go back to the Enlightenment. Every time someone has written down a scientific paper, it’s been scanned and digitized and put in these collections.

That is a legacy that has been brought to us by the history of people doing interesting work, the history of scientists. It’s a legacy that should belong to us as a commons, as a people, but instead it’s been locked up and put online by a handful of for-profit corporations who then try and get the maximum profit they can out of it.


(écoutez l’entretien avec Stevan Harnad et Marc Couture à la 10e minute)