Les cellules souches ne l’ont décidément pas facile. Voilà que d’aucuns remettent en doute l’une des percées les plus encourageantes de la dernière décennie.

Une façon révolutionnaire, et beaucoup plus simple, de produire des cellules souches: les baigner dans l’acide. C’est l’annonce qui a pris de court la biologie cellulaire à la fin de janvier. Beaucoup plus simple, parce que la percée précédente, en 2006, elle-même qualifiée de révolutionnaire, nécessitait tout de même de reprogrammer des cellules adultes afin qu’elles régressent au stade de cellules embryonnaires.

Le plus gros dilemme de ce domaine de recherche est là: pour arriver un jour à produire des organes de remplacement à volonté, en programmant adéquatement nos cellules souches, faut-il utiliser des cellules d’embryons —qui ne se sont pas encore spécialisées— ou des cellules adultes qu’on fait régresser au stade de cellules souches? On a longtemps cru que la deuxième option était trop complexe, jusqu’à ce qu’en 2006, l’équipe du Japonais Shinya Yamanaka parvienne à reprogrammer des cellules adultes en introduisant seulement quatre gènes. Cette percée, qui leur a valu le Nobel de médecine 2012, était la plus encourageante pour la médecine du futur —puisque la capacité de reprogrammer à volonté des cellules souches signifierait la possibilité de produire n’importe quel clone de n'importe quel de vos organes.

C’était donc la percée de loin la plus encourageante pour ce domaine de recherche vieux d’un quart de siècle. Jusqu’au mois dernier.

Dans deux articles parus le 29 janvier dans la revue Nature, une équipe américano-japonaise, sous la direction de la biologiste Haruko Obokata, annonçait avoir fait régresser des cellules adultes de souris en les trempant dans un bain d’acide pendant 30 minutes.

«Choquant», «étonnant», «étrange»: ce sont quelques-uns des qualificatifs qui ont parcouru les réseaux sociaux pendant la semaine qui a suivi. Des tests sur des cellules humaines seraient déjà en cours, selon ce qu’un des co-auteurs, Charles Vacanti, de l’École de médecine de l’Université Harvard, a communiqué le 5 février au New Scientist .

Or, voilà qu’on apprend le 17 février que l’Institut japonais Riken de biologie développementale, au coeur de la fameuse percée, a ouvert il y a quelques jours une enquête en réponse à des questions sur les images accompagnant les articles parus dans Nature. Des allégations «d’irrégularités», comme le veut le langage feutré propre à ce type d’enquête. Dans un communiqué, l’Institut Riken explique que l’une des images sous examen présente un placenta dont les auteurs disent qu’il a été créé par leur «nouvelle» cellule souche.

Parmi les doutes soulevés sur la plateforme scientifique PubPeer, il y a celui voulant que cette même image d’un placenta aurait été utilisée dans plus d’un contexte différent, comme s’il s’agissait de plusieurs placentas.

Ce reproche semble un écho du plus gros scandale de l’histoire des cellules souches, celui qui avait conduit à la disgrâce du chercheur sud-Coréen Hwang Woo Suk en 2005-2006: les soupçons avaient commencé à prendre forme autour de photos censées représenter 11 lignées différentes de cellules souches. Là aussi, les soupçons avaient d’abord été émis sur une plateforme spécialisée.

Dans un reportage paru le 17 février dans Nature , le journaliste prend également soin de souligner que le scepticisme est alimenté par la difficulté à reproduire l’expérience:

Aucun des 10 influents chercheurs en cellules souches qui a répondu à un questionnaire envoyé par Nature n’a eu du succès. Un blogue sollicitant des commentaires de scientifiques dans le domaine rapporte huit échecs. Mais la plupart de ces tentatives n’employaient pas les mêmes types de cellules qu’Obokata.

D’autres se portent à sa défense. Trouver le bon niveau d’acidité peut être délicat, parce qu’il s’en faut de peu pour tuer les cellules. En attendant, le compteur tourne.