Au Québec, les piqûres de moustiques présentent encore peu de risques de transmettre le virus du Chikungunya (CHIK). Une situation qui pourrait cependant bientôt changer : le sud-est du Québec, l’Ontario et surtout la Colombie-Britannique pourraient en effet devenir d’ici quelques décennies des zones de transmission en raison du réchauffement climatique.

Dans une récente étude internationale, des chercheurs ont cartographié la progression des risques de propagation des deux principaux vecteurs du CHIK, les moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus, en fonction des changements climatiques. La première carte présente la situation passée (1981-2010) tandis que les deux autres sont des projections, à court terme (2011-2040) et à plus long terme (2041-2070).

Associé à cette récente étude internationale, Philippe Gachon, chercheur au Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER) révèle qu’avec « l’accentuation des changements climatiques, la transmission du virus est à nos portes. La hausse de la chaleur et de l’humidité pourrait en effet voir l’Aedes albopictus — qui est présent à New York — s’installer chez nous. »

L’équipe de recherche s’est principalement intéressée aux paramètres de température pouvant permettre à au moins une des deux espèces de moustiques de s’installer au Canada. « Pour que la propagation d’une de ces espèces soit favorable, la température devra être comprise entre 23 et 34 °C et la température annuelle devra dépasser les 9 °C. » Ces températures, idéales à l’installation du moustique Aedes albopictus, devraient être atteintes en 2041 en Colombie-Britannique.

Plan de surveillance pour le virus CHIK

La présidente du Comité scientifique sur les zoonoses et l’adaptation aux changements climatiques et médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, Alejandra Irace-Cima, se veut rassurante. « Pour l’instant, il n’y a pas d’inquiétude à avoir, car le froid joue en notre faveur. Les deux vecteurs capables de transmettre le virus chikungunya ne sont pas installés au Québec et ils ne peuvent y être introduits mécaniquement (par avion, camion ou bateau). Les voyageurs en provenance d’une région du Sud où le virus est présent pourraient arriver ici avec une virémie importante, se faire piquer par un moustique et ainsi commencer la chaîne, mais c’est très peu probable actuellement. »

Un avis scientifique de l’Institut national de la santé publique soulignait que le risque d’établissement des deux principaux vecteurs du virus CHIK au Québec, en raison des changements climatiques, est aussi très faible pour la prochaine décennie. Cependant à long terme, l’aire de répartition du moustique Aedes albopictus pourrait traverser la frontière qui sépare les États-Unis du Québec.

Pour l’instant, la déclaration de cette maladie n’est pas obligatoire, mais cela pourrait changer. « Il faudra s’adapter à la nouvelle situation épidémiologique de la maladie, mieux informer les professionnels de la santé sur les maladies émergentes et les voyageurs, mais aussi rendre disponibles les tests d’identification de la maladie auprès des laboratoires québécois », explique la scientifique.

Le comité scientifique sur les zoonoses, qui rassemble un groupe d’experts sur les moustiques et l’autre sur les tiques, a reçu récemment une demande du Ministère de la Santé du Québec afin de mettre en place un plan quinquennal de surveillance humain et entomologique des arbovirus — les virus ayant pour vecteur les arthropodes suceurs de sang (moustique, tique et moucherons). C’était l’une des recommandations de l’avis scientifique sur l’émergence possible du virus CHIK au Québec.

Le virus du Chikungunya en bref

Transmis aux hommes par les moustiques Aedes aegypti et Aedes albopictus — les deux mêmes impliqués dans la transmission du virus de la dengue, de la fièvre jaune et du virus du Nil occidental — le virus CHIK provoque une fièvre aigüe et des douleurs articulaires qui peuvent perdurer des mois. Dans certains cas, le virus peut mener aussi au décès.

Les premiers cas de transmissions du CHIK en Amérique datent de décembre 2013, pour l’île de Saint-Martin, dans les Caraïbes, et de juillet 2014, pour la Floride. Plus d’un million de personnes ont depuis été infectées dans les Caraïbes et les deux Amériques, pour un total de 191 décès. Le Québec aurait connu, quant à lui, 320 cas probables d’infection, tous importés.