En matière de « fausses nouvelles », l’année s’achève sur un bilan encourageant : des initiatives ont proliféré à travers le monde, générant chez une partie du public l’équivalent d’un « il était temps ». Et le terme « fausse nouvelle » commence à être perçu dans une perspective plus large — désinformation et manipulations délibérées. Mais une partie du bilan reste mitigée : comment mesurer l’impact de cette contre-attaque à la désinformation ?

En science, l’Agence Science-Presse peut dire, en toute modestie, avoir réussi quelques percées avec le Détecteur de rumeurs :

Mais à l’aube de 2018, la planète du fact-checking reste fragile. Lors du congrès international Global Fact auquel nous assistions en juillet, une statistique a retenu l’attention : sur la soixantaine d’initiatives de 30 pays qui y étaient représentées, la moitié roulaient sur un budget annuel de moins de 40 000 $, et le tiers, de moins de 20 000 $.

Parmi les exceptions : Les Décodeurs du journal Le Monde. Les journalistes, au nombre d’une quinzaine, en plus de leur vérification des faits au quotidien, ont accompli un travail de moine avec cette base de données de 5000 liens « faisant circuler de la fausse information ».

Quel impact aura donc le fact-checking en 2018 ? C’est la grande question. Le même congrès Global Fact avait souligné combien l’aide de chercheurs universitaires, capables de plonger dans les masses de données accumulées par les Décodeurs, PolitiFact et autres Détecteur de rumeurs, serait appréciée.

Certes, tout le monde a rapidement compris qu’au plan politique, il était très difficile de faire admettre à un partisan que son candidat a menti, ce qui a fait naître la rumeur — encore une — selon laquelle la vérification des faits ne parlerait qu’aux « convertis ». Mais les travaux des psychologues commencent à dessiner une image plus complexe : l’effet dit « backfire » ou « effet rebond », en vertu duquel une personne à qui on démontre qu’elle a tort risque de se braquer, n’est finalement pas aussi tranché qu’on l’avait laissé entendre ces dernières années. Le Détecteur de rumeurs a hâte d'en savoir plus.

En attendant, en 2017, les pressions pour diffuser davantage de rubriques de fact-checking sont sorties des cadres étroits des congrès spécialisés et des salles de rédaction pour entrer dans le grand public (merci, M. Trump !). À preuve, cette vidéo de CNN. 

Même le jargon des psychologues est sorti des universités. Les 12 premiers mois de l’ère Trump ont offert l’opportunité de cours accélérés, entre les « biais de confirmation », « effet rebond » et autres « phénomènes du halo ». Sans compter l’étude du cerveau, afin d’essayer de comprendre pourquoi un usager de Facebook peut partager un texte sans l’avoir lu… et même le commenter ! 

Dans la foulée, on a aussi commencé à parler, à l'Agence Science-Presse, d’éducation aux médias, concept jusque-là réservé à une poignée de journalistes, d’enseignants et de chercheurs. En vertu du principe selon lequel si on veut que le public cesse de partager des « fausses nouvelles » sur Facebook, il faut minimalement lui apprendre à repérer une source crédible. Et pour repérer une source crédible, encore faut-il qu’il comprenne les étapes par lesquelles un reportage, quand il est bien fait, se retrouve dans un média. C’est l’exercice auquel nous nous sommes livrés dans cette 3e d’une série de 5 visualisations pour « mieux comprendre le journalisme » (la liste des 5 est ici).

 

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Au milieu de tout ce brouhaha, à la surprise générale, Facebook semble commencer à « faire le ménage » parmi les sites douteux. L’initiative de décembre 2016, consistant à s’allier à des médias vérificateurs de faits, avait été un bon point de départ, mais la plateforme a récemment montré des signes comme quoi elle était — enfin — prête à aller plus loin.

Certes, Facebook ne le fait pas par bonté d'âme : la compagnie se fait forcer la main par l’opinion publique, et sent dans son dos le souffle de gouvernements qui parlent de lui imposer des réglementations. Des gouvernements qui, par exemple, voient leurs médias régionaux en état de mort clinique tandis que Facebook engouffre tous les revenus publicitaires sans rien donner en retour. À cet égard, la réaction des États, ou la réaction de Facebook, sera déterminante en 2018. C’est notre prédiction.