Après l'attentat de Londres, la première ministre britannique en a promptement appelé à réguler Internet pour combattre l’extrémisme. Ça risque peu de se produire.

Le problème dénoncé par Theresa May est l’encodage, et surtout, l’encodage accessible à tous : les terroristes ne sont en effet pas des experts en cryptographie : ils profitent simplement des outils que nous offrent les géants de l’informatique. « Nous ne pouvons pas autoriser, a lancé la première ministre britannique dimanche, cette idéologie à utiliser un espace sécuritaire pour grandir. Et pourtant, c’est exactement ce qu’Internet et les grandes compagnies fournissent. »

Mauvaise cible, lui répondent aussitôt ses compatriotes du magazine scientifique New Scientist. Cet « espace sécuritaire », renchérissent du même souffle tous les experts en encodage, c’est aussi celui qui rend possible les transactions bancaires, les achats en ligne et une partie importante de la messagerie électronique et des courriels. Autrement dit, conclut le co-fondateur du magazine en ligne BoingBoing Cory Doctorow, l’encodage fait partie intégrante d'Internet, et les auteurs des attentats utilisent les mêmes outils que le commun des mortels. Interdire l’encodage serait mettre fin à tout système en ligne qui vise à protéger la vie privée, depuis les achats sécurisés par carte de crédit jusqu’aux dossiers médicaux.

Il existe certes un moyen détourné, celui qui s’est fait connaître depuis les révélations d’Edward Snowden sous le nom de « porte arrière ». Cette expression renvoie au fait qu’en théorie, toute nouvelle application, tout nouveau logiciel, tout nouveau téléphone vendu avec la promesse d’être inaccessible au piratage, pourrait être doté d’une « porte arrière » accessible seulement aux services de renseignement.

Le problème avec cette stratégie, c’est que dès qu’existe une telle porte, un habile pirate en trouve tôt ou tard la clef.

« L’Internet est un bouc-émissaire utile », déplore Paul Bernal de l’Université East Anglia.

Le New Scientist rappelle qu’il avait lancé le mois dernier un appel à une meilleure compréhension de la technologie chez les politiciens. Son appel, se désole-t-il, n’a pas encore été entendu.