Coup sur coup, deux manchettes en quelques jours font de nos lointains ancêtres, ou de nos lointains cousins, des migrants encore plus hardis qu’on ne le croyait. La première manchette donne aux « petits hommes » de l’île de Florès un ancêtre plus lointain qu’estimé jusqu’ici. Et l’autre manchette place rien de moins que des Néandertaliens en Californie, 100 000 ans avant l’Homo sapiens. Point commun aux deux recherches : beaucoup de scepticisme.

Toutefois, ceux qui ont immédiatement exprimé leur scepticisme à l’idée que des Néandertaliens aient pu marcher en Amérique il y a 130 000 ans, ne l’ont pas fait parce qu’ils doutent des capacités des Néandertaliens. C’est plutôt parce que les preuves présentées sont très maigres.

En fait, quelques jours avant la parution de cette recherche dans la revue Nature, une autre équipe de paléontologues annonçait dans le Journal of Human Evolution sa conviction qu’un autre prédécesseur de l’Homo sapiens avait été lui aussi un très grand voyageur. Cette autre recherche porte sur l’ancêtre du mystérieux Homo floresiensis ou « Hobbit », cet humain de petite taille qui s’est éteint il y a peut-être 50 000 ans sur l’île de Florès, en Indonésie. Selon l’équipe dirigée par Debbie Argue et Colin Groves, de l’Université nationale australienne, le Hobbit ne serait pas un descendant rachitique de l’Homo erectus comme on l’a écrit jusqu’ici, mais plutôt de l’Homo habilis. Quelle différence cela fait-il ? L’Homo habilis est encore plus ancien que l’Homo erectus : c’est à lui qu’on attribue la première fabrication d’outils (et non la première « utilisation »), il y a plus de 2 millions d’années.

De sorte que si d’autres recherches devaient un jour confirmer que l’Homo habilis a bel et bien migré hors d’Afrique, cela ferait des pré-humains une espèce qui a eu la bougeotte très tôt.

Des Néandertaliens en Californie ?

Cela rendrait-il plausible que des Néandertaliens aient pu marcher jusqu’en Californie ? L’équipe du Musée d’histoire naturelle de San Diego, qui a publié le 26 avril dans Nature, rappelle qu’on a retrouvé des fossiles de Néandertaliens et de leur cousin Denisovien, un peu partout en Europe et en Asie, et qu’il n’est donc pas impossible que quelques-uns aient franchi le détroit de Bering entre la Sibérie et l’Alaska à pied, comme allaient le faire beaucoup plus tard les Homo sapiens.

Le scepticisme réside toutefois dans le fait que leur hypothèse ne s’appuie pas sur des os humains, mais de mastodontes — un cousin aujourd’hui éteint de l’éléphant — et sur l’interprétation que font ces paléontologues des cassures. Vieux de 130 000 ans, ces os et ces défenses auraient été brisés par ce qu’ils affirment être des outils de pierre, de la façon dont on s’attend par quelqu’un qui voudrait en extraire la moelle. Si c’est bien le cas, cela ferait du Néandertalien le candidat le plus solide puisqu’il y a 130 000 ans, notre ancêtre Homo sapiens était encore cantonné à l’Afrique.

Mais c’est un très, très, gros « si », s’insurge l’archéologue de l’Université de Washington Donald K. Grayson, dans le New York Times. « J’ai été étonné, non parce que (leur recherche) est tellement bonne, mais parce qu’elle est tellement mauvaise ». « Des affirmations extraordinaires nécessitent des preuves extraordinaires et je n’en trouve pas ici », renchérit son collègue David Meltzer dans The Atlantic. Leur collègue Vance Holliday, de l’Université de l’Arizona, a fait le même reproche à la télé. Ces experts, et beaucoup d’autres interrogés par les journalistes, reprochent majoritairement aux auteurs d’avoir écarté trop vite d’autres explications pour ces marques sur les os.  

D’autant plus que si ça se confirmait, le bond en arrière dans le passé serait impressionnant. À l’heure actuelle, les plus anciennes traces d’occupation des Amériques sont vieilles de 13 000 ans. Même les hypothèses les plus audacieuses — et les plus controversées — d’une première vague de migrants sur la côte ouest de l’Amérique du Nord vont rarement au-delà de 25 000 ans. Si des Néandertaliens ont vraiment vécu là-bas il y a 130 000 ans, ils n’ont laissé aucune descendance : les analyses génétiques menées chez des Premières nations en auraient trouvé des traces.

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